Le hasard ou la volonté d’une édition du Diwan aux Editions de l’Eclat, par Y. Arroche et J Valensi, met côte à côte ces deux poèmes (n°79 et n°80). Le premier parle d’une vision en rêve, le deuxième fait partie désormais de la liturgie de Yom Kippour, le jour du Grand Pardon. Je me suis efforcée d’en faire une traduction aussi proche que possible de l’original en hébreu. Beau support de méditation pour l’été. « Sur un rêve qu’il a fait et voici qu’il se tient dans le Temple à l’époque du service [du Temple]
Mon Dieu, que tes demeures sont amicales ! Et l’approche visionnaire de toi est sans énigmes.
Mon rêve m’a conduit aux Temples de Dieu, et j’ai chanté tes œuvres désirées, l’holocauste, son offrande, des onctions, et tout autour, des colonnes de fumée lourde, et j’ai pris plaisir à écouter le chant des Lévites, leur mise en œuvre des secrets de leur service.
J’ai coupé court, mais voilà, j’étais encore avec toi Dieu, et je t’ai rendu grâce et il est doux de te rendre grâce. »
Yehuda Halevi, Le Diwan, Brody II 160
« Eternel, c’est à toi que tout mon désir s’adresse.
Et si je ne le fais pas monter s’exprimer par mes lèvres, je demanderai que tu veuilles bien, un moment, et puis j’expirerai. Mais qui acceptera de conduire ma demande à destination ? Et je confierai mon souffle abandonné dans tes mains, et je m’endormirai, et il me sera doux de m’endormir.
Si je me distancie de toi, ma mort envahira ma vie. Et si je m’attache à toi ma vie envahira ma mort.
Mais je ne saurai pas par quelle offrande aller à ta rencontre, ni ce que doit être mon culte, ma religion.
Enseigne moi, Eternel, ta voie, et fais-moi revenir par mon repentir de l’emprisonnement par la bêtise, et montre-moi, tant que cela m’est encore possible, le chemin de l’humilité, ne dédaigne pas ma mortification, avant le jour où je serai pour moi-même un fardeau à soulever, ce jour où la masse de mon être pèsera sur la masse de mon être, où je me courberai humblement mais pas du fait de mon âme, où un papillon mangera mon squelette, et où il s’efforcera en vain de porter le fardeau de mon être.
Et je voyagerai vers le lieu où voyagèrent mes pères, je camperai dans un lieu où ils campèrent.
Je suis sur le dos de la terre comme un étranger en séjour, bien que mon héritage soit dans ses entrailles.
Ma jeunesse jusqu’ici a agi selon son gré, mais quand agirai-je moi aussi pour ma famille ?
Pendant le temps d’éternité qu’il a donné à mon cœur, en réponse à ma demande d’un après, comment servirai-je celui qui me fit exister, tant que je serai prisonnier de mon mauvais penchant, et esclave de mes désirs ? Mais comment demanderai-je un degré supplémentaire d’élévation si demain je dois avoir la vermine comme sœur ?
Et comment mon cœur fera-t-il le bien aujourd’hui, si je ne sais pas si mon lendemain me fera du bien ?
Les jours et les nuits complotent la ruine de ce qui reste de moi, jusqu’à mon extinction. Ils disperseront au vent la moitié de moi-même, et feront retourner à la poussière la moitié de moi-même.
Que dirai-je ? Mon mauvais côté me poursuivra comme un ennemi, depuis ma jeunesse jusqu’à mon extinction.
Qu’est-ce pour moi d’être dans le temps si tu ne veux pas ?
Et si tu ne te donnes pas à moi quel don attendrai-je ?
Ta justice seule peut me vêtir.
Avec quoi prolongerai-je encore ma parole et mes questions ?
Eternel c’est à toi que tout mon désir s’adresse. »
Yehouda Halevi Le Diwan Brody III 266-268
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