Il n’est pas drôle d’être fou, ou plutôt il n’est pas drôle qu’on vous fasse une réputation de fou. Et surtout sur le plan pénal. En effet votre parole est considérée comme folle donc votre témoignage aussi. Et donc notamment si vous vous faites agresser, si votre fils se fait agresser sous vos yeux, rien ne sert de se plaindre ou de porter plainte : on ne vous écoutera pas, voire on rira de vous. Après cela on s’étonne gravement et on se demande comment il se fait que les schizophrènes se font attaquer plus que les autres gens ! Ce n’est pas à chercher dans une sorte de bizarrerie qui serait la leur, associée à leur schizophrénie. Mais cela vient de leur réputation : celui qui sait que celui qu’il a en face de lui a ou a sûrement une réputation de « cinglé » sait qu’il peut tout se permettre contre lui impunément. La tentation est forte, alors.
Quant au schizophrène lui-même, il sait souvent cela, et aussi celui qui n’étant pas schizophrène a vu que l’on avait réussi à lui faire une réputation de fou : désormais il s’attend toujours à tout, et il a des stratégies pour résister à sa façon, moralement, à une agression, et cette résistance passe justement chez lui par le fait de ne même pas mentionner l’agression, puisqu’on lui dira « comme ton imagination est monstrueuse et méchante pour que tu ailles imaginer des choses pareilles ! Agression, viol, et puis quoi encore ! » Et il s’attend même à la gifle, pour mensonge, ou à divers traitements de choix s’il est interné en psychiatrie.
Alors il serait peut-être temps de réhabiliter la parole du « fou » ou de celui qui sans être « fou » s’est vu coller la réputation de fou : à quand une charte du respect du témoignage du fou, à quand une charte affirmant la recevabilité d’une plaine émanant d’un « fou » ? Quand réparera-t-on cette terrible injustice de la société qui terrorise tout le monde ? Souvenez-vous, en URSS pour lutter contre les contestataires on n’avait rien imaginé de mieux que de les mettre dans le statut de « fous ». Et l’ironie du sort est que l’on parvenait là bas en leur faire avoir, à ces dissidents, une allure convaincante pour l’opinion russe et même mondiale, en leur donnant des doses massive d’halopéridol, entre autres, un produit qui certes est fait pour empêcher le délire, mais qui surtout fait baver, avoir des mouvements bizarres des muscles, provoque des dépressions, et ne doit surtout pas être arrêté brusquement en raison des risques… de délire que cela provoque !
Autre document, statistiques effrayantes de ce statut de bouc emissaire du « fou » sous toutes ses formes :
« Les données scientifiques mettent en évidence la vulnérabilité d’une personne atteinte de schizophrénie, bien plus souvent victime d’agressions, de vols et de viols qu’une personne non malade. La prévalence des crimes violents *envers* les patients psychiatriques est 11,8 fois plus importante qu’en population générale. La prévalence des vols sur personnes est quant à elle 140 fois plus élevée. 40 % des personnes sans abri présentant une schizophrénie se sont fait agresser au cours des six derniers mois. Le risque pour une femme sans abri atteinte de schizophrénie d’être victime d’agression physique et de viol est tellement important que les chercheurs parlent d’expérience normative. »
SOURCE : «Le Monde » en date du 16 août 2008 – auteurs : Vincent Girard
(Psychiatre) et Claude Lefebvre (Photographe)
SOURCE : «Le Monde » en date du 16 août 2008 article entier lisible ici :
Comme si cela ne suffisait pas on durcit encore la suspicion contre le « fou » coupable d’avance de tous les crimes avant même d’avoir rien fait. Je retiens un bout de l’article suivant :
« […]L’amalgame organisé depuis la loi du 30 juin 1838 entre ordre public
et obligation de soins trouve aujourd’hui son achèvement en une
identification du soin à la seule mesure d’ordre public au nom d’une
dangerosité potentielle. Il s’inscrit dans un ensemble liberticide.
Depuis environ trois ans, à chaque victime exemplairement médiatisée,
répond une nouvelle loi répressive.
Cette logique démagogique ose avec arrogance déclarer ne connaître que
les droits de l’homme pour la victime et subordonner les droits des
« autres » à leur dangerosité. Logique de juriste besogneux qui se doit
d’étalonner le droit à une justice d’élimination. Logique de violence
sociale qui condamne la psychiatrie à repérer, contrôler et parquer à
vie les marginaux, déviants, malades, désignés potentiellement
dangereux. Logique de l’abus rendu légal, enfin, puisque cette
dangerosité n’est ni définie ni précisément limitée, ouvrant la voie à
une extension indéfinie des mesures qui la visent. Obsession qui
transforme tout accident en événement intolérable, la moindre erreur
en défaillance monstrueuse, légitimant des précautions sans cesse
durcies et toujours condamnées à se durcir car on ne supprimera jamais
la possibilité d’un risque.[…] »
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