Quel est le problème, quand on se demande comment est construit le réel ? On cherche comment expliquer la diversité des phénomènes naturels à partir de principes matériels simples, en nombre réduit, voire d’un principe unique. Quel sens donner au mot « principe » ? C’est l’idée d’une cause première du réel. Quel est le sens de « phénomène » ? L’apparence, ou le mode d’apparition du réel ? Mais alors, entre les deux, qu’est-ce que le réel ? Le principe du réel est-il lui-même matériel ?
Certains proposent l’eau (Thalès), d’autres l’air (Anaximène), d’autres le feu (Empédocle).
Mais Parménide vient jeter le trouble : ce qui est en devenir, en changement, est-il réel ? Seul ce qui est stable est de l’être, donc du réel, affirme-t-il. Mais alors d’où vient le changement ? Certains disent : ce qui change s’apprête à ne plus être donc n’est pas digne d’intérêt. On se détourne alors de ce que nous appellerons la matière pour se pencher sur les idées comme seules dignes d’intérêt, et seuls principes valables : mathématiques, pensée, esprit. Et on dit que c’est là le vrai réel. Que devient alors la matière ? Une illusion ? Pourquoi se servir des organes des sens ?
Aristote vient et dit : la forme (idée ?) a besoin de la matière pour se présenter. Ensuite quand on voit un objet, on passe à la représentation de cet objet et on remonte du sensible à l’intelligible, qui est l’essentiel (essence). Reste à comprendre comment l’être, le réel, peut changer. On va déjà distinguer quatre sortes de changement : quantitatifs (plus ou moins, différence de degré, dans la matière), qualitatifs (changement d’état, il y a quatre éléments qui se composent différemment, et quand la composition change on parle de changement de nature), locaux (déplacement, notamment tendance à aller vers le lieu naturel), à quoi il faut ajouter la génération : passage du non-être à l’être.
En réfléchissant sur le changement qualitatif, Aristote en vient à dire que la matière a la capacité de changer de qualité, c’est un « substrat » pouvant accueillir des qualités contraires successivement. Mais tout devenir n’est pas possible selon lui : les qualités possibles pour le changement sont dites « en puissance ».
Très différente est l’hypothèse d’une création, et d’un pouvoir créateur, faisant des êtres de la nature des créatures. Tout devient alors théoriquement possible, compte tenu cependant de principes de viabilité, et selon Rousseau de bonté (il admire le fait que la satisfaction de nos besoins naturels s’accompagne de plaisir plutôt que de souffrance). L’Evolution créatrice, de Bergson, inspirée par l’œuvre de Darwin, voit l’œuvre créatrice divine non seulement au commencement du monde, mais tout au long de l’histoire naturelle : « La vie est création continue d’imprévisibles nouveautés ».
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