La réflexion sur le bien commun se réclame en général d’Aristote, dont voici trois textes de base sur le sujet :

Éthique I, 1, 1094 b 6-10               La fin de la Politique sera le bien proprement humain. Même si, en effet, il y a identité entre le bien de l’individu et celui de la cité de toute façon c’est une tâche manifestement plus importante et plus parfaite d’appréhender et de sauvegarder le bien de la cité : car le bien est assurément aimable même pour un individu isolé, mais il est plus beau et plus divin appliqué à une nation ou à des cités.

Éthique, VIII, 11, 1160 a 11-13    Et c’est en vue de l’avantage de ses membres, pense-t-on généralement, que la communauté politique s’est constituée à l’origine et continue à se maintenir. Et cette utilité commune est le but visé par les législateurs, qui appellent juste ce qui est à l’avantage de tous.

Politique, I, 1, 1252 a 1-5              Nous voyons que toute cité est une sorte de communauté et que toute communauté est constituée en vue d’un certain bien […] : il en résulte clairement que si toutes les communautés visent un bien déterminé, celle qui est la plus haute de toutes et englobe toutes les autres, vise aussi, plus que les autres, un bien qui est le plus haut de tous. Cette communauté est celle qui est appelée cité, c’est la communauté politique.

On voit que pour certains le bien commun s’impose éventuellement contre le bien individuel. Amoins que le hasard fasse que les deux coïncident. En effet si l’on passe du bien d’une cité ou d’un Etat isolés à l’idée d’un bien commun à toute l’humanité, voire à toutes les créatures vivantes, le bien de l’individu est alors à prendre en compte parfois au-dessus du bien d’une cité isolée. Car une institution n’a pas en elle la vie et la conscience d’un être vivant et ne « sait » pas ce que c’est que la mort. De plus les hommes politiques sont souvent engagés à tenir davantage compte des échéances électorales les plus proches, ou à ce qui y correspond comme suffrage du peuple dans les dictatures, que des catastrophes éventuelles lointaines, même quand celles-ci découleraient inéluctablement de leur décision opportuniste immédiate destinée à satisfaire le maximum d’électeurs ou de sujets.

Il serait bon de repenser plus clairement le bien commun comme la considération du bien que se doit de prendre en compte un individu plus parfois que son désir et que son intérêt apparent.  Cette idée rejoint l’espoir de la vertu mais aussi la tâche urgente mais aussi parfois longue de connaître le monde et pas seulement nous-mêmes, afin de savoir la portée de nos actes et l’opportunité de nos exigences et demandes.

Il ne s’agit pas seulement de dire que le bien commun est l’agrégat de ce qui est bien pour chaque individu. Il s’agit de penser ce qui est réellement ce minimum commun mais souvent vital qui est un bien pour tous et pour chacun. Et de plus, et là est la difficulté, il s’agit de prendre en compte certains conflits de désirs pour éventuellement enseigner à chacun de sacrifier certains désirs qui pourraient nuire à d’autres êtres humains, voire espèces vivantes.

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