Si quelqu’un a été condamné à mort sur la foi de faux témoins que faire et que penser ?
Dans la Bible l’effort dissuasif est très net : on dit : vous ferez aux faux témoins ce qu’ils avaient l’intention d’obtenir comme nuisance contre la personne qu’ils ont incriminée faussement. Le texte dit (Deutéronome 19,18-19) : « Ceux-ci examineront attentivement et si ce témoin est un faux témoin, si c’est un mensonge qu’il a articulé contre son frère, vous le traiterez comme il a eu dessein de faire traiter son frère, et tu extirperas le mal du milieu de toi. »
Mais le Talmud, Traité Makot 5b, dans la Mishna, nous dit que contrairement à ce que font les Saduccéens on ne condamnera à mort les témoins que dans des intervalles de temps très précis. Si l’on dit « ce sont de faux témoins » avant que la sentence de mort contre leur ennemi qu’ils incriminent soit prononcée, alors on ne les condamne pas à mort. Si non seulement la sentence de mort a été prononcée contre la personne qu’ils incriminent mais aussi si son exécution a eu lieu, et que c’est seulement là que des témoins viennent dire « En fait ce sont de faux témoins », on ne les exécute pas non plus. On ne les condamne à mort que si c’est entre les deux : lorsque la sentence de mort contre la personne a été prononcée et que la personne n’a pas encore été exécutée. En effet il s’agit de comprendre que la Bible parle d’intention de nuire : « vous le traiterez comme il a eu l’intention de… » « Kaacher zamam (laassot) ». Or à mon avis ce que veulent dire les Sages du Talmud c’est qu’on doit faire attention aux intentions justement. On peut penser que si des témoins viennent après la sentence mais avant l’exécution pour dire « les premiers témoins ont fait un faux témoignage », ils sont animés de bonne intention pour éviter une erreur judiciaire, et du coup on voit aussi que des témoins qui ont laissé croire un faux témoignage jusqu’à ce que la sentence soit prononcée sans se rétracter, alors qu’ils auraient sauvé et la vie de la personne, et la leur propre en se rétractant avant la sentence, ont vraiment de mauvaises intentions eux. Cependant, si des témoins viennent se présenter une fois que la personne a été exécutée donc trop tard, pour dire : « En fait elle a été exécutée par erreur c’étaient de faux témoins », on peut penser que très probablement ces témoins ont de mauvaises intentions, sinon ils n’auraient pas attendu aussi longtemps, ils se seraient précipités avant que la sentence soit exécutée et que l’innocent soit irrémédiablement mort : ces gens veulent nuire aux premiers témoins, et de plus et peut-être surtout ils veulent nuire à l’autorité du tribunal. Donc il ne faut pas exécuter les premiers témoins, et on pourrait se dire que ce sont les seconds témoins qui sont des faux témoins et qui devraient être exécutés, mais justement, immédiatement avant dans le texte du Talmud, la Guemara explique que si l’on ne veut pas s’exposer à des absurdités, il ne faut pas multiplier les sentences, au cas où un premier groupe de témoins viendrait, puis un deuxième viendrait et dirait que le premier ce sont des faux témoins, puis un troisième groupe de témoins viendrait pour dire non ce sont les témoins du deuxième groupe qui sont des faux témoins, et puis un quatrième groupe de témoins viendrait pour dire non ce sont ceux du troisième groupe qui sont des faux témoins et ainsi de suite à l’infini. Donc elle a tranché : seul le premier groupe de témoins sera exécuté si l’on peut établir que ce sont de faux témoins. Donc même s’il eût été logique d’exécuter le groupe de témoins qui vient accuser les premiers témoins d’être des faux témoins trop tard, après l’exécution, car on peut dire que manifestement c’est ce deuxième groupe de témoins qui est des faux témoins, en vertu de la décision justifiée prise auparavant dans la Guemara on ne les exécutera pas, mais on considérera que les premiers témoins n’ont pas été déclaré faux témoins par des témoins fiables. Et donc que tout se passe comme si les premiers témoins restaient des témoins fiables quoi qu’il se soit passé en réalité. Ainsi l’autorité du tribunal ne sera pas bafouée.
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