Un certain nombre de jeunes qui fréquentent nos lycées se disent choqués d’une injustice : on a banni les signes ostentatoires de religion ou de politique dans les établissements publics mais en réalité des professeurs se permettent de porter de très gros crucifix autour du cou devant leurs élèves. C’est simple : ils ne devraient pas. C’est abuser de son autorité que de se présenter en classe avec un symbole religieux sur la poitrine. Le judaïsme a posé les bases du refus de s’incliner devant un homme ou une idole. En fait on pourrait un peu nuancer la chose mais il est assez clair qu’on ne devrait pas forcer un homme à s’incliner devant une personne d’autorité qui porte une idole autour du cou.Ce qui est véritablement interdit par la religion juive, c’est de se prosterner devant une idole. Mais souvent ceux qui vous demandent de nous prosterner devant eux nous conduisent à ce péché d’idolâtrie. L’exemple est celui d’Aman dans le Livre d’Esther. Il est furieux parce que Mardochée refuse de se prosterner devant lui. Il élargit même sa fureur à tout le peuple juif, vu comme une nation de rebelles et d’insoumis. Les Juifs se prosternent volontiers, mais devant l’Eternel. Les fêtes de Tichri en sont la manifestation éclatante, et leur geste est ensuite symbolisé toute l’année pendant la prière (Barekhou, Amida, Alenou). Dans le Midrach Rabba sur le Livre d’Esther, il y a deux approches du fait que Mardochée s’interdise de se prosterner devant Aman. Tout d’abord, Aman « se pose lui-même comme une divinité » (7,8). « R. Levi a dit : « Moïse notre maître, nous a avertis en ces termes dans la Torah : « Maudit soit l’homme qui fait une idole sculptée ou fondue » (Dt. 27,15). Et cet impie se pose lui-même comme une divinité. » Donc ce serait péché d’idolâtrie de s’incliner ainsi devant un homme-idole. Une autre raison invoquée est que Aman portait sur sa poitrine une image, une idole, et donc on risquait d’avoir l’air de s’incliner devant l’idole et donc de rendre un culte idolâtre (s’incliner devant une idole est interdit). Le Midrach dit aussi que les descendants de Benjamin n’ont pas à s’incliner devant un homme comme le firent les enfants, les femmes et les concubines de Jacob devant Esaü (censé être l’ancêtre d’Aman), car Benjamin alors n’était pas né. On pourrait cependant atténuer l’interdit :Celui qui implore la pitié ou l’amour d’un autre humain ne se rend pas coupable d’intention idolâtre, même s’il est à genoux. Celui qui fait cela par politesse, si ce n’est pas devant un humain considéré par les siens comme une idole ou porteur d’un idole, devrait pouvoir s’incliner devant un humain.
Cependant, quand sommes-nous bien sûrs qu’un humain ne porte pas d’idole autour du cou ? Que penser par exemple de l’attitude de certains devant un crucifix ou une Madone ? Un prophète de la Bible ne met-il pas en garde les Juifs même contre un usage idolâtre des objets du culte du Temple ? Dans le doute il vaut mieux ne pas se prosterner devant un homme. Cela rejoint l’exigence de libération de l’esclavage qui circule non seulement chez les Juifs, mais aussi chez les révolutionnaires de 1789.
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