On se demande parfois si l’on ne devrait pas donner quelques éléments de réponse à tous ceux que les provocations du président de l’Iran, candidat aux élections de juin, réussissent à réunir dans le refus. Comme le dit Pierre Rosanvallon dans son livre La contre-démocratie (Points Seuil 2006 p. 184) « les coalitions réactives s’avèrent les plus faciles à organiser, indifférentes qu’elles sont à leur propre hétérogénéité. Elles n’ont pas besoin d’être cohérentes pour jouer leur rôle. » Ce que ces gens divers sont portés à refuser, pour nous de l’extérieur ce sont les Juifs et la démocratie. Mais parmi tous ces gens certains ont surtout peur. Ahmadinejad cherche à renforcer leur peur en faisant comme si les Juifs d’Israël étaient imprégnés jusqu’à l’os d’esprit de vengeance. Mais d’une part la plupart des Juifs des camps nazis sont morts, six millions, et ceux qui sont revenus étaient à la fois fatigués, désolés, et peu confiants dans les bonnes intentions des non-juifs et la confiance est venue peu à peu; ils n’avaient pas d’esprit de vengeance, ils auraient cependant bien aimé que les responsables nazis soient tous pris et jugés. D’autre part certes beaucoup de Juifs sont venus en Israël depuis les pays arabes d’Afrique, et certes ils l’avaient mauvaise comme on dit, car ils avaient peu de raison, depuis des siècles où ils étaient en Afrique du Nord, de s’attendre à ce que d’un coup les Arabes de ce continent se mettent à les chasser tous en les spoliant de leurs biens et en les privant de leur terre et de leurs terres. Et cela c’est arrivé non en 1940 mais dans les années cinquante. Il semble que Lawrence d’Arabie fut pour beaucoup dans l’éveil de la haine contre les Juifs dans les territoires de l’actuelle Arabie saoudite et ailleurs. Donc ces Juifs d’Afrique du Nord quand ils sont arrivés en Israël n’avaient certes aucune envie de se laisser spolier une deuxième fois, mais en même temps ce ne sont pas les musulmans du Moyen-Orient qui les ont ainsi spoliés. Il serait temps que les choses se calment et qu’on fantasme un peu moins sur un peuple et un Etat qui ne sont pas belliqueux mais pris dans les difficultés de la vie quotidienne et le l’économie quotidienne, et aimeraient bien ne plus occuper des territoires dont ils n’ont que faire et qui ne leur rapportent rien, alors que des échanges économiques dans la région leur apporteraient beaucoup.
D’autre part, il faut bien comprendre ce qu’est la démocratie que nous aimons, aussi bien en Europe, aux Etats-Unis, ou en Israël. Ce n’est pas une société où les caractéristiques individuelles ou familiales devraient être rejetées et niées. La démocratie permet les héritages et les filiations, et elle donne à chaque membre d’un Etat un double droit, du sol et du sang, à se déplacer sur toute la terre avec l’assurance de son droit à être quelque part, les deux pieds bien sur terre. Quand les Juifs sont appelés à gouverner, en Israël ou ailleurs, ils font comme les chrétiens, les athées ou autres ils respectent dans leurs concitoyens leurs héritages culturels et économiques. Ils ne demandent pas à chacun de se renier. Un arabe d’Israël n’a pas à se renier en tant qu’arabe même s’il parle hébreu et s’il a une carte d’électeur et un passeport israéliens.
Les Juifs ne sont pas là au Moyen-Orient pour faire du mal aux non-Juifs mais pour vivre en paix avec des droits assurés par leur Etat pour s’occuper de leurs affaires, de leur famille, et honorer leur Dieu là où il se fait le plus présent pour qui est habitué à lire la Bible. Leur Etat cependant a un devoir tout naturel de protéger ses citoyens contre les agressions comme n’importe quel Etat.
Mais certains tyrans prennent prétexte de la religion pour affirmer que la dictature est plus naturelle que la démocratie, que la liberté n’existe pas, et qu’aimer sa famille et la protéger c’est du favoritisme. Comme s’il ne fallait pas tout particulièrement trouver dans sa famille de quoi se ressourcer quand la vie est dure et les agressions nombreuses. Protéger sa famille ne veut pas dire s’autoriser à être raciste et injuste avec l’autre et sa famille. Chacun a à se souvenir de ce qu’il a éprouvé chaque fois que lui-même a été l’étranger quelque part.
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