Dans le Talmud la règle n’est pas conçue comme la règle scientifique. En science, si l’on énonce une règle, une loi scientifique, on doit tester l’absence d’exception : dès qu’une exception est trouvée, c’est que la loi n’est pas vraie. Il faut alors reprendre les recherches, et rerédiger une loi plus précise est parfois possible.
Il y a une place dans le Talmud pour la règle sous forme de la logique (דין), mais selon Maïmonide la logique n’est pas elle-même une science. Lui n’utilise pas le mot « din » pour désigner la logique, mais dans le Talmud on utilise ce mot, qui veut dire aussi le tribunal et le jugement du juge. Le livre de Maïmonide sur la logique, dans sa traduction en hébreu, utilise le mot « michpat », qui veut dire en général jugement du juge, pour désigner la « proposition », ce qui n’est pas sans évoquer l’effort critique mois en avant par les philosophes comme Kant. Et donc la recherche des limites de validité d’une règle. Une expression du Talmud est « est-ce qu’il n’est pas logique » (souvent pour conclure un « qal va’homer », c’est-à dire un « à plus forte raison ») : ש־ דין אינו .
Les règles que l’on cherche par commodité, pour la mémorisation notamment, pour rassembler les cas, ne doivent pas faire oublier l’exigence de vérité. Et la référence à la vérité est paradoxalement utilisée pour désigner une exception à la règle : « béémet omerou »,תמרו באמת , « On dira en vérité » : cette exception introduite dans une phrase donne une grande force d’autorité à ce qui suit. Par exemple dans la Michna Chabbath 10,3, il est dit qu’on ne peut lire à la lumière d’une bougie quand le chabbath approche. Alors vient l’exception : mais le maître peut voir à la lumière d’une chandelle où en sont dans leur lecture de la Torah ses élèves. Souvent cette exception a une plus grande autorité que la règle, étant tirée de la Torah alors que la règle serait une élaboration talmudique.
Ainsi, souvent la vérité est davantage dans l’exception et la singularité, et la justice qui formule les règles connaît ainsi deux formes de l’exception qui peuvent coïncider : l’ordre de la grâce et l’ordre de la vérité. En particulier ces exceptions permettent de compenser les actes d’iniquité : Talmud Berakhot 5b : « Rabbi Yo’hanan lui dit : Certes [étudier] la Torah et prodiguer le bien [sont des actes expiatoires], car il est écrit (Prov.16, 6) : « Par la bienveillance et la vérité, la faute est pardonnée ». « La bienveillance », c’est de prodiguer le bien, comme il est dit (Prov 21, 21) : « Qui poursuit la bienfaisance et la bienveillance (‘hesed) trouvera la vie, la bienfaisance (tsedaqa) et l’honneur (qavod) ». « La vérité », c’est la Torah [Torah désigne le Pentateuque, l’enseignement de Moïse, mais désigne aussi l’étude] », car il est dit ( Prov. 23,23): « Acquiers la vérité, ne la vend pas ». » On voit bien ici l’association étroite de la bienveillance (‘hessed) et de l’étude qui permet de dégager la vérité, en particulier des cas singuliers (émet).
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