roi David-hagada de Rosheim  La noblesse de cœur vaut plus que la noblesse de lignage (Midrash Raba Shemot, 33,5)

 

           Le passage que nous étudions commence par une référence à cette phrase : « Un bon nom [une bonne réputation] est préférable à de grandes richesses ». Il est intéressant que ce soit dans le livre du Midrash consacré au livre de la Bible (l’Exode) appelé en hébreu Shemot, c’est-à-dire « des noms », que se trouve précisée la notion de « nom ». Avoir un nom, ce n’est pas tant avoir un lignage qu’avoir la noblesse de coeur, qui fait la bonne réputation auprès d’un peuple digne de ce nom.

             Par exemple, regardez le nom de Moïse, nous dit le texte. Pourtant, Zimri se moque de Moïse en disant : « Je suis plus grand que Moïse, car il appartient à la troisième tribu, et moi j’appartiens à la seconde. »

            Et il croit le prouver en prenant une femme devant Moïse, comme si Moïse était un sous-homme qui n’avait pas droit à être considéré comme un regard et une personne.

            Il dit à Moïse : la femme que tu as prise t’es interdite à toi aussi. Mais la mienne « est la plus grande de sa famille [en noblesse], et la tienne est la fille d’un prêtre paën ».

            Moïse pleure, et le peuple aussi pleure à le voir ainsi traité.

            Mais Pinhas intervient, et tue d’un coup les deux, Zimri et la femme.

            Conclusion : « L’Eternel appela Moïse et dit : « Viens et je t’informerai de qui a fermement soutenu les descendants d’Abraham. » car il est dit : « Pinhas, le fils d’Eléazar, etc. » [Nombres 25,7,  Il s’agit du passage où Pinhas, voyant pleurer la communauté et Moïse, se lève et va à lui tout seul tuer deux personnes, celui que le Midrash appelle Zimri et la femme]. D’où il est dit : « Un bon nom est préférable à de grandes richesses. » ». Fin de la démonstration.

             En réalité ce n’est pas exactement de richesses qu’il est question ici, mais de généalogie. Ce qui compte nous dit ce passage c’est de respecter en l’autre une personne. Zimri s’est cru autorisé par son lignage à traiter avec mépris Moïse. Or on voit que tout le peuple était meurtri de ce qui arrivait à Moïse, et c’est Pinhas qui vient dénouer la crise, en osant faire ce geste qui a quelque chose de révolutionnaire : il marque la fin du lignage, en un sens, puisque ce qui compte c’est d’une part le respect humain : personne n’a le droit de coucher avec quelqu’un devant quelqu’un d’autre comme si ce quelqu’un, esclave ou non, n’était personne. Et de plus même si Moïse n’est pas du lignage le plus noble, le statut qui lui a été conféré prime sur toutes les autres hiérarchies. Comme en République et comme dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, où l’article Un dit : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, les distinctions sociales ne doivent être fondées que sur l’utilité commune. » A l’inverse, une société exclusivement construite sur le lignage, comme on peut le voir dans des études sur certaines sociétés d’avant le 20esiècle, est vouée à l’esclavagisme.

            C’est, dans la Bible, lorsque apparaissent les rois juifs que s’affaiblit la référence à la famille et au lignage, qui ne sont à peu près plus évoqués politiquement jusqu’à la révolution d’Ezra, qui cherche à reconstituer le pouvoir des lignages, en excluant un certain nombre de personnes de la communauté juive et en reparlant en termes de familles : il suffit de voir les occurrences du mot « famille » dans la Bible.

