Je vais tout vous expliquer sur la crise financière!…
D’abord il y a un monsieur aux Etats-Unis qui propose à des gens peu argentés un crédit sur 30 ou 40 ans au maximum de leurs possibilités de remboursement mensuel. Il sait que le système veut que si les taux d’intérêt augmentent, alors les gens devront payer plus, car le taux d’intérêt de leur crédit variera en fonction de ces taux d’intérêt.
Donc dès que le crédit est signé, le monsieur part à la recherche d’un gogo pour acheter son « produit » beaucoup trop risqué.
Pour cela et pour dissimuler le risque pris, il confie son produit à des braves gens qui vont le « relooker », en en faisant un « produit structuré » (en France notamment). Puis on va passer le produit ainsi repassé à d’autres jeunes gens qui vont être chargés de noter le produit (pour le plus grand bénéfice des sociétés chargées de ce « travail » de notation, telle la Fitch, qui a vu son chiffre d’affaire progresser de 21,4% en 2006-2007, en pleine crise, et qui est la propriété d’un group français, FIMALAC).
Le produit, ainsi doté d’une note alléchante (A,AA, AAA, etc. comme pour les andouillettes) va trouver un malheureux consommateur de base pour accepter de se le faire refiler. Il paraît que parfois il y a des petits jeunes dans des institutions bancaires qui se font avoir aussi.
Résultat: ce n’est pas l’émetteur du risque qui fait faillite, mais les deux bouts de la chaîne qui encaissent le risque: le souscripteur du crédit, et celui qui, parfois en France, rachète le titre de crédit sous sa forme « relookée » et « bien notée ». (Source: Claude Bébéar, patron d’AXA, dans un colloque de la Fondation Res Publica le 17 octobre 2007. Il y dit en introduction: « Je disais que les crises étaient basées sur l’appât du gain : Je trouve que la crise des subprimes frise l’escroquerie. » )
Ajoutez à cela que la plus grande caisse d’épargne des Etats-Unis, Washington Mutual, est soupçonnée par une juge de New-York d’avoir surévalué délibérément le prix des actifs immobiliers, pour mieux écouler ensuite, auprès des investisseurs, des obligations (donc des titres financiers) gagées sur ces mêmes actifs. (Source: journal Marianne du 26 janvier 2008).
Voici un morceau de l’analyse de la crise par Jean-Luc Gréau au colloque de la fondation Res Publica le 17 octobre 2007:
« Les leçons instantanées de la crise.
Trois décalages m’ont sauté aux yeux :
Décalage spatial entre le débat interne national et la réalité économique et financière internationale. Le Premier ministre de la France, homme instruit, avisé, expérimenté a aventuré la phrase : « La France est en faillite » quelques semaines après une crise du marché du crédit à court terme qu’on n’avait pas connue depuis la guerre. J’en déduis, puisque cette personnalité est représentative, que nous ne savons pas nous extraire de nos propres problèmes, pourtant réels et qui doivent être traités, pour envisager la sphère économique et financière internationale dont nous sommes dépendants. C’est le premier décalage. Je souligne au passage que les taux d’intérêt de la dette publique française, comme ceux de la dette américaine, anglaise, allemande, italienne, belge, néerlandaise… sont relativement bas. Cela signale que les prêteurs de l’Etat français croient en sa solvabilité. Les taux seraient encore plus bas si ceux de la Banque centrale, au lieu d’être à 4%, étaient à 2% ou 3%. En tout cas, à tort ou à raison, les prêteurs de l’Etat français lui font confiance. En revanche nous assistons à des faillites accélérées des ménages américains.
Deuxième décalage, chronologique, entre la réalité des faits et leur perception par les opérateurs financiers. Cela fait deux années exactement que le repli du marché de la construction, des marchés immobiliers et du marché hypothécaire américains a commencé. Le premier indice négatif est tombé au mois d’octobre 2005, il concernait les mises en chantiers. Depuis cette date et de façon quasiment ininterrompue, mise en chantier, permis de construire, stocks de logements invendus dans le neuf et dans l’ancien, taux de défaillances sur le marché hypothécaire ont montré l’ampleur de la crise américaine dans ce secteur. Or les marchés financiers ont fermé les yeux sur cette situation préoccupante qui n’a pas engendré pour l’instant (Monsieur le Gouverneur a raison) de risque systémique pour l’économie mondiale puisque la croissance mondiale semble se poursuivre à l’heure qu’il est. Néanmoins ce qui s’est passé cet été témoigne d’un retard à l’allumage considérable. Les faillites de ménages américains se sont accrues brutalement à partir de l’automne 2006. C’est donc trois trimestres après cette croissance brutale que les marchés réagissent et, comme toujours, ils le font dans le désordre.
