Voici un article très synthétique sur un nouvel outil d’analyse: la classification des « villes mondiales » selon notamment les flux échangés: marchandises, informations, etc.  

« HIÉRARCHISER

Une hiérarchie des villes globales dans le monde

                

La classification de

Taylor

       Les villes mondiales sont liées au phénomène actuel de mondialisation,

leur hiérarchie se fait donc en fonction de critères économiques.

 Le produit urbain brut (P.U.B) est l’identique du P.I.B mais il

s’applique aux villes. Le classement des villes en fonction de

 ce critère est celui-là:

Comparaison de 25 premières agglomérations du monde par

 la valeur du PUB et des PIB de quelques États

 (en milliards de dollars, 1997)

Ville et agglomération PUB (Produit Urbain Brut) État PIB (Produit Intérieur Brut)
1-Tokyo 1443,8 1-Etats-Unis 7641
2-New York 829,2 2-Japon 4651
3-Osaka 628,7 3-Allemagne 2341
4-Los Angeles 457,4 4-France 1534
5-Paris 361,4 5-Italie 1192
6-Nagoya 291,3 6-Royaume-Uni 807
7-Chicago 273,6 7-Chine 731
8-San Francisco 213,9 8-Brésil 731
9-Washington/Baltimore 212,1 9-Espagne 573
10-Londres 208,9 10-Canada 560
11-Séoul 193,6
12-Boston 173,5 15-Inde 350
13-Hong Kong/Shenzhen 140,0
14-Miami 132,8 34-Afrique du Sud 123
15-Essen 128,9 35-Finlande 120
16-Dallas 124,4 36-Portugal 103
17-Detroit/Windsor 120,2 37-Israël 96
18-Buenos Aires 111,5
19-Toronto 107,4 51-Hongrie 43
20-Milan 102,1 52-Algérie 43
21-Hambourg 101,5
22-Taipei 100,2
23-Houston 98,5
24-Sao Paulo 94,6
25-Mexico 93,5
233-Le Caire 10,8

       Nous pouvons remarquer que certaines villes, comme Nagoya,

ont un P.U.B supérieur à celui de certains pays qui ont souvent

 un faible poids politique, comme la Hongrie. Or justement cela

 est intéressant, pour des villes mondiales, de voir qu’elles ont

un fort poids économique, ce qui revient à dire qu’elles ont un

fort poids décisionnel.       Cependant, ce tableau fait apparaître

 Osaka en 3ème place et Londres en 10ème place. La place de

Londres se trouve largement remise en cause. Mais aucun

 géographe des villes mondiales n’a pourtant été jusque là.

Le classement en fonction des P.U.B ne semble donc pas

 pertinent. Cela peut s’expliquer, en effet une ville est

aussi un « micro-système » économique qui produit et qui

 consomme dans son enceinte; ces fonctions sont comptabilisées

 dans le P.U.B, alors qu’elles ne le sont pas lorsque l’on mesure la

« mondialité » (world-cityness) d’une ville ou sa capacité à exercer

 une influence sur le monde. En effet, une ville mondiale produit,

 mais surtout, selon la N.D.I.T, elle est un centre de

commandement qui décide, la fonction de production est donc

moins importante dans la hiérarchie de ces villes. La classification

 des villes mondiales ne peut donc se faire qu’à partir d’un seul

 critère, même s’il est pertinent.       Saskia Sassen puis P.J Taylor

proposent un autre type de hiérarchie appuyée sur un système de

 mesure des villes globales à partir de critères cohérents. Ils partent

 tous les deux du même point de départ: c’est la production de

 services qui est le meilleur moyen de connaître la « mondialité »

 d’une ville.       Avant de faire un classement général, l’équipe

du GaWC a procédé à un classement intermédiaire pour chacun

des quatre secteurs retenus. Le GaWC détermine les firmes qui

 sont représentatives au niveau mondial, il leur demande

ensuite les renseignements pertinents. Pour ces premiers

classements, le GaWC regarde dans quelle ville se trouve

le siège social et dans quelle(s) ville(s) la firme a installé

des succursales. Le GaWC ne prend en compte que les

villes où se trouvent des succursales principales, considérant

qu’une firme ne peut pas avoir plus de 150 de succursales

 principales. Le GaWC insère une ville dans son classement

intermédiaire uniquement si elle a deux succursales. Les

 villes sont classées, pour chacun des quatre critères, en

trois catégories (primordiale, majeure, mineure).      

