J’entendais tout à l’heure sur la deuxième chaîne de télévision M. Kouchner tenir des propos comme celui-ci: il faut « forcer la porte ». Et lui de parler non seulement de la Birmanie mais aussi de ce qu’il appelle prudemment la Palestine mais qu’il faudrait appeler pour le moment plus exactement Israël: oui, tout à l’heure, Monsieur Kouchner parlait de forcer la porte d’Israël. Monsieur Kouchner pense que les plus puissants Etats de la planète auront un jour tous les droits pour imposer leurs bons soins manu militari contre la volonté des malades – oh pardon des Etats, et donc de leur population. Au nom de la santé des médecins ont autrefois écrasé la volonté et la liberté de malades, de fous, de mères, d’enfants, de vieillards. Aujourd’hui on voudrait répercuter à l’échelle mondiale une attitude hygiéniste: on va nourrir de force les populations, écraser la volonté d’Etats supposés anorexiques, et on croit que tout cela peut se passer ou même se dire sans déclencher des résistances. « Résistance », tel est le mot central des slogans des lycéens en colère en ce moment. Je crois que leur colère dépasse de beaucoup la situation des lycées où ils ne sont destinés à passer encore que de un à deux ans. La guerre en Irak préfigure un type de dirigeants de pays puissants grisés par la puissance des armements et des fortunes et qui ne voient pas que cette planète a besoin de douceur et de prudence. Non, la volonté de secourir les malheureux ne permet pas de tout faire. Des êtres humains ne sont pas des boeufs dans des pâturages ou des étables, il faut les écouter, il faut savoir respecter leurs volontés et convaincre plutôt que faire taire. On ne peut pas faire comme dans ses hôpitaux psychiâtriques d’autrefois où l’on assurait la « sécurité » des fous en les laissant hurler à longueur de journée enchaînés aux murs. On ne peut pas croire que la nourriture donne le droit à celui qui nourrit de faire taire indéfiniment celui qu’il nourrit.
Voulons-nous que demain l’extrême brutalité des « bons soins » de dirigeants de grandes puissances déclenche des mouvements de résistance tellement nombreux et tellement puissants que notre planète, après éventuellement de nouvelles guerres d’Irak, se trouve explosée en une myriade de petites entités tribales, alors qu’on pourrait espérer aujourd’hui de multiples organisations mondiales où les petits pays ne soient pas des sans voix pour autant?
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