Dans la torah le mot qui signifie « un » comme attribut d’un sujet signifie en général l’unité d’un rassemblement, le résultat final de cette convergence. Ainsi lors de la création du monde (Genèse 1,5) la mise en ordre des ténèbres et de la lumière en jour et nuit crée un rassemblement d’une unité de jour : yom ehad. Mais là il n’est pas sûr qu’il s’agisse d’un attribut du sujet. De même, en Genèse 2,24, L’homme doit quitter son père et sa mère, séparation nécessaire, mise en ordre nécessaire pour que le mariage ait lieu, et que leur « union » produise le type d’unité que désigne « e’had : ils seront rassemblés en une seule chair (je traduis «le- » par « rassemblés en ») : Vehaiou lebassar e’had. Quand toutes les pièces du temple furent construites, tissées, fondues, etc., et qu’on les rassembla dans le bon ordre, alors « le michkan fut un » (Exode 36,13) : l’unité du temple ou du tabernacle est le rassemblement d’une multiplicité d’objets, et quand le rassemblement est parfaitement réussi on obtient l’attribut « un ». Cette unité est-elle toujours un résultat d’un rassemblement ? Sans doute puisque dans la Bible on dit que lorsque le Temple ou le tabernacle sera construit l’Eternel viendra non pas résider dans le temple, mais résider parmi (betokh) le peuple, intéressé semble-t-il surtout par le rassemblement parfait des humains (notamment lors de la construction de l’édifice) plus que par le lieu même. La question se pose en fin de compte à propos de l’approche de l’Eternel dans la prière centrale du judaïsme, la récitation du Chema : le premier verset est en hébreu : « Chema Israël, Adonaï elohenou, Adonaï e’had ». On pourrait dire que l’unité de Dieu pour l’homme ne peut venir qu’au terme d’une écoute parfaite (chema), et d’une réunion parfaite dans l’adoration de l’Eternel (elohenou : notre Dieu : le mot « elohim » a la forme grammaticale d’un pluriel, et le suffixe « -nou » désigne la première personne du pluriel) : on ne peut percevoir qu’à la fin cette unité car sinon, on risque d’avoir une illusion d’unité alors qu’on n’a capté, individuellement, qu’une partie de la divinité : tels ces aveugles qui touchent chacun une partie d’un éléphant et croient pour le décrire entièrement : chacun se trompe, mais mis ensemble (c’est le sens du minyane) ils pourront se rapprocher de la vision complète de l’éléphant, unité malgré et par la diversité de ce qui en fait partie. Quand l’Eternel se présente à Moïse, il ne dit pas « je suis un », il se présente comme antérieur à toute diversité rassemblée telle que l’attribut « un » pourrait renvoyer : il dit « Je suis qui je suis », signifiant par là l’identité absolue et originelle de Dieu.
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