Je lis dans le journal Le Monde daté d’aujourd’hui : « Le tribunal de grande instance de Lille a annulé un mariage le mois dernier « pour erreur sur les qualités essentielles » de la conjointe car celle-ci avait menti sur sa virginité. Alors que sa fiancée lui avait affirmé qu’elle était chaste, une valeur essentielle pour l’époux, l’homme avait découvert le soir de leurs noces, le 8 juillet 2006, qu’elle ne l’était pas, et l’avait immédiatement annoncé à ses proches. Le père de l’époux avait alors ramené la jeune femme chez ses parents, estimant sa famille « déshonorée », selon le récit publié dans la revue juridique Recueil Dalloz, le 22 mai. Le mari, un ingénieur d’une trentaine d’années, avait décidé dès le lendemain de se séparer de son épouse et l’avait assignée en justice le 26 juillet 2006.
« On aurait pu faire un divorce par consentement mutuel (…). J’ai opté pour la procédure de ‘nullité relative’ car c’est celle qui correspond le mieux » à la situation, a déclaré l’avocat du mari, Me Xavier Labbée. « Le divorce sanctionne un manquement aux obligations issues du mariage comme l’infidélité. Ici, il y a un vice dès le départ », a-t-il expliqué. « Il ne faut pas faire de cette affaire une résurrection d’un retour à la religion et à l’obscurantisme. C’est tout simplement une application des règles de la nullité du mariage », a-t-il déclaré sur RTL.
« LA QUESTION N’EST PAS LA VIRGINITÉ MAIS LE MENSONGE »
La décision du TGI de Lille s’appuie sur l’article 180 du code civil, qui stipule que « s’il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage » dans un délai de cinq ans. Le procureur de la République de Lille, Philippe Lemaire, a affirmé que le jugement était « conforme à la jurisprudence classique ». Le problème de la virginité « focalise un peu le débat, mais la question, ce n’est pas la virginité, c’est la liaison qu’elle a eue avant et qui a été cachée. C’est le mensonge qui motive la décision du juge », a-t-il souligné.
La chancellerie a affirmé n’avoir « pas le souvenir » d’une annulation pour mensonge sur la virginité, même si les annulations pour mensonges sur « des éléments de personnalité » d’un des conjoints sont loin d’être rares. Parmi ces « erreurs » figurent essentiellement la découverte après le mariage que le conjoint est divorcé, qu’il a menti sur sa nationalité, qu’il fait l’objet d’une mesure de curatelle ou qu’il n’est pas apte à avoir des relations sexuelles normales.
UN JUGEMENT « ATTERRANT », SELON LE PS
Plusieurs associations et des personnalités françaises ont vivement protesté contre cette décision. Interrogée sur France Inter, la philosophe Elisabeth Badinter s’est déclarée « ulcérée » par cette décision. L’épouse de l’ancien garde des sceaux Robert Badinter a déclaré avoir « honte » pour la justice française.
Le PS a dénoncé un jugement « atterrant » qui « bafoue le droit des femmes à disposer de leur corps et à vivre, librement, comme les hommes, leur sexualité », et le PCF l’a qualifiée de « scandaleuse ». L’association Ni putes ni soumises a évoqué de son côté une « régression », exprimant son amertume « de savoir qu’en France la virginité peut être considérée comme une ‘qualité essentielle’ » et a réclamé un changement législatif. »
Il est effarant que la République donne raison à quelqu’un qui impose à une femme des décisions fondées soi-disant sur la religion, et qui se croit autorisé à se dire « déshonoré » parce que dans certains milieux musulmans un homme ingénieur cela finit par être considéré comme une espèce de surhomme. Je pense qu’il faudrait porter plainte pour atteinte à la dignité humaine chaque fois qu’un homme ou un groupe d’hommes présente à une assemblée un linge passé dans le sexe d’une femme en profitant de son innocence et de son ignorance, ou en passant outre une volonté qu’on peut supposer évidemment contre le fait que la pudeur soit ainsi bafouée de la façon la plus obscène.
