Voici ma traduction de la première moitié d’une interview de Sari Nusseibeh du 29 janvier 2008 par Julia I. Bertelsmann et Joel B. Pollak, pour le « Harvard College Student Middle East Journal »
« New Society : Où pensez-vous qu’en sont les perspectives de paix, maintenant que le Hamas a pris le pouvoir à Gaza ?
Dr Sari Nusseibeh : C’est difficile de parler du futur parce qu’il n’est pas établi déjà, c’est quelque chose que l’on peut créer. On ne peut pas savoir ce que les gens sont près à faire ou veulent faire. Avec un certain recul, on pourrait penser que nous serions dans la situation la pire possible avec le Hamas contrôlant Gaza et un schisme dans la société palestinienne à tous les niveaux. Mais il est possible aussi de penser que peut-être, parce que c’est si mauvais, la société serait capable de déterminer ce qui est dans son intérêt le plus grand, à savoir la paix, et ainsi nous pourrions sortir de là plus fortement en faveur de la paix avec Israël que nous ne le pouvions cinq ans plus tôt.
NS : Que pensez-vous des perspectives pour une solution à deux Etats ?
Nusseibeh : Je pense que cela dépend de nous. Rien n’arrive de soi-même. La politique est une construction de l ‘action humaine. Nous pouvons toujours créer une solution à deux Etats. Nous pouvons toujours créer une solution à un seul Etat, une solution à trois Etats. Toute espèce de structure politique. C’est réellement en notre pouvoir.
NS : Mais quel est l’idéal selon vous ?
Nusseibeh : Je ne suis pas personnellement un nationaliste. Je n’ai jamais réellement été en faveur d’un Etat arabe palestinien per se. J’ai juste été en faveur d’un Etat palestinien, et en conséquence de la solution à deux Etats, parce que c’est à mon sens ce que les Israéliens et les Palestiniens veulent comme solution, et c’est dès lors le scénario le moins mauvais. Je pense que la solution à deux Etats dont être utilisée pour construire d’autres scénarios pour le futur, incluant une solution à un Etat, mais on ne peut arriver à une solution quelle qu’elle soit que par consentement. Si les gens décident qu’ils veulent une solution à un Etat ou une structure plus large qui inclue des Etats comme la Jordanie et le Liban, alors je soutiendrais ces suggestions aussi bien. S’ils veulent créer un système fondé sur une fédération de plus petites cités-Etats, alors je soutiendrais cela aussi. Cela peut déboucher sur ceci : si l’on regarde les regroupements des différentes populations –juive et musulmane- peut-être peut-on penser à dissocier et recombiner ces regroupements à différents niveaux.
NS : En 2002, vous et Ami Yahalon avez signé un accord fondé sur six points. Si je me souviens bien, vous suggériez que tous les Arabes d’Israël aient la citoyenneté palestinienne et que tous les Israéliens en Palestine aient la nationalité israélienne.
Nusseibeh : Non. Nous n’avons pas dit ça. Nous avons dit qu’Israël devrait être le seul Etat juif et que la Palestine devait être le seul Etat palestinien. Cela ne veut pas dire que les gens de différentes nationalités auraient l’interdiction de vivre dans chacun des deux Etats. Nous disions que, eu égard aux candidats au retour, les Palestiniens devraient retourner uniquement en Palestine, et les Juifs uniquement en Israël. Après les accords d’ajustements de frontières, nous disions qu’il ne devait plus y avoir d’implantations dans l’Etat palestinien, et par implantations, nous voulions dire d’importants regroupements et des planifications de constructions groupées – mais les familles juives devaient certainement être autorisées à vivre dans l’Etat palestinien. Ayalon voulait autoriser Israël à annexer les implantations israéliennes à Israël, et j’ai été d’accord à la condition que la Palestine recevrait des compensations et pourrait recevoir une quantité égale de territoire en échange.
Pour parler avec réalisme, si le gouvernement palestinien allait demander aux Arabes de Nazareth ou de Umm al-Fahm de prendre la nationalité palestinienne, la plupart refuseraient probablement, parce qu’ils sont contents d’être israéliens. Ils ne veulent pas devenir des citoyens palestiniens. Un jour dans le futur, il pourrait y avoir assez d’ouverture d’esprit entre les deux communautés pour permettre à des individus de l’un et de l’autre groupe de jouir de la totalité de la région de telle sorte qu’ils ne ressentiraient plus l’appartenance à une côté comme barrant l’accès aux libertés de l’autre côté. Ce serait réellement une forme idéale de situation. Cela prendra du temps. Pour réussir cela, nous avons à nous focaliser sur l’éducation, le développement économique, le développement culturel, à développer une société ouverte de tolérance entre les gens.
[…] Je pensais l’autre jour, en reprenant l’histoire où Abraham voulait sacrifier son fils et Dieu dit : « Voici un agneau à la place ». Toute la question était – je veux dire, c’est ce que j’imagine – que le message de Dieu à Abraham était qu’il ne devait pas sacrifier du sang humain sur ce rocher, sur Jérusalem, sur ce lieu précis où nous avons versé du sang, Juifs et Musulmans. C’est une transgression du message de Dieu. »
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