Le philosophe Michel Foucault associe la démocratie et le « parler vrai » (Parrêsia). Il explique que ce n’est pas n’importe qui qui peut parler vrai et donc que si l’on donne la parole à n’importe qui et pas à celui qui a du mérite on n’obtiendra que du faux « parler vrai », discours de flatterie notamment, discours de gens qui n’osent pas dire ce qu’ils pensent parce qu’ils ont peur de la répression. Nous ajouterons que certains cherchent moins à parler vrai qu’à faire le buzz, et faire le buzz entraîne la possibilité ultérieure de refaire le buzz, qui se substitue au mérite.

Il y a aussi un autre problème qui est la constitution de la personnalité. Quand je « parle vrai » je le fais sous une sorte d’inspiration qui peut venir de ce moi, de cette conscience qui voit le monde de tout son être. Or, il pourrait y avoir une tendance dans une société comme la nôtre à diviser l’indivisible, l’individu devient un « dividu » selon l’expression forgée par Alain Damasio dans son livre La zone du dehors (p.190 sqq., nouvelle édition 2007, Folio Gallimard). Il imagine un « mirécran » qui aurait l’allure d’un miroir mais grâce à des caméras et à un traitement informatique nous renverrait l’image de nous que nous souhaitons voir à partir de mini-images transformées et assemblées.

Notre société est en train de disséquer notre individualité en supposés caractères qui sont ensuite isolés et traités en « big data » puis nous sommes sommés insidieusement de coller à cette nouvelle version de « nous qui est un « dividu ». Nous pouvons croire que la société respecte la différence et l’individualisation mais en réalité cette diversité des « dividus » est une fabrication de robots fictifs qui prennent corps si nous avons la faiblesse de nous y reconnaître.

« Affiner la fragmentation, en substituant les dividuels obtenus en sous-dividuels, puis en sous-sous-dividuels, etc. jusqu’à la plus petite unité dividuelle politiquement utile. Nous appellerons « trait » cette unité minimale. Nous avons vu que le Clastre nous découpe en plus de quatre cents traits de caractère » (Ibid. p. 190).

Damasio vient de sortir un roman très attendu, Les Furtifs.

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