Dans la paracha de la semaine, Lévitique 7,12, il est question d’un sacrifice fait pour remercier l’Eternel. Dans son commentaire Rachi parle de « la reconnaissance qui est le résultat d’un miracle dont on a bénéficié, comme des voyageurs en mer ou dans le désert sauvés des éléments, comme l’élargissement de détenus en captivité ou une guérison, pour lesquels il est écrit qu’il faut rendre des grâces (lehodot) ».
N’est-ce pas en contradiction avec ce passage du Talmud, Traité Berakhot 60a : « ein maskirin massé nissim » : « on ne rappelle pas une ouvre miraculeuse » ?
Il y a tout un effort à faire pour comprendre la relation des « berakhot » au réel. Celui-ci contient des événements comme les inondations, les tremblements de terre, etc. Ces événements pourraient faire l’objet d’une admiration stoïcienne pour l’ordre du monde. Mais le Traité en question nous invite à bien distinguer ce qui est un bonheur et ce qui est un malheur pour l’homme, tout en faisant une berakha que les choses arrivent en bien ou en mal (54a Michna : « on doit prononcer une « berakha » en temps de malheur comme on en récite pour un bienfait, car il est dit : « Tu aimeras l’Eternel ton Dieu de tout ton cœur, [de toute ton âme et de tout ton pouvoir ».etc.] » Cela dit, si c’est un malheur, on dit « béni sois-Tu Eternel roi du monde , juge de vérité », et cela même si du malheur sortent des conséquences heureuses : ainsi après une inondation les terres seront plus fertiles, comme autrefois lors des inondations du Nil. Ou lors d’un deuil une famille peut se réconcilier et se souder comme jamais. Néanmoins cela n’efface pas le malheur présent pour l’homme. Et c’est une autre bénédiction pour un bonheur, qui insiste là sur l’acte divin : « Béni soi-Tu Eternel bon et faisant le bien ». Et cela, même si l’on peut se douter qu’il va sortir de ce bien présent des conséquences désagréables, comme lorsque l’arrivée de la fortune chez quelqu’un peut amener la jalousie et la violence d’autres personnes.
Ces bénédictions nous aident à prendre nos distances par rapport aux tendances affectives immédiates, et nous donnent d’autres repères. Mais il ne faut pas être primaire et narcissique, comme celui qui se réjouit ostensiblement d’avoir échappé au malheur qui frappe son voisin, par exemple en racontant que c’est parce que lui est mieux, que lui est pieux, ou que le voisin est méchant, et toutes ces sortes d’horreurs qui déshonorent celui qui les prononce et blessent profondément les autres.
On comprend donc que le Talmud, dise, dans un contexte précis, qu’il n’est pas question de faire une grande déclaration pour avoir échappé par exemple à la mort lors d’un tremblement de terre comme en Haïti, tandis que le voisin est mort. Il s’agit là d’individus dont les uns souffrent et les autres se réjouissent. En revanche, l’exemple de Rachi peut, et sans doute doit, être interprété comme ce qui arrive lors d’un bonheur collectif, si par exemple lors d’un naufrage absolument personne ne meurt, ou si lors d’une épidémie les médecins ont réussi à guérir tout le monde.
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