Arbre séphirotique Il y a plusieurs façons d’interpréter אהיה אשר אהיה. L’une de ces façons est de comparer avec une phrase d’Esau à Jacob dans Bereshit 33,9 : לך אשר לך יהי : « Que soit à toi ce qui est à toi ». L’interprétation de Rachi est : « C’est ici qu’Esau a reconnu le droit de Jacob aux bénédictions (Bershit Raba 78,11) » Ainsi ce futur (inaccompli) qui sert comme impératif (sera=qu’il soit) porte sur le passé comme enfin reconnu et assumé par celui qui parle (Esau). Les bénédictions que Jacob a reçues de son père Isaac sont ainsi certifiées définitivement. Le Midrash dit (Bereshit Raba 78,11) : « Rabbi Eleazar dit : « C’est de peur qu’on dise que c’est parce que Jacob a trompé son père qu’il a reçu la bénédiction, sinon il ne l’aurait pas eue, que l’Ecriture dit : « Mon frère, que soit à toi ce qui est à toi ». » « Donc lorsque l’Eternel dit : « Que je sois qui je dois être », c’est pour qu’on ne dise pas autre chose comme : « L’Eternel n’est pas responsable de son être : ni du fait qu’il existe ni du fait qu’il soit ce qu’il est ». La liberté de l’Eternel porte aussi sur son exister et sur son essence.        Une autre expression proche est :יאמר אלהים יהי אור ויהי אור  : Et l’Eternel dit « yehi or va yehi or » (Bereshit 1,3). Bereshit Raba (3,1) explique que ce qui donne la lumière c’est l’ouverture des mots, de la bouche de Dieu, ce qui pourrait vouloir dire que « lumière » ici doit être pris au sens figuré, intellectuel : « la parole de l’Eternel éclaire l’esprit. » Bereshit Raba 3,4 va un peu dans le même sens en disant que c’est l’être même de l’Eternel qui fait lumière, qui rayonne, irradie :  » R. Samuel ben Nahman dit : « Le Saint béni soit-il s’enveloppa alors  comme dans une robe et irradia avec le lustre de sa majesté le monde entier d’un bout à l’autre. » » Le Midrash Raba continue (Bereshit Raba 3,6) en disant que cette lumière « ne peut illuminer le jour, car elle éclipserait la lumière du soleil, ni la nuit, parce qu’elle a été créée seulement pour illuminer le jour.  Alors où est-elle ? Elle est en réserve pour les justes dans les Temps messianiques [avec référence à Isaïe 30,26]. » Là encore, on insiste sur une valeur spirituelle de cette lumière, plus intense cependant que la lumière du soleil. Ceci nous parle donc d’un événement volontaire et historique de l’Eternel, qui consiste à rayonner au sein du monde. C’est cette entrée dans l’histoire du monde qui peut être marquée par le choix d’un verbe au futur (yehi), à l’inaccompli, qui certes peut avoir valeur d’impératif, mais aussi a valeur d’entrée dans le temps et le non-encore-accompli. Cela a aussi valeur d’infini, ce qu’a moins l’accompli, comme ce qui est peut-être parfait, mais aussi défini et peut-être fini.            On en vient alors au texte de l’Exode : l’Eternel dit : אהיה אשר אהיה. C’est un inaccompli qui peut avoir valeur d’impératif : « Que je sois celui que je suis », ou « que je sois celui que je dois être ». Difficile en effet en français de mettre un impératif dans une relative. Plus loin l’Eternel dit à Moïse : « Tu leur diras : « Que je sois » m’a parlé. » Le « Que je sois » a valeur de signature de l’acte, comme dans le passage évoqué ci-dessus de Bereshit 33,9, où Esau est considéré comme reconnaissant le droit de Jacob  aux bénédictions. L’Eternel accepte d’être, il veut être, ce qui doit entraîner une bénédiction de lui-même, par lui et par les hommes – comme la lumière a été bénie lors de la création, selon Bereshit Raba 3,6. Il est précisé dans ce Midrash-là : « R. Ze’ira, le fils de R. Abbahu, enseigna à Césarée : « Quand savons-nous que l’on ne doit pas réciter une bénédiction sur une lampe avant d’avoir pu jouir de sa lumière ? De ceci : « Et il vit que la lumière était bonne et l’Eternel fit prononcer la division entre la lumière et les ténébres »  (Bereshit 1,4) ». » Nous en concluons que l’Eternel instaure son culte en parlant à Moïse après que les Hébreux ont pu jouir de sa lumière, de son existence et de son essence assumées comme existantes définitivement, par une sorte de pacte : l’Eternel certifie qu’il est et qu’il sera, et qu’il veut qu’il en soit ainsi.            Or,  lorsque Moïse rencontra l’Eternel, qui l’appelait du sein du Buisson ardent, Moïse dit : « Qui suis-je ? » et à cela l’Eternel répondit : [Tu es quelqu’un ] « car je serai avec toi » :כי אהיה עמך.C’est ce « Que je sois avec toi » qui préside au destin d’Israël parmi les nations, cet Israël qui est le peuple sorti d’Abraham, selon cette autre forme du verbe être qu’on trouve en Bereshit 18,18 : יהיה היו « Etre tu seras » : Abraham « être sera » un grand peuple et par ce peuple seront bénis tous les peuples du monde.

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