moteur d'avion 

En quoi le premier moteur rend-il possible le monde selon Aristote ? S ur une telle question on a envie de relire la Physique d’Aristote, d’abord, sur la définition du mouvement: voir le livre III.En 200b32 on lit ceci: « Le mouvement n’est pas hors (para) des choses. » 201a9 « l’entéléchie de ce qui est en puissance voilà le mouvement ». Cette définition est expliquée par un exemple: 201a15 « Quand le constructible est en entéléchie il se construit, et c’est là la construction. ».201a23 « Le moteur naturel est mobile; tout être de ce genre en effet meut en étant mû lui-même. Il paraît à certains que tout moteur est mû ; non, mais à ce sujet nous verrons ailleurs ce qu’il en est, car il y a un moteur qui est immobile. ».     Et là j’ai une référence au Livre VIII 1-6 de la Physique, et Génération et corruption 1,6. Pour ce qui est du Livre VIII de la Physique c’est dans le Tome 2 de l’édition Budé et justement je ne le retrouve pas. Dans Génération et corruption on retrouve les considérations de Physique III sur le fait que l’on meut par contact, et donc que le moteur qui meut est à la fois touchant et touché. Mais Aristote fait l’hypothèse d’un moteur qui ne soit pas mû et cela lui semble aller avec le fait qu’il touche sans être touché. (322b30). Pour moi c’est assez énigmatique. Aristote veut dire qu’il ne convient pas au premier moteur d’être « pâtissant », or d’habitude celui qui touche est touché, donc en ce sens il est passif parce qu’il est touché par ce qu’il touche et ce qu’il meut. (En 324b15 il dit: « L’actif est cause au sens de source du mouvement. Mais ce en vue de quoi il agit n’est pas actif. » C’est dans le but de faire du premier moteur un actif pur qui n’a rien de passif qu’Aristote dit que s’il agit en vue d’une fin cependant cette fin n’est pas à  considérer comme une cause qui agirait sur le premier moteur, sinon cela voudrait dire qu’il subirait. )     Le traité en question dit à la fin que la génération est circulaire, car sinon il y aurait régression à l’infini. Donc on a l’impression ici qu’il n’y a pas besoin de premier moteur historiquement puisque les éléments s’engendrent réciproquement et que les générations ne remontent pas à une première naissance mais sont dans un cercle infini.     En Métaphysique Beta,6 vers la fin, éd. Tricot T I p. 167, Aristote demande si les éléments existent seulement en puissance, et dit : « Si les éléments existent seulement en puissance, il peut se faire que rien n’existe du tout.. » (1003a)    En Métaphysique K,9, Aristote reprend son exemple du constructible pour parler du mouvement. Il dit(1066a5) « une fois que la maison existe, il n’y a plus de constructible. » On voit donc que le problème du moteur et du mouvement, c’est que si le mouvement cesse le moteur cesse d’être aussi, puisqu’il ne meut plus.    On en vient à Métaphysique Lambda 6: »(1071b5) « Or il est impossible que le mouvement ait commencé ou qu’il finisse, car il est, disons-nous, éternel. » Or pour que ce mouvement soit éternel, il faut que le moteur de ce mouvement soit purement actif, sinon, s’il contenait de la puissance, pour Aristote cela voudrait dire qu’il pourrait ne pas être, ce qui s’oppose à la possibilité du mouvement du monde, puisque le monde étant fait d’engendrement circulaires si le mouvement n’est pas infini (parce que le moteur étant en partie en puissance pourrait contenir en lui la possibilité de l’interruption en tant que moteur), il n’y a plus de continuité de la génération et donc pas de génération du tout. (On n’est peut-être pas si loin de la roue du temps des Tibétains).    Ainsi il me semble que chez Aristote la théorie du premier moteur est due au refus de concevoir une création du monde. Ou par exemple un premier couple adamique aux origines de l’humanité.    La question est : comment cet être peut-il ne pas être une idée contradictoire en elle-même? comment un être peut-il toucher sans être touché? Comment un être peut-il agir sur la matière sans occuper le moindre espace? Un tel être purement actif peut-il être un être sans contradiction?     Ce que je trouve paradoxal c’est que ce soient des textes d’Aristote destinés à faire une théorie du monde en se passant d’une création et donc d’un dieu créateur qui aient servi aux théologiens à faire la théorie du Dieu créateur de la Bible. C’est un peu l’alliance de la carpe et du lapin.

    J’ai tendance à penser sans doute parce que je suis une femme que nous avons là une théorie quelque peu machiste: certains veulent absolument que le masculin soit purement actif et le féminin purement passif, et cela a des conséquences aussi sur la façon de traiter d’êtres vivants bien réels: une femme comme purement passive, un homme comme purement actif seraient l’idéal pour certains exciseurs. Or la vie c’est bien autre chose. Le Dieu vivant de la Bible se présente lui-même parfois comme une mère inquiète et attentionnée sans « avoir l’impression » de déchoir. Maïmonide lui, sous l’influence d’Aristote, nous explique que tous ces passages où Dieu a des sentiments, etc. etc. sont juste des images, que Dieu ne peut subir et donc ne peut avoir de sentiments. Certains préfèrent carrément oublier tous ces passages de la Bible où Dieu parle de lui comme mère donc comme femme. Pour penser la vie et penser de façon vivante il faudrait sortir de l’obsession des catégories de l’actif et du passif, qui d’ailleurs ne correspondent qu’à certaines langues, d’autres ayant bien d’autres formes verbales, tels le moyen en grec ou le niphal en hébreu. .

 

Une réponse

  1. Avatar de Philippe de Bellescize

    Bonjour,

    Pour moi le principe moteur de l’univers ne peut agir que de manière immanente et par interrelation ce qui change beaucoup de chose.

    J’en parle dans ma dernière intervention sur le forum Thomas d’Aquin dans « Conséquences philosophiques et théologiques d’une prise de position ». Mais avant de réfléchir à l’aspect théologique il faut creuser l’aspect philosophique, ce que je dis d’un point de vue théologique reste très hypothétique.

    http://www.thomas-aquin.net/PHPhorum/read.php?f=1&i=19158&t=19158

    Bien cordialement

    Philippe de Bellescize

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