Etudions les deux premiers chapitres de L’Ecclésiaste, Qohelet. On peut y voir un plan unique de carrière : le narrateur dit avoir fait de sa vie une étude quasi scientifique et systématique de la condition humaine. La question qui préside à cette enquête est livrée dès le début : I,3 : « Quel profit pour l’homme dans tout le souci qu’il se donne sous le soleil ? »
Tout d’abord on peut se dire que malgré tous ses efforts l’homme ne change rien véritablement dans le cours du monde. Fondamentalement tout est toujours pareil depuis que l’homme s’affaire dans le monde.
Du moins alors, on pourrait se dire que l’homme lui-même réussit à se changer et à se développer grâce à ses efforts : tout un temps consacré à devenir sage par l’étude de tout ce qui se passe dans le monde devrait donc conduire à une forme de fierté. Mais le narrateur nous dit : inutile de refaire le même chemin que moi, j’ai tout su, tout vu, et au bout du compte cela ne change qu’une chose : on perd son insouciance et sa joie de vivre à être trop lucide (I,18).
Alors le chapitre 2 montre le début d’une deuxième expérience : faire l’effort d’être heureux plutôt que sage. Le narrateur a pour cela travaillé à satisfaire tous ses désirs. Il reconnaît qu’il a pu le faire avec méthode et sécurité parce qu’il avait l’acquis de l’étape précédente, et avait gardé sa sagesse (2,9). Mais au bilan, il trouve que pour acquérir tous ces plaisirs il s’est donné beaucoup trop de mal : il compte en quelque sorte les dépenses en face des recettes et le bilan comptable lui paraît peu rentable.
Et enfin, troisième étape, il se demande si ce qui se passera après sa mort permet de dire que tous ces efforts de sagesse et de connaissance du bonheur valent la peine d’être vécus. Il regrette en particulier que rien ne prouve qu’après sa mort d’autres sauront faire quelque chose de ses efforts d’expérimentation de la condition humaine dans le monde. Il se dit qu’il ne laissera pas forcément de trace dans les esprits de même qu’au début l’on a vu que le monde matériel n’avait jamais changé fondamentalement sous l’action des hommes.
Le seul témoin fiable de ce qui se passe et s’est passé dans notre esprit ou dans notre action est l’Eternel, et en réalité seule la permanence de l’esprit divin permet de jouir quelque peu des efforts que l’on a faits, car l’Eternel les a vus et en gardera l’héritage. C’est pourquoi finalement c’est à lui qu’est rapportée la véritable possibilité de se réjouir de ce que l’on fait, que ce soit notre bonne conduite ou les plaisirs élémentaires comme manger ou boire (2, 24-26). En effet l’on échappe à ce sentiment d’évanescence où l’homme est ce qui passe et le monde ce qui reste inébranlable. Finalement l’Eternel est le seul qui apparaît capable d’être touché par l’homme et c’est pour cela sans doute que l’Eternel dans l’Ecclésiaste paraît seul capable de toucher le narrateur.
Laisser un commentaire