Pour obtenir son classement final, le GaWC a mis une

note sur une échelle de 1 à 12. 12 étant la note maximale.

 A partir des classements intermédiaires, le GaWC a regardé

 le nombre d’apparition des villes dans chacune des catégories.

Par exemple, Londres, New York, Paris et Tokyo sont des villes

mondiales de « plein exercice » car elles ont 12. En effet, ce sont

 les seules villes qui apparaissent quatre fois en tant que villes

primordiales dans les critères.       C’est la combinaison de ces

 quatre classements qui donne le classement des villes mondiales

 que voici:

A. ALPHA WORLD CITIES
12: London, Paris, New York, Tokyo
10: Chicago, Frankfurt, Hong Kong, Los Angeles, Milan, Singapore
B. BETA WORLD CITIES
9: San Francisco, Sydney, Toronto, Zurich
8: Brussels, Madrid, Mexico City, Sao Paulo
7: Moscow, Seoul
C. GAMMA WORLD CITIES
6: Amsterdam, Boston, Caracas, Dallas, Dusseldorf, Geneva, Houston, Jakarta, Johannesburg, Melbourne, Osaka, Prague, Santiago, Taipei, Washington
5: Bangkok, Beijing, Montreal, Rome, Stockholm, Warsaw
4: Atlanta, Barcelona, Berlin, Buenos Aires, Budapest, Copenhagen, Hamburg, Istanbul, Kuala Lumpur, Manila, Miami, Minneapolis, Munich, Shanghai

       Source : www.lboro.ac.uk/gawc/rb/rb5.html#t7

       Les villes ont une note sur une échelle de 1 à 12. 12 étant la

note maximale. Ensuite, le GaWC définit aussi quatre catégories

de villes: a , b , g et les villes mondiales en formation.

Villes mondiales a : de 10 à 12

Villes mondiales b : de 7 à 9

Villes mondiales g : de 4 à 6

       Villes mondiales en formation sont divisées en trois catégories:

 tout d’abord celles pour qui s’est une évidence (3), celles pour qui

 cela se confirme (2) et enfin celles pour qui cela semble se

confirmer (1). Toutes les autres villes du monde ne sont font

pas partie des villes mondiales.

       Londres, New York, Paris et Tokyo sont des villes mondiales

 de « plein exercice » car elles ont 12. En effet, ce sont les seules

villes qui apparaissent quatre fois en tant que villes primordiales

dans les critères.

       Il n’y a pas de surprise pour les villes classées a, elles sont

effectivement des villes qui concentrent beaucoup de services.

 On voit apparaître des régions du monde qui concentrent ces

villes: les Etats-Unis, l’Europe de l’Ouest et la région Asie-Pacifique,

 qui représentent les pôles de la Triade, ce qui pour Taylor montre

 bien la »mondialisation inégale ». Les villes b se situent principalement

dans les régions précédentes mais on voit apparaître des régions hors

 de la Triade, comme Sydney, Mexico, Moscou et Sao Paulo (qui fait

apparaître une quatrième région: l’Amérique du Sud).

       Les villes g renforcent le poids des régions précédentes,

 Johannesburg (6) est la seule et unique ville africaine du

classement des villes globales proprement dites, c’est à dire

avec une note supérieure à 4. On peut remarquer que les

 villes mondiales sont fortement regroupées par régions et

 il y a quelques villes dispersées dans le monde mais qui n’ont

pas une « mondialité » forte.

       Les villes globales s’insèrent pleinement dans le nouvel espace

 d’échelle mondial, dont l’émergence constitue la mondialisation.

 La ville est fondée sur « la coprésence d’ un maximum de réalités

 sociales ». Pour J.Lévy, la mondialisation est facteur de « topogénèse »,

 c’est à dire créateur de lieux, d’ailleurs S.Sassen dit bien que ces

 villes sont nées de la mondialisation.