Extrait du livre de Sylvie Coirault-Neuburger Le roi juif :             « Mais si Saül risque d’être orgueilleux parce qu’il est beau, très grand et très fort, il se présente au départ comme un homme humble et surpris de ce qui lui arrive. Et surtout il devient un sans-famille, ce qui paraît encore plus le condamner à l’humilité du « déplacé ».Saül, comme David, pour devenir roi, quitte sa famille, comme aussi les prophètes, notamment Elisée qui demande à Elie le temps de dire adieu à sa famille, ce qui d’ailleurs ne lui est pas vraiment accordé[1]. Samuel lui-même, le prophète qui oint les premiers rois, a été mis tout enfant par ses parents au Temple[2].Saül inaugure la royauté en devenant un sans-père, ce qui va avec une forme d’humiliation semble-t-il : « Tous ceux qui le connaissaient de longue date, le voyant prophétiser avec ces hommes inspirés, se dirent l’un à l’autre : « Qu’est-ce qui est arrivé au fils de Kich ? Eh quoi ! Saül est-il aussi parmi les prophètes » Quelqu’un des assistants répondit : « Et qui donc est leur père ? » – De là est venu l’expression proverbiale : « Est-ce que Saül est parmi les prophètes ? »[3] Saül partage ici avec les prophètes, apparemment, d’être un homme de rien, au sens où c’est comme s’il n’avait pas de famille. Pour nous qui en Europe somme habitués à considérer que la famille et l’esprit de famille c’est éminemment la famille royale, cela peut passer inaperçu et incompris. Or, c’est très important. La place du roi est une place improbable, hors famille. Et ce n’est pourtant pas exactement la « place » errante du prophète. Quelle est alors cette place ?David, lui, est rejeté par sa propre famille : lorsqu’il cherche à obtenir de se battre contre Goliath, son frère le prend à parti violemment : »Eliav, son frère aîné, l’entendant parler à ces hommes, se mit en colère contre David et dit : « Pourquoi es-tu descendu ici, et à qui as-tu confié ces quelques brebis dans le désert ? Je connais ton caractère volontaire et vicieux, car c’est pour voir la guerre que tu es venu ! »[4] … Et David lui dit quelque chose, et puis le texte dit : « Le quittant alors… »[5] : David quitte sa famille pour ne plus la revoir semble-t-il. Il est vrai cependant que ce qui l’encourage à se battre avec Goliath est qu’on a promis une exemption de charge pour toute la famille du guerrier s’il est vainqueur. » […]


[1] I Rois 19, 19-21.

[2] I Samuel 22-27.

[3] I Sam. 10, 11-12.

[4] I Sam. 17, 28.

[5] Ibid, 30.

 

Dans le Midrash Raba, Exode , 27,5, il est écrit que si un converti (Guer) épouse la fille d’un israélite (c’est-à-dire d’un Juif qui n’est ni Lévi ni Cohen), et qu’il a une fille, si cette fille épouse un Cohen certifié, et a de lui un fils, ce fils peut devenir Grand Cohen, Grand Prêtre, et officier pour les sacrifices sur l’autel.On voit par là que latradition prévoit des possiblités d’intégration à un lignage des enfants d’un individu isolé au départ, comme le converti (guer).

 

 

Pour terminer cette phrase du Pirke Avot, Traité des Pères: « Rabbi Shimeon Omer: chlocha ketarim hem: keter tora veketer kehouna veketer makout, veketer shem tov ‘olè ‘al gabeihen »: « Rabbi shimeom dit: Il y a trois couronnes: la couronne de l’étude, la couronne de la prêtrise, la couronne du pouvoir (royal), et la couronne du bon nom (de la bonne réputation) monte au-dessus de leur majesté. »

              On voit ici que ce n’est pas le déterminant familial qui est au-dessus de tout, mais au contraire ce qui est accessible à tous : le nom que l’on se fait soi-même par sa vertu. Espérons que les trois autres couronnes, qui peuvent dépendre du milieu familial où l’on naît, peuvent aider à grimper jusqu’à cette couronne du bon nom (chem tov). On sait que le Baal chem Tov était pour certains une figure quasi messianique. Il avait commencé dans le métier modeste de maître d’école ou de chohet (abattage rituel). Il n’était pas un érudit au sens classique du terme. Il n’était pas cohen. Il disait souvent que le Juif simple, sans prétention à l’érudition, mais dont la ferveur est sincère, se place plus haut que le fin talmudiste qui étudie afin de forger sa réputation. Il disait: « Pour sortir ton ami de la fange, n’aie pas peur de te salir. » On voit que le bon nom est important, mais que la difficulté est que si l’on cherche avant tout à avoir bonne réputation, on risque de ne pas faire tous les actes de bonté qui risqueraient de n’être pas compris, et donc on risque de ne pas avoir en réalité un « bon nom ».

Une réponse

  1. Avatar de Djampa

    Quelles sont exactement les conditions pour pouvoir aller vivre en Israël?
    Un non-juif doit-il se convertir au judaïsme pour pouvoir aller vivre en Israël?
    Il me semble qu’il y a aussi des chrétiens qui vivent en Israël, et même… des mormons sur le mont Scopus, n’est-ce pas? Quel est alors leur statut? sont-ils israéliens? résidents en Israël? …

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