Paradoxe du Protagoras, de Platon : la morale doit s’enseigner, mais il semble qu’elle ne puisse s’enseigner.

 

1°) Bien souvent, en matière de « morale », on imite plutôt qu’on ne se laisse enseigner.

Pour savoir comment se comporter, les enfants, et parfois les adultes, regardent faire les autres, et font pareil dans les mêmes circonstances, ou ce qu’ils croient être les mêmes circonstances.

Mais ils peuvent tout à fait se tromper et imiter un comportement méchant, contraire au bien.

Il faudrait au moins qu’ils prennent modèle sur une personne sage, digne de confiance.

Alors le premier enseignement serait d’aider les enfants à distinguer qui est sage, qui est vertueux.

 

2°) Pour cela, il faudrait d’abord savoir ce qu’est la vertu

Platon distingue quatre sortes de vertus, qui sont inséparables : isolées, elles deviennent viciées.

Le courage sans la tempérance, la justice et la sagesse devient de la cruauté.

On a besoin du philosophe pour caractériser les facettes de la vertu. Mais à partir de quoi ?

Tant qu’on ne sait pas ce qu’est la justice, on ne peut pas être sûr d’assister à un acte juste. Mais si ce n’est pas l’acte qui nous dit ce qui est juste, alors de quoi partir ?

Chaque vertu a été définie au cours de l’histoire, en réaction aux apories dévoilées par Socrate. L’homme vertueux est de bon conseil, mais que faire s’il ne sait pas parler, expliquer ce qu’il faut faire ? Ou si l‘on ne comprend pas ce qu’il dit ?

Descartes proposait de se fier plutôt à ce que les maîtres de sagesse font qu’à ce qu’ils disent.

D’ailleurs, à quoi sert la morale si ce n’est pas une pratique mais seulement de la théorie ?

 

3°) Aristote contre Socrate dit que la morale ce ne sont pas des idées théoriques mais des éclairages sur la pratique.

Dans l’Ethique de Nicomaque il montre alors que beaucoup de comportements vertueux n’ont même pas de nom.

Ainsi, le juste milieu entre la douceur et la colère n’a pas de nom. Pourtant c’est dans ce juste milieu qu’est selon lui la pratique vertueuse, celle qui ne laisse pas tout faire mais qui montre en même temps de la maîtrise de soi.

L’autorité morale se caractérise par une forme d’abstinence et de  frustration qui consiste à s’abstenir d’utiliser les armes du pouvoir au service de tous nos caprices ou au service des caprices des autres.

Il ne s’agit pas non plus de s’adapter à tout prix au réel, au risque de « perdre son âme ».

La morale est une transformation de soi et du monde de telle sorte que ses règles les mieux établies seront aussi celles de l’âge de la sagesse, mais on pourra les suivre sans risquer d’être persécuté pour cela.

L’école est l’effort pour préparer en milieu séparé et artificiel ces temps futurs, mais des écoles réelles sont loin des modèles comme l’Académie (chez Platon) ou le Lycée (chez Aristote). Elles sont trop proches de la vie courante avec ses infamies.

Il faut donc parfois se retirer en soi-même et méditer à l’écart du monde sur nos actes passés et ce que nous devrions faire pour améliorer notre comportement. L’enseignement ne saurait remplacer ces moments de solitude.

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