« La conscience correspond exactement à la puissance de choix dont l’être vivant dispose; elle est coextensive à la frange d’action possible qui entoure l’action réelle: conscience est synonyme d’invention et de liberté. »
Bergson, L’Evolution créatrice
I L’absurdité de la notion de liberté absolue
La liberté absolue abolit toute identité et toute stabilité de la personne. Puisque je peux faire n’importe quoi tout le temps ma liberté est d’abord « liberté d’indifférence » (Descartes)
Descartes: par la maîtrise absolue des passions : je ne suis affecté que si j’y consens. Pourquoi alors choisir une passion plutôt qu’une autre? Paradoxe de l’indifférence originelle.
Sartre. Liberté et mauvaise foi: nous ne faisons que jouer: on « fait comme si ». L’Etre et le néant parle du garçon de café qui joue à être garçon de café.
Merleau-Ponty: si la délibération est avant le choix, la liberté est déterminée par la rationalité interne des motifs, comme si j’étais un tourne-broche. « En réalité, la délibération suit la décision, […] et l’on ne concevrait pas même ce que peut être la force d’un motif sans une décision qu’il confirme ou contrarie »(Psychologie de la perception p.498).
II Qui peut dire qui je suis ?
Légitimité des revendications d’identité: Zizek et le prétendu « choix » du voile (article). Le voile n’est pas un caprice mais une volonté de ne pas se séparer de sa tradition, selon lui. La liberté des droits de l’homme est selon lui vide si elle est séparée de contenus identitaires.(voir aussi ici).
L’identité légale et les papiers: Voir Marion, Certitudes négatives. On ne fait plus confiance ni à moi, ni à mon entourage pour dire que je suis bien moi. On fait confiance à des papiers, puis à des machines chargées de contrôler si les papiers sont faux ou pas. Mais si je n’ai pas de papiers, est-ce à dire que je ne suis personne et que je ne puis attester moi-même de moi-même ?
M’aime-t-on moi? Pascal « Qu’est-ce que le moi? » (Pensées). Je voudrais être aimé moi mais je peux changer, perdre toutes mes caractéristiques connues. Qui alors m’aimera vraiment ? Pour Pascal seul Dieu me connaît moi et m’aime. Pour d’autres seul moi-même je me connais.
III Qu’est-ce qui façonne mon être et mon destin ?
Mon comportement, par quoi est-il façonné? Spinoza parle du mystère du rôle du corps en pensant au somnambule. Freud montre le rôle de l’inconscient.
Ma conscience est mémoire: Bergson, « Conscience signifie d’abord mémoire » (L’Energie spirituelle). Freud « L’inconscient est le psychisme lui-même et son essentielle réalité » (L’interprétation des rêves p.520).
« J’appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d’une certaine façon déterminée. » Spinoza, Lettre 58 à Schuller.
IV Mon destin est-il construit par moi ?
« Que de choses il faut oublier pour agir! » (Paul Valéry). « Il est impossible de vivre sans oublier » (Nietzsche, Considérations inactuelles p. 207).
L’acte historique, le moment historique c’est « là où le présent s’organise en fonction de l’avenir » Kojève Introduction à la lecture de Hegel (sur César au Rubicon).
Malraux: « L’art est un anti-destin ». La création est la synthèse recherchée entre la liberté et la mémoire. « Madame Bovary c’est moi », écrit Flaubert.
Conclusion
La liberté ne peut pas se vivre sans mémoire sous peine de nous réduire à un moi fictif et vide. Mais en même temps la liberté est l’effort constant d’échapper à la nécessité, aux conséquences non voulues du passé. Pour cela rien ne vaut l’effort de savoir pour agir. Celui qui n’est pas averti de ce qui l’attend ne pourra l’éviter.
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