Le mensonge : quoi de plus fréquent, quoi de plus anodin parfois, mais quoi de plus horrible aussi parfois. On pouvait voir il y a quelques jours l’excellent film joué par Jacques Brel entre autres Mon oncle Benjamin. Dans ce film la jeune fille est censée ne pas pouvoir mentir. C’est sur ce dogme que tout s’enchaîne, de violence en violence, et justement, en ce moment nous devons nous reposer la question du mensonge. Non pas « qui peut mentir ? » mais « Pourquoi certains sont-ils censés ne pas pouvoir mentir ? »
Voilà comment cette jeune française qui se plaint finalement de ne pas assez intéresser Strauss-Kahn termine son entretien dans l’Express : « Je sais bien que dans ce genre d’affaire, où c’est parole contre parole, sans même parler de gens si puissants, les présumés coupables sont souvent relâchés. Mais moi, je sais que je dis la vérité. » « MOI JE SAIS QUE JE DIS LA VERITE »
Là est le point qui unit par exemple chez l’avocate Gisèle Halimi ses affirmations sur la femme de chambre du Sofitel et ses affirmations pro-palestiniennes pour ne pas dire pire. Une femme ne peut pas mentir, un Palestinien ne peut pas mentir. Comme c’est commode alors, surtout quand les mensonges effectifs de l’un et de l’autre conduisent à dresser l’acte d’accusation, le lynchage plutôt, d’un homme à l’identité détestée.
Et cette jeune française qui se déchaîne parce que justement elle n’a pas couché avec DSK , on l’entend elle aussi prendre la pose de la femme qui ne peut pas mentir.
Oui, le « chahid », le témoin c’est celui qui ne peut pas mentir. Le témoin fiable par excellence dont la foi des autres a besoin. Mais justement, qui peut oser se croire un « chahid » ? Qui a eu une vie assez exemplaire pour cela ?
Bien plutôt nous découvrons un cortège de menteurs plus ou moins givrés. Mais qui ont tous comme point commun d’être entourés de gens qui disent : « Celui-là c’est un vrai, il ne peut pas mentir. »
Autrefois les « chahid », les témoins, étaient importants pour témoigner de la présence de Dieu. Aujourd’hui ceux qu’on érige en « chahid ne pouvant pas mentir » sont là pour témoigner de la vérité de toutes les propagandes antisémites de l’histoire. Afin d’éliminer l’éternel gêneur du christianisme, le persistant judaïsme, le peuple-témoin à la nuque raide qui parle tout le jour en secret AVEC son Dieu au lieu de parler sans cesse comme les pies bavardes DE Dieu- et surtout d’ellles.
Et oui il y a le témoin-qui-soi-disant-ne-peut-pas-mentir pour faire sauter le témoin gênant. L’innocent qui a le toupet d’aller au restaurant avec sa femme. Et la petite française qui ne se remet pas d’avoir été éconduite voudrait se kamikazer dans le restaurant où deux innocents fêtent leur libération d’Egypte à eux.
Le mensonge du faux chahid que savent si bien exploiter les autres, c’est la vanité qui le fait gonfler jusqu’à l’explosion. « C’est chez l’homme que cet art du travestissement atteint son sommet : illusion, flagornerie, mensonge et tromperie, commérage, parade, éclat d’emprunt, masques, convention hypocrite, comédie donnée aux autres et à soi-même, bref le sempiternel voltigement autour de cette flamme unique : la vanité.. » (Nietzsche Vérité et mensonge au sens extra-moral E.F. Nils Gascuel, Ed. Babel, 1997, p.9)
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