Le deuxième chapitre des Proverbes commence en présentant un mouvement un peu analogue au mythe de la caverne, dans la République de Platon : il y a ascension à partir d’un donné qui s’avère illusoire tel quel quand il est pris pour le seul réel, puis lorsqu’on a trouvé le point d’origine, on « redescend dans la caverne ». Comme le philosophe, l’homme des Proverbes ne peut trouver la vérité qu’en se mettant en recherche, ce qui suppose aussi de douter quelque peu de ce qui est donné à première vue.

 

(1)     Mon fils, si tu adoptes mes paroles, si tu gardes par devers toi comme un trésor mes préceptes, (2) alors, pour prêter une oreille attentive à la sagesse élargis ton cœur jusqu’à la compréhension, (3) car si tu fais appel à l’intelligence, si tu laisses parler par ta voix la compréhension, (4) si tu recherches comme de l’argent, comme des trésors cachés, l’investigation intellectuelle, (5) alors tu comprendras la crainte respectueuse de Dieu, et tu trouveras la connaissance de l’Eternel. (6) Car l’Eternel te donnera de sa bouche la sagesse, la connaissance et la compréhension. (7) Il cache comme un trésor pour les hommes droits la délivrance, et son bouclier protecteur pour ceux qui ont une moralité parfaite. (8) Il veillera à protéger les voies du jugement et le chemin de ceux qui le révèrent.

 

Le deuxième chapitre des Proverbes, à son début (1-9), nous parle des mots et de la difficulté de les saisir vraiment.

         Ici, il s’agit de partir des préceptes comme donnée de base pour trouver la sagesse, puis de là la crainte de Dieu, pour ensuite redescendre à la sagesse, mieux comprise à partir de la source, puis à la moralité, qui est ainsi mieux comprise, et enfin à la piété. En apparence, celui qui fait un tel trajet n’a pas bougé, puisqu’en effet il se retrouve à son point de départ, à savoir les préceptes, comme mots de la Torah. Mais il a su qu’il fallait chercher le mot, la phrase qui est en apparence de l’ordre du donné, mais qui exige une attitude de recherche (Midrach 2,2), la recherche du cœur. Il faut désirer ce qui nous est donné (Midrach 2,3),  pour que ce soit vraiment donné. Un don ne prend sens, du moins pour celui qui le reçoit,  que du désir de le recevoir.

        Alors les mots qui viennent sortent de la bouche d’hommes mais le discours vient de Dieu : « Car il donne le discours à la bouche du muet, comme il est écrit : « L’Eternel lui dit : « Qui a doté l’homme d’une bouche ? » (Ex. 4,11). La réponse n’est pas : « N’est-ce pas moi, Moïse ? » Mais « n’est-ce pas moi, l’Eternel ? » (Ex. 4,11) » (Midrach 2,3). Moïse est celui qui disait ne pas savoir parler, et c’était sans doute vrai, mais Dieu lui a donné sa parole, et par là il lui a aussi donné de parler. Un peu comme lorsque dans le monde musulman l’on dit  que Mahomet ne savait pas écrire avant que Dieu n’écrive sa parole en lui comme sur une page vierge. Alors ce fut Mahomet qui donna au monde l’arabe dit « littéraire ».

Selon le Midrach, la bouche de Dieu est bien une bouche, si l’on veut bien voir que c’est la bouche avec laquelle certains hommes parlent. Cela est confirmé ensuite par une citation de Jérémie (15,19) : « Si de ce qui est vil tu tires ce qui est noble, tu seras comme Ma bouche ». L’honneur d’être « la bouche de Dieu » revient à ceux qui font parler les autres de façon merveilleuse. « Tout homme, qui peut faire sortir des parles de Torah d’un homme vil comme s’il était réfléchi, est comme la bouche même qui donne la connaissance et la sagesse » (Midrach 2,3, paroles de R. Meir). Tout homme peut ainsi être pour tous les autres « comme » la bouche de Dieu, dans la mesure où l’autre, sous son influence, se met à dire des paroles de Torah.

Voilà un passage, de la Bible et de son commentaire midrachique, qui nous incite à une écoute tous azimuts, où tout homme peut avoir son heure, soit comme inspiré, soit comme inspirateur. Il faut aussi être à l’écoute de soi-même, au cas où l’on dirait à un moment des paroles de Torah (n’est-ce pas d’ailleurs tous les jours le cas, lorsque nous récitons le « chema » ?), et donc à l’écoute des autres, à la fois parce qu’ils peuvent nous influencer positivement au point d’être « comme «  la bouche de Dieu, et parce qu’ils peuvent à tout moment eux-mêmes émettre des paroles de Torah. Le chapitre 2 des Proverbes insiste sur l’écoute comme recherche active, effort de compréhension et d’amour, qui conduit  à ma justice et à la piété.

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