Voilà ce qu’on peut lire dans un blog de Benoit Illassa consacré surtout au Bénin: que pouvons-nous faire pour aider ceux et celles qui sont dans des situations infernales pour avoir eu besoin de façon imprévue de soins médicaux au-dessus de leurs moyens? Peut-on aider ces femmes séquestrées pour avoir donné naissance?
« Elles étaient dix- sept. Dix-sept femmes séquestrées à l’hôpital de zone d’Abomey Calavi. Elles y étaient venues pour un accouchement. Elles y étaient venues donner la vie, participer au miracle de la vie, en assumant leur mission fondamentale de mère. Elles y étaient venues vivre l’heure de la délivrance. Mais malheureusement, pas avant d’avoir subi une césarienne, du fait des difficultés intervenues.
La césarienne est une opération chirurgicale qui consiste à pratiquer une incision dans la paroi abdominale pour extraire l’enfant de l’utérus de la mère. Une telle opération a un coût souvent bien au-dessus des possibilités financières des femmes admises dans ces centres hospitaliers. C’est là un des épisodes du film de la misère qui vit au quotidien une bonne majorité de nos compatriotes.
Et quand ces femmes qui viennent ainsi d’être précipitées dans l’aventure risquée d’un accouchement à problème ne peuvent pas payer les frais d’hospitalisation et de soins, on les séquestre, on les garde prisonnières, on les tient en otage jusqu’à ce que leurs familles ou une âme charitable viennent les délivrer, les tirer de derrière les barreaux une innommable humiliation.
Voilà la pratique qui a cours dans tous les centres publics de santé qui sont équipés pour offrir des services d’accouchement. « Lorsque l’enfant paraît, a écrit Victor Hugo, le cercle de famille applaudit à grands cris » Une telle scène n’a rien d’universel. La preuve : les dix sept femmes séquestrées à l’hôpital de zone d’Abomey Calavi, montrent et démontrent que chez nous, au pays du changement, l’évènement en principe heureux d’un accouchement, s’accompagne, plus souvent qu’on ne le pense, de pleurs et de grincements de dents.
Mais quelle baraka pour ces dix-sept prisonnières de l’hôpital de zone d’Abomey Calavi ! Le lundi 1er octobre 2007 reste et restera pour ces infortunées de la césarienne un grand jour de chance. Le Président de la République était là, dans cet hôpital. Non pour dénouer le drame de ces braves dames qui n’ont été délivrées du fardeau de l’accouchement que pour être livrées à la prison de la nécessité. Le Président était là plutôt pour l’évènement que constitue la naissance d’un quadruplet. Le Président venait saluer l’heureuse maman et s’enquérir de l’état de santé des quatre enfants.
Ce fut accidentellement qu’il apprit la triste histoire des dix-sept séquestrées de l’hôpital et qu’il décida d’agir promptement pour leur libération immédiate. Deux millions de nos francs pour racheter, pourrait-on dire, l’infamie infligée à ces mères de famille. Dix sept femmes béninoises venaient d’être sauvées par le gong présidentiel, non sans avoir bu la coupe amère du déshonneur jusqu’à la lie.
Il faut saluer la beauté du geste du Chef de l’Etat : c’est spontanément charitable, c’est généreusement humanitaire. De manière inattendue, les séquestrées de l’hôpital de zone d’Abomey Calavi recouvrent la liberté, un peu comme si elles accouchaient pour la deuxième fois, mais cette fois-ci sans césarienne et pour de bon.
Mais alors, combien de femmes reste-t-il encore prisonnières dans d’autres hôpitaux et maternités, sur toute l’étendue du territoire national ? Combien de femmes, encore prisonnières dans d’autres hôpitaux, mais dont les pleurs ne parviendront jamais aux oreilles du Chef de l’Etat ? Combien de femmes, encore prisonnières dans d’autres hôpitaux et qui ne bénéficieront point de la générosité du Chef de l’Etat ?
Le problème des infortunées de la césarienne, au-delà des spécimens de l’hôpital de zone d’Abomey Calavi, fortuitement poussés et campés à l’avant-scène de l’actualité, devient un problème d’intérêt public qui doit conduire à faire de la césarienne, dans certaines conditions, un problème de santé publique. De ce point de vue, la césarienne aura à solliciter davantage la politique, en termes de lois ou de décisions, que le porte-monnaie du Chef de l’Etat, lequel ne peut soulager, à titre individuel et personnel, tous les cas de césariennes au Bénin.
Il faut promptement se saisir de ce qui vient d’être mis au jour à l’hôpital de zone d’Abomey Calavi autour de la césarienne pour une mobilisation sans frontières, impliquant tous les segments significatifs de notre société. C’est un problème majeur qui est ainsi posé à la conscience nationale. La manière dont nous l’approcherons, le traiterons et le résoudrons, donnera la mesure de nos capacités à diagnostiquer nos maux et à prendre le chemin de la guérison.
La représentation nationale, c’est-à-dire notre Parlement devrait se mettre à pied d’œuvre pour concevoir et dessiner l’architecture législative qui sied pour un bon traitement de ce phénomène dans le sens des intérêts des populations. Le gouvernement ne saurait être en reste dans l’esprit d’une politique sociale bien comprise de financement et de prise en charge.
Les organisations de la société civile, notamment celles qui s’attachent à défendre les droits de la personne humaine et plus spécifiquement les droits des femmes, la dignité féminine devraient immédiatement, par des plaidoyers appuyés en direction des personnalités et des structures judicieusement identifiées et ciblées, lancer un mouvement d’opinion à l’échelle nationale. Il faut libérer tout le Bénin de l’absurdité qui consiste à transformer nos centres de santé en centres de détention. Et c’est la femme qui est en situation. Comme si elle n’avait pas déjà, à ses pieds et à ses mains, assez de chaînes.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 4 octobre 2007 »
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