       Il y a eu des transferts d’activités, d’où la « topogénèse ».

Les lieux issus de la mondialisation se sont considérablement

 rapprochés, il y a eu un changement d’échelle. Les villes

 concentraient tout en leur sein, elles ont délocalisées, et

se sont rapprochées entre elles grâce aux nouvelles technologies

 notamment, qui ont permis de réduire les distances.

       Ainsi, les villes mondiales sont en relation constante,

 c’est une de leur caractéristique. Une hiérarchie statique

est-elle alors complètement appropriée ? Certes, elle a des

qualités et montre des points caractéristiques des villes

mondiales, mais il faut voir qu’elles ne sont rien si elles

 ne sont pas replacées dans un réseau.

Les villes globales

 en réseau

Hiérarchiser les villes globales

 selon leurs connexions aux

 différents flux

       S’il est courant de mesurer les flux entre les pays, la mesure

des flux inter-cités l’est beaucoup moins. Il est donc nécessaire

d’élaborer des approches nouvelles pour appréhender les différentes

 dimensions de cet espace de flux encore peu exploré. Il s’agit de

 passer de l’étude comparative de similitudes et de différences

 internes à l’étude des relations entre cités, dans la continuation

 de la perspective nouvelle apportée par M.Castells.

1. Les flux informationnels

       Il s’agit de mettre en valeur les liens économiques d’une cité.

 L’on se base pour cela sur les informations financières et

commerciales quotidiennes rapportées par les journaux .

 On choisit tout d’abord 6 principaux journaux de 6 grandes

 villes étasuniennes. Puis on répertorie les articles des pages

 principales en les répartissant selon la ville à laquelle ils se

 réfèrent.

pourcentage d’articles sur les principales villes étasuniennes publiés par chaque journal
  Los Angeles Miami New York San Francisco Boston Chicago total
Los Angeles Times 50 1 22 14 7 6 100
Miami Harold 22 23 36 9 X 10 100
New York Times 24 X 43 10 20 3 100
San Francisco Chronicle 13 X 41 42 2 2 100
Boston Globe 1 3 20 19 66 2 100
Chicago Tribune 2 17 19 1 1 60 100
pourcentage d’articles concernant d’autres villes que celle de publication du journal
  Los Angeles Miami New York San Francisco Boston Chicago moyenne
Référence non locale en % 50 77 57 58 34 40 52,6

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      

Il ressort de l’analyse de ces tableaux que plus de la moitié des

 articles des pages principales concernent des villes autres

que celle dont provient le journal. Chacune des villes étudiées

est l’objet d’une recherche informationnelle de la part des

 autres cités. Cette intensité des flux informationnels

 traduit l’importance des relations économiques qui lient

 ces villes globales .
L’ étude de données sur les flux informationnels des

 années 70-80 avant la nouvelle DIT permettraient

 de voir l’intensification de ces flux entre ces villes

de plus en plus interdépendantes

2. Les flux humains

       La formation des villes globales est aussi le

 produit des migrations, et plus particulièrement

des mouvements de main d’œuvre qualifiée, à

l’intérieur et entre les firmes. Ces migrations sont

au cœur des flux de savoir dont parle M.Castells.

 Ces flux de travailleurs hautement qualifiés sont

 une des caractéristiques majeures des villes

globales en réseau.
On dispose de peu de données sur ces flux inter-cités,

 contrairement aux flux inter-Etats. Pour obtenir

ces données, la méthode consiste à choisir une ville

 -ici Londres- où l’on va mener 2 types d’enquêtes :
– des questionnaires sont envoyés au personnel de

grandes banques étrangères de la  » City  » de Londres,

 par exemple
– des entretiens sont organisés avec les DRH

(Directeurs des Ressources Humaines)

       Dans le tableau ci-dessous sont répertoriés les

 villes recevant la majeure partie des travailleurs

 hautement qualifiés provenant de grandes

entreprises implantées à Londres ( chiffres de 1993 ) :

