Le début des proverbes dans la Bible semble une véritable leçon de vocabulaire pour apprendre les divers mots du domaine de la sagesse et de la connaissance, du langage et de son expression, et enfin de la justice.

(1)Proverbes de Salomon, fils de David, roi d’Israël,(2) pour connaître (דעת) la sagesse (חכמה), et instruction (מוּסר) pour comprendre des paroles d’intelligence ( בינה), (3) pour apprendre le discernement (להשכל) en matière de justice (צדק) et de jugement (משפּט),(4) pour donner aux ignorants sans expérience (פתאים) le savoir-faire (ערמה), au jeune homme la connaissance ( דעת ) et la réflexion (מזמה).(5) Un sage écoutera, pour avoir plus de bagage intellectuel (לקח), et l’homme intelligent (נבון) acquerra de bons repères (תחבּלות), (6) pour comprendre un proverbe (משל), une énigme (מליה), des paroles et des discours sublimes (חידתם) des sages. (7) La crainte respectueuse (ירא) de l’Eternel est le commencement de la connaissance de la sagesse, tandis que les impies (אוילים) méprisent l’instruction.

Nous allons travailler ce début en nous appuyant sur le Midrach. D’où vient la sagesse ? (Midrach Michelei 1,1) De la demande de l’homme à l’Eternel. Car l’Eternel dit à Salomon : « Demande ce que je dois te donner ». Du simple fait que Salomon (dans un rêve pourtant, selon la Bible, or l’inconscient cherche dans les rêves à faire surtout passer ses désirs, désirs souvent de puissance et de domination), que Salomon ait à choisir, et choisisse autre chose que la puissance et l’argent, il entre dans la sagesse.

La sagesse est au commencement, puisque les Proverbes, comme le Psaume 111 (v. 10) cité par le Midrach, l’associent au premier mot de la Genèse, et de la création : « berechit »(בראשית donne ici « rechit » (ראשית). Et donc pour le Midrach la Torah ne vient logiquement qu’après (le Midrach dit que la sagesse vient plus tôt que la Torah). Cela veut dire que la sagesse précède la justice. Car selon une Michna, R. Eleazar ben Azaria dit : « S’il n’y a pas de Torah, il n’y a pas de conduite juste ». Mais la Torah ne vient qu’après la sagesse, et donc l’amour de Dieu vient avant l’amour de ses préceptes (contrairement à ce que semble parfois laisser entendre le philosophe Lévinas), ce qui est suggéré par la conclusion : « Salomon aima l’Eternel, il se conduisit selon les préceptes de son père David » (1 Rois 3,3). La sagesse n’est pas la récompense de l’observance des préceptes et de la justice, elle précède celle-ci, elle est donc un peu un don gracieux, lié à l’amour de Dieu, et non un salaire, c’est ainsi en tout cas que l’Eternel la donna à Salomon.

                Demandons-nous alors : si la sagesse n’est pas le résultat-récompense de l’observance des préceptes, qu’est-ce que la sagesse (‘hokhma) ?

Le Midrach nous dit que techniquement, dans les textes bibliques, il faut considérer que ‘hokhma ()חכמה), la sagesse, et bina (בינה), l’intelligence, sont des synonymes (« lachon ‘ehad », dit R. Chimeon).

                La sagesse est notamment liée à la capacité de distinguer le masculin du féminin, dans les énigmes qu’évoque le Midrach, suggérées à Salomon par une femme, la reine de Saba. Cette capacité suppose chez un homme une connaissance empathique non seulement des hommes, mais aussi des femmes, donc de tout le genre humain.

                Cette sagesse a selon le Midrach (1,5) son siège dans le cœur, là justement où va se trouver la joie : c’est toujours dans le cœur qu’est la joie, quand on lit la Bible. C’est aussi le cœur du monde en un sens, ce qui fait tout tenir en cohésion, sans doute, selon le Midrach qui dit : « tous les membres dépendent du cœur ».

                « Il n’y a pas de joie sinon la sagesse, car il est dit (Proverbes 27,11) : « Deviens sage mon fils et réjouis (sema’h שמח) mon cœur, et je riposterai à qui veut m’humilier en paroles. » » La joie que donne le cœur lorsque la sagesse est présente donne la force de parler même sous l’offense.

                Une histoire sur l’alphabet, dans le Midrach, insiste sur le lieu par excellence de la sagesse : au centre de tout, au cœur de tout. Au lieu de commencer au début de l’alphabet, Salomon préfère commencer au milieu de l’alphabet, car la sagesse est au cœur de tout, et notamment du langage.

                Le cœur, c’est aussi le lieu de l’amour, ce qu’en particulier l’Eternel peut fléchir, et incliner vers l’amour du bien : « Le cœur du roi est comme des sources d’eau vive dans la main de Dieu ; Il le tourne du côté qu’Il désire » (Proverbes 21,11).

                Cette prééminence du cœur est d’autant plus nette qu’il s’agit d’une réponse à la question réitérée dans ce début du Midrach Michlei : « Mais la sagesse, d’où provient-elle ? » (Job 28,12). L’homme présenté comme le plus sage de tous les temps, plus sage qu’Adam, et que Moïse, à savoir Salomon, dit selon le Midrach (1,5) : « C’est à partir du lieu où la sagesse est placée, c’est de là que je commencerai ! ».

                On dit que la dernière lettre de la Torah étant lamed (ל), et la première beth (ב), elles forment le mot « lev » (לב), le cœur. Sans le cœur comme origine, pas de sagesse ni de raison (on traduit en hébreu moderne « raison » par « bina », que je traduirais plutôt dans la Bible par « l’intelligence », à savoir la faculté de compréhension notamment). Et sans sagesse, pas d’instruction. Ce n’est en effet pas de l’instruction que naît la sagesse, paradoxalement, mais de la sagesse que naît l’instruction. On ne s’instruit que mal quand on ne comprend pas. Sans sagesse, on ne peut recevoir les mots de la Torah, de l’étude (Torah veut d’abord dire l’étude). « Si dans un homme la sagesse (‘hokhma חכמהה) est présente, les paroles de la Torah lui sont enseignées (« nimsourin) » (Midrach 1,7), et « pour comprendre les paroles de l’intelligence il faut que l’homme ait l’intelligence, pour comprendre une chose à partir d’une autre ». On ne peut comprendre les paroles intelligentes si l’on n’est pas intelligent. Et notamment cela veut dire que la lecture de la Torah qui ne cherche pas à mettre en relation les choses et les passages même distants ne peut permettre de comprendre de quoi il s’agit.

2 réponses

  1. Avatar de לֵאָה לֵוִי
    לֵאָה לֵוִי

    Comme je suis des fidèles qui visitent le blog, et non sans certaine connaissance de la Torah (du judaïsme), je me permets une suggestion (liée à l’expérience de ce que j’entends et lis ici et là , toile comprise):
    Ne vous serait-il pas possible d’intégrer, très doucement, progressivement et en y revenant , selon, quelques « lettres carrées », ou un mot en hébreu à côté de sa translittération ?
    (parce qu’à vous ce serait quand même assez facile !)
    Merci !

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  2. Avatar de coirault-neuburger

    J’espère que cela vous va mieux ainsi. Au début du blog j’avais essayé mais l’ordre des lettres était bouleversé à l’enregistrement. Maintenant encore cela ne se passe pas très bien quand j’essaie de mettre des phrases en hébreu.
    Merci de votre fidélité

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