Quand on lit un très ancien traité du Talmud, le traité Ketoubot, on voit que dans leur grande humanité les rabbins ont tout essayé pour faire renoncer à cette pratique immorale du linge attestant la virginité et la défloration. Ils ont proposé d’autres « tests » ne permettant pas de mettre à nu ainsi la mariée. Et surtout ils ont démontré que le linge n’était pas du tout une technique scientifique. Ils ont dit qu’on pouvait très bien coucher avec une femme sans la faire saigner même si elle était vierge. Enfin ils ont dit que si on imposait à un rabbin ou un tribunal d’agréer la protestation du mari comme quoi sa fiancée s’était déclarée vierge alors qu’elle ne l’était pas, le mari était en état de péché, car si lui-même avait été un homme pur et vierge il n’aurait pas dû savoir que sa femme n’était pas vierge. On pourrait en tirer l’idée, contestée ci-dessous, que si culpabilité il y avait tous les deux seraient coupables, et qu’en l’occurence la femme qui épouse vierge un mari doit être supposée croire que son mari aussi est vierge, puisqu’elle a été élevée à croire qu’on se marie vierge. Et donc si le mari proteste que sa femme n’est pas vierge c’est que lui-même a « menti sur la marchandise » et n’est pas vierge.
J’ajoute qu’on aurait pu plaider que si le mari venait avec son linge au bout de plusieurs heures, sa protestation n’est pas valable. D’abord parce que selon les coutumes de ce genre dans le monde « musulman » (je n’ai pas dit que c’était une loi religieuse, le Talmud m’incite à penser que les religieux sont contre pour des raisons d’indécence totale de la pratique en question), c’est-à-dire plutôt dans tout le monde machiste quelle que soit sa prétendue religion, chrétienne, juive ou musulmane ou autres, on attend que le marié sorte de la chambre nuptiale au bout d’un quart d’heure ou à peine plus, avec le linge. Sinon on peut imaginer que le mari a tout fait comme pratiques sexuelles sauf ce qui conduit à une défloration, d’une part, et d’autre part que le mari peut très bien avoir couché avec sa femme et ensuite avoir produit un linge « bidon » faisant croire qu’elle n’était pas vierge.
Reste ensuite à dire « oui mais elle a avoué ». Alors il faut être cohérent, le témoignage de la femme sur ce point serait-il reçu comme valable par un tribunal musulman ou traditionnel, en tant que « témoignage », alors que c’est une femme qui parle? Ne peut-on pas dire que si elle a parlé c’est qu’elle a été dégoûtée de cet homme horriblement, ou qu’elle s’est fait embobiner dans sa naïveté par un homme machiavélique? Et ne peut-on penser que le tribunal s’est montré d’une coupable naïveté en croyant sur parole que la femme n’était pas vierge au moment du mariage? Un tel jugement ne tient pas debout en ce qu’il croit prendre en compte une tradition alors qu’il ne tient pas compte des règles de cette tradition.
Cependant je pense qu’après une telle infamie nulle femme ne voudrait rester l’épouse d’un pareil individu dans un pareil milieu familial. Je pense cependant que la Ligue des Droits de l’Homme, ou l’association Ni putes ni soumises, devraient porter plainte et contre le « mari », et contre le tribunal français, par exemple à la cour internationale de La Haye, pour avoir ainsi des pratiques immorales et mettre en danger toutes les jeunes filles innocentes qui pourraient ainsi, à cause de la naïveté d’un tribunal ou d’une jurisprudence française aberrante, épouser des hommes qui les défloreraient avec délice pour ensuite exhiber un linge dépourvu de sang, ce qui est finalement assez commun chez les linges, pour demander l’annulation du mariage et ainsi détruire la vie d’une femme.
Dans la Bible (II Samuel 13) il y a un des fils de David qui viole une femme, sa demi-soeur, et ensuite la rejette en disant « Tu me dégoûtes, je refuse de t’épouser ». C’est un acte très lourdement sanctionné dans la tradition juive de refuser d’épouser une vierge avec qui on est fiancé (ces fiancailles sont indiquées dans le texte biblique par le fait d’apporter des gâteaux à un jeune homme) et qu’on a déflorée avant le mariage. Dans ce cas la loi juive disait que le divorce devenait impossible pour la vie entière. Il en est de même pour le mari qui prétend à tort que sa femme n’était pas vierge le jour de son mariage: si l’on peut établir qu’il ne dit pas la vérité il lui devient impossible de divorcer pour la vie entière.
Mais j’ajoute qu’un homme comme ça, j’en divorcerais tout de suite, moi femme, dans une société où enfin une femme non vierge ne vaudrait pas moins cher qu’une femme vierge, tout simplement parce que plus personne ne prétendrait être esclavagiste et donner un prix à l’inestimable personne humaine. Et l’avantage du divorce sur l’annulation du mariage c’est qu’on peut contraindre le mari à payer une pension à sa femme. Mais la société française vient de se déshonnorer à Lille en détruisant le respect que l’on doit à égalité à tout être humain, masculin ou féminin.
Il ne reste plus qu’à interdire tout mariage, non?…;=))
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