Décalage spatial, décalage chronologique, décalage intellectuel entre les schémas économiques du discours dominant et les processus économiques véritables. Les ménages américains sont endettés, les ménages anglais sont endettés, les ménages espagnols sont endettés, comme les Néerlandais, les Australiens…Cet endettement, un surendettement, a joué un rôle déterminant dans les chiffres de croissance favorables qui ont été enregistrés dans ces pays. Notre Président de la République et notre Premier ministre sont à la poursuite d’un point de croissance supplémentaire. Les autorités politiques des pays que je viens de mentionner n’ont pas eu à se creuser les méninges pour obtenir ce point de croissance supplémentaire, ils ont obtenu un point, un point et demi, deux points de croissance supplémentaire du fait d’une consommation débridée par l’endettement des ménages correspondants. Ce sont les Anglais qui détiennent la palme : sachez que cette année, pour la première fois, le montant de la dette des ménages anglais va dépasser la valeur du PIB du Royaume-Uni. Cet endettement des ménages a donc été fondamental et c’est d’autant plus remarquable que beaucoup d’économistes vantent les bienfaits de l’économie de l’offre, de l’innovation, de la concurrence aux Etats-Unis, en Angleterre et dans d’autres pays. Et nous nous apercevons que, sans nier du tout les percées technologiques qui ont eu lieu, en particulier dans l’informatique, aux Etats-Unis, ce phénomène très trivial d’endettement des ménages consommateurs, des agents de la demande interne, a été déterminant dans la croissance. Monsieur Patrick Artus se livre dans son dernier ouvrage à une estimation que je ne ferais pas moi-même de cet apport, de ce booster qu’est la consommation et l’endettement des ménages. Il avance l’idée que, sans cela, la croissance du Royaume-Uni aurait été négative. Je crois qu’il exagère mais, quand même, il y a là un point à souligner. Quand Monsieur Gordon Brown ne pourra plus compter sur un endettement supplémentaire des ménages anglais, que restera-t-il de la croissance anglaise ?
Je pose tout de suite les conclusions de l’observation de ces trois décalages :
L’économie dite de l’offre repose en fait aussi sur une demande stimulée, plus ou moins artificiellement, plus ou moins légitimement, par un crédit aux agents consommateurs de la demande interne.
La deuxième conclusion va m’amener à diverger quelque peu de la position de Monsieur le Gouverneur. Il est acquis que la part du travail dans la valeur ajoutée à l’échelon mondial (cela est dit dans un rapport de la Banque des règlements internationaux) décline progressivement au fur et à mesure que se libèrent les échanges mondiaux. C’est-à-dire que le travail, de plus en plus productif, a tendance à être payé plutôt moins cher qu’auparavant. Cela contredit les propos de notre président de la République : « Travailler plus pour gagner plus » puisqu’on peut travailler plus, ou autant, pour gagner moins, mais à l’échelon mondial. Or nous comprenons très bien que la déflation salariale qui découle de ce libre échange a été contrariée ou équilibrée par l’endettement des ménages à l’échelon des grands pays consommateurs comme les Etats-Unis. Autrement dit, nous avons bénéficié d’une béquille financière, constituée par cet endettement, qui vacille en ce moment. Va-t-elle tomber ? Je l’ignore. »
Bref, une croissance qui se fournit par un endettement de simples particuliers qui tablent sur une baisse des taux d’intérêt alors que ce surendettement va provoquer des hausses des taux d’intérêt et donc une perte de croissance par défaut de financement c’est pas du sûr c’est le moins qu’on puisse dire. Si la solution c’est ensuite de tout vendre à bas prix à des capitaux chinois ou contre des pétro-dollars cela risque d’avoir des répercussions politiques sérieuses.
En attendant cela permet parfois à des petits épargnants d’acheter la maison de leurs rêves à trés bas prix à des banquesqui les bradent. Bon investissement pour quand les prix remonteront, à condition de ne pas souscrire pour l’avoir un crédit à « subprime ».
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