Tricher : la Bible nous donne un premier modèle de la tricherie : les poids et mesures. Tricher, c’est dit-elle « deux poids, deux mesures ». On doit donc étalonner les poids, ou ne se servir que du même poids pour les amis et pour les ennemis, quand il s’agit de peser. Une autre façon de tricher est de ne pas peser avec le même poids ce qu’on achète et ce qu’on vend : on prend un gros poids pour pesr ce qu’on achète et un petit poids pour peser la même chose quand on la vend, en faisant croire que le poids est le même : on cache que l’on a deux poidset non pas un seul dans la poche. Deut. 25,13 : « Tu n’auras pas dans ta poche deux pierres, une grand et une petite. » Rachi explique cela ainsi : « Une grande quand elle annule la petite, c’est-à-dire qu’il ne prenne pas avec la grande [comme s’il y avait moins de marchandise] pour rendre avec la petite [comme s’il y avait plus de marchandise]. » Par exemple si l’on me prête une quantité de sucre, j’en rends moins que ce qu’on m’a prêté, ainsi je garde le reste. La tricherie débouche sur du vol. De plus elle est par excellence l’injustice : la balance symbole de la justice doit être juste, avec des poids justes, une mesure juste et toujours la même.

La tricherie menace la justice d’une autre façon : parfois celui qui triche conduit celui qui juge à commettre une injustice, précisément parce qu’il a des poids justes et une juste mesure : c’est lorsqu’il s’agit d’un objet qui a été volé au lieu d’être fabriqué : il se peut que le voleur gagne alors plus d’argent que celui qui vend le même genre d’objet mais qui l’a fabriqué lui-même. Cette sorte de tricherie se retrouve dans les études : à l’école on rend des devoirs, qu’on a faits. Mais certains « trichent » en volant les devoirs des autres ou en se faisant donner le devoir fait par un autre. Or cet autre peut être beaucoup plus savant, beaucoup plus vieux, que l’élève. Il se peut aussi que l’élève sache déjà que le devoir est bon parce qu’il a déjà été jugé et noté. Il est donc avantagé par rapport à ses camarades, injustement, puisqu’il n’a presque rien fait sauf choisir la bonne source.

A première vue, la tricherie comme le vol exigerait une forme de police : sur les marchés des gens passent qui vérifient les blancs. Les professeurs parfois recourent à leur mémoire ou à leurs livres pour savoir si un devoir est « volé » ou fabriqué par l’élève. Mais il faudrait notamment avec internet, ou avec les familles de diplômés, une enquête difficile, parfois payante (pour aller sur des sites commerciaux). Même les devoirs faits sur place sous les yeux d’un surveillant peuvent faire l’objet de tricherie, par téléphone ou parce qu’on a gardé des petits papiers sur soi (les « antisèches »).

Mais cette idée de tricherie n’est-elle pas conventionnelle ? Les élèves de 1e S qui ont passé l’épreuve anticipée d’histoire ont eu en « métropole » des questions de cours, dont la réponse leur avait été donnée à apprendre par cœur par leur professeur au cours de l’année. On pourrait dire qu’il y a soit tricherie (s’il y a vol ou don de la part d’un autre), soit erreur (si le correcteur est censé juger les compétences de l’élève-candidat lui-même et non celles de son professeur).

On dira qu’un enfant a de toute façon 1°) à entraîner sa mémoire 2°) à mémoriser de façon à retrouver immédiatement et de tête un maximum de connaissances. Car énormément de pratiques exigent des connaissances mémorisées à l’école. Il est donc normal de tester que cette mémorisation a bien été effective chez chaque élève.

Mais de plus, pourquoi faire appel à une « fabrication » inventée par l’élève pour mettre ensemble des « bouts » de savoir « préfabriqués » appris par cœur, au lieu de faire apprendre par cœur une meilleure « fabrication » de bout en bout déjà faite ? Pourquoi autoriser les multiplications à la calculette et pas d’autres calculs ? N’est-ce pas une distinction purement conventionnelle ? Pourquoi en technologie exiger tel assemblage et pas l’usinage des pièces ?

Disons-le : un examen comme le baccalauréat comprend beaucoup de poudre aux yeux plutôt que des compétences réelles : les candidats oublieront ce qu’ils ont appris par cœur et qui est censé à l’examen être la preuve d’une compétence alors que c’est une simple copie. Autrement dit, si la tricherie c’est « faire prendre des vessies pour des lanternes », alors le baccalauréat est une forme de tricherie, comme beaucoup d’autres examens, en ce qu’il met sur le même plan, de fait, des apparences de compétence et des compétences réelles.

C’est pourquoi il est utile de s’informer sur le débat actuel sur l’évaluation de compétences à l’école (les compétences exigeant cependant des connaissances à tester peut-être à part de temps en temps), plutôt que d’autres modes de notation, afin que la tricherie ne soit plus un problème technique mais uniquement une question de morale.

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