|
Le Midrash nous livre à propos d’Hébron une pensée importante au sujet des droits sur une terre et au sujet de leur conciliation avec la négociation. Livrons d’abord une traduction de ce texte trouvée sur internet:
Midrash Bereshit Raba58,6 : « Puis Abraham se leva de devant son mort (23,3). Cela nous indique qu’il vit l’Ange de la mort qui venait le défier. R. YoHanan a dit : D’où savons-nous que celui qui vient de perdre quelqu’un est exempté de la lecture du shema’, de la prière, des tefilin et de tous les commandements qui sont dans la Tora ? Du verset : Abraham se leva (…) et il parla : 0Je suis chez vous un étranger et un résident (23,4). Étranger (guer) signifie habitant (toshav) ; alors que résident (mori) signifie propriétaire (beita, maison souveraine sur le territoire) : si vous le voulez : habitant (guer), et sinon : propriétaire (beita). Car le Saint béni soit-il m’a dit : A ta postérité je donne ce pays (Gn 15,18). Accordez-moi chez vous une possession funéraire pour que j’enlève mon mort et l’enterre (23,4). Je ne vous le demande que pour un seul mort, car il est dit : une possession funéraire.
Les fils de Hèt firent cette réponse (23,5-6). Tu es un prince pour nous, tu es un Dieu pour nous. Abraham répondit : Que jamais le monde ne soit dépouillé de son Roi, qu’il ne soit jamais dépouillé de son Dieu. Dans la meilleure de nos tombes enterre ton mort : tes morts, même nombreux. Abraham se leva et s’inclina devant les gens du pays : De là nous apprenons qu’il faut remercier Dieu lorsque l’on apprend une bonne nouvelle. »
Commentons ce texte : Abraham négocie avec les habitants cananéens du pays, selon ce texte, en précisant que s’ils veulent bien l’écouter il acceptera le statut de « guer« , qui d’ordinaire est traduit par le mot « étranger ». Mais ici on voit qu’il revendique des droits attachés à ce statut de « guer« : ces droits semblent être une sorte de carte de séjour, qui donne le droit de passer et de circuler sur le territoire de l’autre. il dit: ou bien vous acceptez de me donner ce droit, ou bien je me mets à revendiquer bien plus, à savoir mon droit de propriétaire sur ce pays: car « le Saint béni soit-il m’a dit: « A ta descendance j’ai donné cette terre ». » Abraham dit : J’ai un titre de propriété sur cette terre qui m’a été donné par Dieu lui-même mais si vous vous montrez conciliants, je demande seulement un droit de « guer » comme droit de passage. Et je souhaite posséder juste une tombe (pour ma femme Sarah qui vient de mourir).
Les fils de Het ne disent pas comme le fait la traduction ci-dessus « Tu es un Dieu pour nous », mais ils disent dans le texte original: « Tu es un roi pour nous, tu es un prince (nassi) pour nous. » Ce sont des hommes qui ont le sens de leur propre dignité d’homme et qui savent qu’Abraham est un homme lui aussi et pas un dieu. Au contraire, il est intéressant de voir qu’Abraham se lève devant un « am ha-aretz », un peuple non-juif, et s’incline : cela montre qu’un Juif peut se lever et s’incliner ainsi devant un non-Juif, ce qui, ajoute le texte, est le signe d’un bon accord : « De là on tire qu’on remercie pour une bonne règle de conduite ». S’incliner ainsi c’est remercier Dieu de ce bon accord. Mais c’est aussi montrer que l’autre a bien parlé, qu’on lui reconnaît une bonne autorité vu ce qu’il a dit ou fait.
Donc à Hébron il y a eu un bon accord : Abraham reste « guer » sur la terre donnée par Dieu en héritage, à Hébron, mais il y possède ausi quelque chose : une tombe: cela lui permet, à lui et à ses descendants, de revenir sur cette tombe y honorer les morts. Cependant on peut penser que la terre étant donnée par Dieu pourrait apparaître comme devant un jour appartenir aux descendants d’Abraham. Mais serait-il bien raisonnable de rompre un si bon accord certifié ainsi par Abraham lui-même lorsqu’il se lève et s’incline, ce qui annonce qu’il trouve cette accord une « bonne règle de conduite » ? Espérons que bientôt d’autres bonnes règles de conduite nous viendront de cette terre merveilleuse, des règles de conduite permettant au peuple juif et aux autres de vivre en conciliant le sacré et les frontières nécessaires, en conciliant le souci de vivre chez soi et la possibilité pour l’autre de circuler et de voir ses morts.
Le Tombeau des Patriarches semble aujourd’hui encore symboliser ce texte du Midrash, ce monument conjoint élevé par les « fils d’Abraham », le Juif et le non-Juif.
Laisser un commentaire