Planche à bascule sur le Forum romain Si tu demandes pardon, tu es aussitôt pardonné, dit le Talmud. C’est du moins ce que fait l’Eternel. Mais les hommes? Dans le Coran, on dit que Dieu pardonne à ceux qui oublient les offenses.

Le Coran donne assez clairement des indications moins sur ce que Dieu pardonne qu’au sujet de celui à qui il pardonne : « Allez au devant du pardon de votre Seigneur, vers le jardin aussi grand que le ciel et la terre. Il est pour les fidèles qui sont généreux dans la richesse et dans la pauvreté, ceux qui domptent leur colère et oublient les offenses car Dieu aime les bienfaisants, ceux qui après avoir fait des infamies ou s’être lésés eux-mêmes, invoquent Dieu et demandent pardon de leurs fautes, or qui sauf Dieu pardonne les fautes ? Et ceux qui ne persistent plus dans leurs actes une fois qu’ils savent. »(Sourate III versets 133-136)

Si je demande pardon à quelqu’un, et qu’il me dit: « Donc par là même tu reconnais que tu es coupable, et donc tu dois ME dédommager », il y a risque d’escroquerie, à plusieurs titres.

1) Il se peut que celui à qui je demande pardon pour ce que moi j’ai fait soit au moins aussi coupable que moi, envers moi, et ne me demande pas pardon à son tour. Dans ce cas il n’a pas la bonne attitude morale, d’accueil du repentir, il se prend pour Dieu, et donc je n’aurais pas dû m’adresser à celui-là pour demander pardon.

2) Demander pardon ne fait pas de moi un absolu coupable! Coupable de tout donc de rien.

3)Demander pardon est hors procès : ce n’est pas un élément à charge dans un procès. C’est un pur don généreux, et qui me soulage certes, mais qui vise surtout à consoler l’autre. C’est un geste spirituel sans conséquences matérielles et hors tribunal.

4) Celui qui s’attribue le statut de victime est peut-être un usurpateur, jamais victime et peut-être même coupable de ce dont il accuse l’autre.Ce n’est donc nullement à lui qu’il peut être question de demander pardon. Ainsi ce n’est pas à un esclavagiste qu’un jeune va demander pardon pour ses ancêtres peut-être esclavagistes : ce serait naïf mais aussi immoral.

 

(Le Président de la République a prôné en Algérie la « reconnaissance des faits » mais non le repentir, « une notion religieuse » qui « n’a pas sa place dans les relations d’Etat à Etat ». Voir l’article: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-933794,0.html  )

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