« Il ne peut être question de culpabilité sans avoir défini une responsabilité. Ici nous allons travailler à partir du commentaire de Maïmonide, dans le Mishné Torah, concernant la partie du Traité Nézikine intitulée Hilkhot nizkei mamon.
La responsabilité, selon ces études talmudiques, se calcule en fonction de la possibilité qu’on avait de prévoir ce qui s’et passé. Ainsi l’on va distinguer entre comportement habituel et comportement inhabituel : un comportement habituel est prévisible donc le dédommagement en cas de dégâts est total. Un comportement inhabituel est peu prévisible donc le dédommagement est partiel. Cependant, on va y regarder de plus près. En effet, ce qui est un comportement inhabituel en général peut être devenu un comportement habituel pour tel individu un peu particulier (« tam »). Si c’est le cas, le dédommagement est total.
Nous pourrions déduire de ces considérations sur les animaux quelque chose concernant l’homme politique : il est responsable des dommages qu’ils pouvait prévoir, parce qu’il s’agissait d’un comportement habituel dans les circonstances et dans la population considérées, mais il est peu responsable s’il s’agissait d’un comportement inhabituel.
On n’est pas entièrement responsable des conséquences imprévues de causes qui sont elles-mêmes les conséquences de comportements habituels donc prévisibles. Exemple de ces conséquences imprévues : si un chien vole un gâteau cuit sur des braises, et le mange, et que les braises mettent le feu à des gerbes, il y a d’une part un comportement habituel : le chien mange le gâteau, et donc le propriétaire est entièrement responsable concernant le gâteau perdu. Mais entraîner des braises qui mettent le feu n’est pas un comportement habituel et prévisible d’un chien, donc le propriétaire n’est pas responsable de cette conséquence imprévue du vol.
Mais celui qui crée une situation délibérément, qui va conduire à un dommage, est responsable de ce dommage qu’il a causé indirectement : le modèle est l’homme qui pousse un animal à aller là où il fera des dommages. Mais est responsable aussi celui qui met un animal dans une situation où il souffre, ce qui va le pousser à des comportements certes inhabituels, mais causés par sa souffrance. On peut dire que celui qui au gouvernement met des hommes dans des situations de souffrance peu supportable est responsable des comportements inhabituels, qui pourraient causer des dommages, mais que les gens qui souffrent utilisent pour échapper à leur situation de souffrance dont il est responsable (si c’est lui qui en est responsable). »
Extrait du livre que je viens de publier chez L’Harmattan (également disponible en librairie, par exemple la Librairie du Temple): Le roi juif -justice et raison d’Etat dans la Bible et le Talmud,P. 169-170)
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