Du haut de la tour les naufrageurs guettent... vue du gratte-ciel de JP Morgan ChaseJe lis sur le blog de Paul Jorion des articles émanant apparemment d’autorités américaines, qui laissent entendre que la liquidation après la faillite de la banque Leyman Brothers, en septembre, n’a laissé qu’un différentiel de 6 à 8 milliards de dollars. Cela paraît peu, compte tenu de tout ce que l’on a dit sur cette banque, juive, la seule banque que le trésor américain a refusé de sauver, causant ainsi la catastrophe financière de septembre. Si l’on joint à cela que comme je l’ai dit en citant le Canard enchaîné dans un précédent article, que JP Morgan, la banque protestante rivale qui haïssait Leyman Brothers, a précipité sa chute en gelant ce qu’elle lui devait, à savoir 17 milliards de dollars, on s’étonne de ce silence sur les tenants et aboutissants de ce qui aux yeux de Nicolas Sarkozy lui-même, est à l’origine (la faillite est le 15 septembre) de la catastrophe qui commence le 16 septembre. On a l’impression que les ennemis de la banque en question se sont arrangés pour la couler sans rien perdre eux-mêmes.

Voilà un extrait d’un de ces articles:

« NEW YORK, Tuesday, October 21, 2008 – Robert Pickel, Chief Executive Officer of the International Swaps and Derivatives Association, Inc. (ISDA) today commented on the cash settlement of CDS trades on Lehman Brothers and on certain misperceptions in relation to the CDS industry.

The cash settlement deadline for Lehman is today, October 21. Based on industry estimates, a total of $6bn to $8bn is expected to have changed hands by close of business. This is approximately 1% to 2% of the $400 billion in CDS trades referencing Lehman and does not account for the effects of collateral, which will further reduce the payment amounts. »

Intéressons-nous un peu plus à JP Morgan.

Je lis dans un article du Monde , de Frédéric Joignot, que décidément cette banque est déjà à l’origine d’autres catastrophes: «  »Personne n’imaginait que la situation était grave au point que le paralytique doive racheter l’aveugle », déclarait au Monde l’économiste Daniel Cohen, commentant le rachat le 16 mars quasiment « pour un franc symbolique » de la banque d’affaires en pleine débâcle Bear Stearns par la banque JP Morgan. Cette nouvelle inouïe faisait tomber le dollar à son niveau le plus bas face à l’euro, déclenchant un vent de panique chez les investisseurs qui se précipitaient sur l’or et les emprunts d’Etat.[…] » Déjà JP Morgan, le 16 mars 2008, il y a six mois.

Certains envisagent un scénario diabolique, qui a peut-être déjà échoué: « […]Comme je l’expose dans mon prochain livre, Power of Money: The Rise and Decline of the American Century, (Le pouvoir de l’argent : essor et déclin du siècle étasunien), dans toutes les grandes paniques financières aux États-Unis depuis au moins celle de 1835, les titans de Wall Street, surtout la Maison JP Morgan avant 1929, ont délibérément déclenché la panique bancaire en coulisses pour consolider leur emprise sur le système bancaire étasunien. Les banques privées ont utilisé cette panique pour contrôler la politique de Washington, notamment la définition exacte de la propriété privée de la nouvelle Réserve fédérale en 1913, et pour consolider leur contrôle sur les groupes industriels comme US Steel, Caterpillar, Westinghouse, etc. En bref, ce sont des habitués de ce genre de guerre financière, qui augmente leur pouvoir.

[…]Cette pratique du recours à la panique pour concentrer leur pouvoir privé a créé une concentration extrêmement puissante de pouvoir financier et économique entre quelques mains du secteur privé. Ce sont ces mêmes mains qui, en 1921, créèrent le Council on Foreign Relations, l’influent groupe d’experts en politique étrangère étasunienne, pour guider la montée du Siècle Étasunien, comme l’appelait Henry Luce, le fondateur du Time, dans un essai capital en 1941. « 

Extrait de « Derrière la panique, la guerre financière pour la future domination bancaire mondiale » par F. William Engdahl
La suite de ce même article nous rassure en nous faisant penser que pour le meilleur ou pour le pire, la stratégie des différents gouvernements, européens notamment, a contré et peut contrer à l’avenir la stratégie Paulson-JP Morgan. A condition de ne pas oublier les leçons du passé, et de sanctionner les naufrageurs peut-être…
Voilà l’extrait:

« […]

Cette nouvelle politique de nationalisation contraste totalement avec l’approche idéologique du libre marché prônée par Paulson, qui consiste à racheter les titres sans valeur détenus par des banques que Paulson a choisi de sauver, plutôt que de recapitaliser les banques pour leur permettre de continuer à fonctionner.

Que se dégage-t-il des grandes lignes des deux approches opposées face au développement de la crise ? À présent, le plan Paulson fait manifestement partie d’un projet visant à créer trois colosses financiers mondiaux : Citigroup, JP Morgan Chase et bien entendu Goldman Sachs, la « maison » de Paulson, maintenant transformée en banque de façon assez opportune. Après être parvenus à arracher 700 milliards de dollars aux contribuables étasuniens par la peur et la panique, ces trois mastodontes utiliseront leurs muscles hors du commun pour ravager les banques européennes dans les années à venir. Tant que les plus grandes agences mondiales financières de notation – Moody’s et Standard & Poors – seront épargnées par les scandales et les auditions au Congrès, le pouvoir financier réorganisé de Goldman Sachs, Citigroup et JP Morgan Chase pourrait potentiellement se regrouper et faire progresser leur plan de bataille mondial dans les prochaines années, en marchant sur les cendres de la faillite de l’économie étasunienne, mise en banqueroute par leur folie.

En s’accordant sur la stratégie de nationalisation des banques que les ministres des Finances de l’UE estiment « trop stratégiques par leur caractère systémique pour être abandonnées » tout en garantissant les dépôts bancaires, les plus grands gouvernements de l’UE, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont pris le contre-pied des États-Unis, et ont opté pour une approche sur le long terme, qui permettra aux géants bancaires de résister aux attaques financières de géants comme Goldman Sachs ou Citigroup. « 

2 réponses

  1. Avatar de lautre

    ou l’on comprend que la crise n’est pas seulement une affaire de techniques financières » que certains opérateurs auraient poussées jusqu’à l’absurde… mais aussi un « accident » sur une scène où les rapports de pouvoir et de domination sont particulièrement exacerbés !

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  2. […] On sait d’ailleurs que parfois/souvent, la panique bancaire a sans doute été une arme puissante tenue par l’autre bout, par la main de certains banquiers, entre autres JP Morgan il y a longtemps mais sans doute aussi il y peu, pour aller dans le sens de la concentration du pouvoir bancaire ou faire plier les représentants de l’Etat avec le chantage: « après moi le déluge », voir par exemple http://coirault-neuburger.blog.lemonde.fr/2008/10/22/jp-morgan-et-paulson-des-naufrageurs-du-monde/ […]

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