Ville Migrants en provenance de Londres
New York 63
Tokyo 23
Honk Kong 20
Paris 16
Sydney 11
Madrid 11
Francfort 10
Zurich 10
Munich 10
Kuala Lampur 10
autres 9
total 193

Autres : St. Hélier (2) ; Lisbonne, Athènes et Gibraltar ( 1 chacune) et 4 autres villes européennes

       Plusieurs conclusions peuvent être tirées de

l’analyse du tableau. Tout d’abord on constate qu’il

existe effectivement une migration d’une main d’œuvre

 spécialisée dans les services avancés entre les villes

 globales. En second lieu, on relève une nette

 prédominance des flux entre Londres et New York

qui attire environ 33% des migrants. Mais cette

 prédominance ne doit pas occulter de solides relations

 avec d’autres villes : Tokyo, Hong Kong, Paris, Sydney

 et Madrid en particulier, mais aussi certaines villes

d’Allemagne.
On en déduit enfin que les villes qui ne figurent pas

dans ce tableau sont nettement devancées dans

cette hiérarchie.

3. Les flux de services avancés

       Si les villes globales sont reliées entre elles

par des flux informationnels, des flux humains,

elles le sont aussi et vraisemblablement surtout,

 par les flux de services avancés.

 Il s’agit dès lors de dégager l’organisation spatiale

 de ces flux,

 c’est à dire quels en sont les principaux pôles

 émetteurs et

 récepteurs. On choisit d’étudier les villes

connectées à la ville de Londres et on obtient

les données suivantes :

Comptabilité Publicité Banque/Finance Services juridiques
New York, Paris, Dusseldorf, Tokyo, Toronto New York New York New York
80% du niveau des connexions de New York et Londres
Atlanta, Bruxelles, Chicago, Francfort, Milan, San Francisco, Sydney, Washington Bruxelles, Madrid, Sydney, Toronto Hong Kong, Tokyo, Singapour Bruxelles, Hong Kong, Washington
69 à 79% du niveau des connexions de New York et Londres
Amsterdam, Berlin, Birmingham, Boston, Copenhague, Dallas, Hambourg, Honk Kong, Jakarta, Johannesbourg, Lyon, Los Angeles, Madrid, Manchester, Melbourne, Mexico, Montreal, Munich, Osaka, Philadelphie, Rome, Rotterdam, Santiago, Sao Paulo, Seoul, Stockholm, Stuttgart, Vancouver, Zurich. Amsterdam, Auckland, Copenhague, Dusseldorf, Lisbonne, Los Angeles, Melbourne, Milan, Paris, Prague, San Francisco, Stockholm, Vienne, Zurich Francfort, Paris, Zurich Paris

       On constate qu’il existe de nombreuses connexions

 entre ces villes globales: 42 villes différentes

sont ici répertoriées ! Les services de comptabilité

sont de loin les plus globalisés, bien plus que les

 services juridiques par exemple. Les services

 bancaires et financiers sont également très

globalisés, mais plus concentrés toutefois que

ceux de comptabilité. Au final, on peut conclure

 qu’il existe des flux très denses de services entre

 ces villes globales et qui ne concernent pas seulement

 Londres et New York.

       Ainsi les relations inter-cités et les

interdépendances qui en découlent apparaissent

 être une composante essentielle du concept de

« ville globale ». L’intensité des flux entre villes globales

et leur relative symétrie permettent de distinguer

 ces villes des autres. L’approche des villes globales

 en réseau nous renvoie au concept d’ »archipel

mégalopolitain ».

        L’analyse des  » villes globales  » s’est donc

enrichie de nouveaux apports, elle se complexifie

pour mieux répondre à une réalité effectivement

 complexe.  L’analyse en terme de flux permet de

 ne pas réserver la dénomination de « ville globale »

 à quelques cités seulement et d’y inclure d’autres

 villes qui fonctionnent de manière similaire mais

en proportion moindre, du moins pour l’instant. »

Sur les flux commerciaux  ET en particulier le problème de l’agriculture,

 voir le rapport 2008 de l’OCDE

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