L’Eternel n’est pas du genre à mépriser les petits, enfants, pauvres ou femmes isolées. Dans le Traité du Talmud Méguila (31a), Rabbi Yohanan dit : « Partout où tu trouves la puissance (guévoura) du Saint béni soit-Il, tu trouves l’humilité (anvotanouto, du mot « ani » qui, écrit עני, veut dire « pauvre » et désigne l’attitude à avoir le jour de Yom Kippour). » Il donne trois exemples dans la Bible : Deut. 10,17-18, Isaïe 57,15 et Psaume 68, 5-6. Par exemple Rabbi Yohanan donne la citation d’Isaïe : « « Ainsi parle celui qui est exalté et élevé, qui règne pour toujours, et dont le nom est saint, etc. » et aussitôt après il est écrit : » Et [Je suis] avec les contrits et les humbles d’esprit ». »
On voit mal un tel Dieu reléguer dans un coin de la synagogue une partie des humains. D’ailleurs le même traité du Talmud (9a) raconte l’histoire des soixante-dix sages qui firent la Bible des Septante en montrant que parfois ils ont fait, chacun de son côté et tous les mêmes, de petites modifications dans le texte grec par rapport au texte hébreu, que la tradition explique par le souci d’éviter au lecteur grec des erreurs graves d’interprétation. Or l’une de ces petites modifications c’est dans le texte grec, « Mâle et femelle il le créa, au lieu dit le Talmud de « il les créa » (« « zakhar ouneqéva baro » velo katvou « baram » »). Cette insistance du Talmud, et de la tradition, à voir de la sagesse dans cette modification renforce l’idée d’une essence commune de l’homme et de la femme, y compris morale et spirituelle.
On comprend alors ce que nous dit le Talmud, Traité Méguila (23a). « Les Rabbins ont établi dans une baraita : « Tous montent [à la Torah] dans le minyan [ici de sept lecteurs maximum], et même un petit [=un mineur} et même une femme (veafilou icha). Mais les sages ont dit : une femme ne lira dans la Torah que si ce n’est pas pour honorer l’ensemble de la communauté (tzibour). » On voit donc que selon le Talmud les femmes comptent dans le minyan, et peuvent monter à la Torah, mais il ne serait pas bien selon les sages qu’une femme monte à la Torah pour plusieurs hommes et pas pour sa seule famille. Aujourd’hui on hésiterait moins, dans la mesure où la polygamie n’existe plus mais où l’on voit pourtant couramment des hommes monter à la Torah pour tout un groupe de familiers comprenant en général plusieurs femmes. Personne n’y voit de risque de confusion et donc il peut en être de même pour une femme.
Il n’y a nul risque d’humiliation pour les hommes dans la montée des femmes à la Torah, d’ailleurs n’avons-nous pas tous à faire un peu d’efforts pour être, comme l’Eternel, aussi humbles que puissants ?
Certains pourraient s’étonner de ma façon de traduire le dernier passage du Talmud, mais le passage qui le suit montre bien qu’on aurait tort de ne pas faire porter la négation sur la fin : lo mipnei kévod tzibour. En effet le passage qui suit s’interroge sur la maftir, celui qui va lire dans les prophètes ce qu’on appelle la haftara, et qui à un certain moment où les persécuteurs des Juifs leur interdisaient de lire dans la Torah, jouait le rôle de représentant du passage concerné de la Torah. Le texte dit que le maftir doit lire quelques versets de la Torah pour commencer, et qu’il ne lit ces versets que « pour honorer la Torah », sans être compté parmi ceux qui montent à la Torah. On le voit car il ne lit dans son intervention que 21 versets, qui correspondent aux sept montées à la Torah (trois versets chacun), et pas 24 versets, comme il aurait été logique s’il avait été un huitième appelé (huit fois trois font 24). Donc on demande « Pourquoi ? » et la réponse est : il n’a lu que pour honorer la Torah : « ouveivan michoum kevod tora hou ». La réponse est donc non pas seulement « michoum » ou « mipnei » = « pour », mais = « seulement pour ». Puisqu’il n’est pas compté dans ceux qui montent à la Torah. De même on peut traduire à propos des femmes : « Lo… mipnei » : « pas si c’est uniquement pour ». Donc il n’est pas question ici d’écraser la baraita qui dit qu’une femme compte dans le minyan (le groupe des appelés à la Torah, ainsi que les enfants). C’est au contraire le maftir qui ne compte pas dans le minyan. Du moins selon le Talmud Traité Meguila.
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