Il y a une intime relation entre ce que nous pouvons "savoir" de la création du monde et l'idée que bien agir et faire le bien ont un sens, universel et vital.
Si l'on regarde les cinq premiers chapitres du Midrach Rabba (sur la Genèse), qui portent sur le premier verset de la Bible, on conçoit le monde comme un puits de science et de sens entouré d'une matière que la vie pénètre et transforme par un miracle permanent. Ce miracle est très bien représenté par le corps humain, qui comprend plusieurs orifices mais dont la substance pourtant ne s'écoule pas jusqu'à le priver de toute vie, à la différence d'une outre qui perdrait toute son eau par le moindre trou. La nature n'est pas simplement naturelle et elle a été orientée doublement par un projet et une perspective: du côté de l'avant il y a l'idée, les idées, que l'on trouve dans la Torah et ses milliers d'interprétations. Du côté de l'après il y a tous les prémices que ce monde va donner bien après sa création, et qu'il a déjà commencé à donner à son Créateur: Israël, Moïse, les prélèvements de pâte sur les pains, les prémices des fruits et des récoltes, etc. etc.
Ce monde par sa matière fut tout d'abord, nous dit la Bible, "tohu va vohu", ce qui fait penser à cette terre sous nos pieds qui contient tant d'immondices, de cadavres et d'excréments, mais nous n'y pensons même pas le plus souvent tant elle est aussi notre palais, transformée merveilleusement par tous les artisans de la vie, et donc aussi le Créateur. Ce qui préside à cette transformation de la matière est l'esprit, représenté par le mot "rechit" dans "Berechit bara elohim et hachamaim véet haaretz" (Au commencement l'Eternel créa les cieux et la terre"), qui outre les prémices peut signifier par le contexte des Proverbes la sagesse, associée au nom "amon" (Prov 8,30). Ce mot est polysémique selon le Midrach: cette sagesse, c'est à la fois la nourrice, le secret enveloppé dans la matière, l'excellence au sein du monde, et l'artisan, ce qui s'explique en parlant de Dieu comme d'un roi qui appelle un artisan qui va consulter ses livres pour accomplir l'oeuvre selon les idées contenues dans ses livres.
Cette terre et ces cieux fourmillant de vie nous disent aussi par leur création que nul être humain ne peut se les approprier par droit ou législation humaine, car ils sont tous à leur artisan-roi-créateur, qui les donne seulement, par don gracieux, et ce qui est donné ainsi n'est pas notre esclave à qui l'on pourrait tout faire, mais une oeuvre et un don à respecter par reconnaissance pour le donateur. Ce qui implique notamment un certain détachement (pas de possessivité ni d'esprit de possession) et un certain effort de considération pour ceux, étrangers ou familiers, qui sont amenés à passer sur la terre et à s'en répartir des frontières nécessairement non absolues (ce qui est symbolisé par le fait que toute la terre soit à un seul, Dieu).
On pourrait essayer diverses traductions du premier verset, parmi des milliers: par exemple:
"C'est dans la sagesse initiale que se nourrit la création divine faite avec la matière, le feu et l'eau. La matière n'était que du déchet et des ténèbres en face des profondeurs des eaux.
Le souffle de Dieu plane en face des eaux."
(J'ai dissocié ici le mot chamaim en "ech" le feu et "maim" l'eau. Tehom désigne toujours dans la Bible les profondeurs de la mer, sauf erreur de ma part. Le midrach m'incite à parler de "matière" pour "aretz" comme les penseurs grecs l'ont fait pour le mot "gè" qui désigne en grec la terre, comme planète et comme élément.J'ai traduit "berechit" par "sagesse initiale" parce que le Midrach trouve dans les proverbes le mot "rechit" pour désigner la sagesse qui se trouvait dès l'origine avec Dieu. Je l'ai associé à "se nourrit" à cause du mot "amon" qui veut dire entre autres nourrice selon le Midrach.)
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