« Il ne pouvait exister de doctrine du droit (philosophie du droit, théorie du droit) spécifique du national-socialisme », écrit Stolleis (« Nationalsozialistisches Recht », in Handwörterbuch zur deutschen Rechtsgeschischte, éd. Adalbert Ezler et Ekkehard Kaufmann, vol. 3, Berlin, 1984, p. 867). Cela va avec la remarque selon laquelle les nazis auraient prétendu élaborer un « droit », selon lequel seraient « justifiées » toutes les décisions politiques possibles, comme expression ou émanation d’une « substance völkisch » (voir Hubert Rotthleuthner, « Substanzielle Dezisionismus. Zur Funktion der Rechtsphilosophie im Nationalsozialismus », in Archiv für Rechts-und sozialphilosophie, sup.18, 1983, p.20-35).
Schmitt combat le normativisme comme produit spécifique du judaïsme, il combat l’Etat de droit en le présentant comme « Etat juif de lois ». On nous présente volontiers Carl Schmitt comme quelqu’un qui dénoncerait le nazisme parce qu’il se pose en victime et camoufle son propre nazisme. Schmitt, dès son entrée dans la NSDAP, précise la place que selon lui doit prendre la lutte contre la pensée juive dans la « Révolution nationale » des nazis. Faisons attention aux approches de l’humain en termes de genre, car il écrit en 1933 : « Un peuple s’éveille à la conscience de son genre propre et se penche sur soi-même et ses semblables » (« Das gute Recht des Deutschen Revolution », in Westdeutcher Beobachter, amtsliches Organ des NSDAP, article du 12 mai 1933). Cette revue s’attaque particulièrement dans ce numéro à l’égalité garantie devant la loi indépendamment de l’origine,de la religion, de la nationalité (article 109 de la Constitution de Weimar). Schmitt s’attaque à ce qu’il considère comme le concept de liberté « libéral » et prône la dictature tout en niant que le « Führerschaft » soit la dictature, parce que, dit-il, « guider (führen) n’est pas la dictature, guider est quelqeu chose qui repose sur l’égalité de race entre celui qui guide et ceux qui le suivent (Gefolgschaft) (etc.) » (Der Neubau des Staats-und Verwwaltungsrechts p. 250 sqq.) (Voir p. 59 de Raphael Gross, Carl Schmitt et les Juifs, E.F. de Denis Trierweiler, P.U.F., 2005). « Dans ses frontières les plus étroites, la légalité doit être fidèle à l’essence et à la race (Art). C’est pourquoi nous créons la légalité de notre propre Etat NS. » (op. cit. p. 251). On voit qu’ici le « droit » est référé non au devoir, à l’éducation, à l’avenir du devoir être, ni à l’idéal, mais il ne serait que le constat et la « légalisation » du fait, des actes d’un peuple défini comme « race » dotée d’une « essence ». Le « genre » servirait à prétendre donner une valeur absolue et incontestable à n’importe quel acte ou parole même les plus atrocement criminels.
Schmitt effectue souvent à sa façon une élimination des Juifs en évitant le mot « Juif » mais en le suggérant et en laissant à son lecteur le soin d’insérer le terme éliminé (en dehors de la période où le nazisme est au pouvoir). Il rend éventuellement impossible l’improbable ralliement de « l’ennemi » par excellence qu’est pour lui le Juif à l’Etat nazi en disant : « Sans le principe de l’identité raciale, l’Etat national-socialiste ne pourrait pas exister, et sa vie juridique ne serait pas pensable ; il serait à nouveau d’emblée à la merci de ses ennemis – tantôt critiquant avec supériorité, tantôt s’assimilant avec soumission – libéraux ou marxistes. » (p. 59 de Etat, Mouvement, Peuple, l’Organisation triadique de l’Unité politique, E.F. Agnès Pileul, Paris 1997 (2e éd. allemande, Hambourg, 1933)).
Pour attaquer les Juifs et le respect de la loi en associant celui-ci à une ruse des Juifs, Carl Schmitt prend un style de victime effectuant de « l’autodéfense ». Dans Les trois types de pensée juridique, faisant allusion aux Juifs, il écrit : « Il existe des peuples qui, sans terre, sans Etat, sans Eglise, n’existent que par la « loi » ; la pensée normativiste leur semble la seule pensée du droit qui soit raisonnable » (E.F. Mira Köller et Dominique Séglar, P.U.F., 1995, p. 69). Schmitt oppose au normativisme et plus généralement à la « domination de la loi » la « domination des hommes » qu’il place du côté du nazisme et de Hitler. Dans ces conditions, on ne voit pas comment il pourrait y avoir des lois dans le régime nazi, n’est-ce pas ? Le tour de passe passe est de s’attaquer aux « maîtres de la lex » comme si on allait libérer la loi, en s’attaquant aux Juifs. Au lieu de se complaire comme dans se première version de sa Théologie politique dans des considérations sur la valeur créatrice de l’exception, qui éviterait la répétition, Schmitt se met à adorer l’ordre, l’homme « normal », la vie normale (p. 70 des Trois types de pensée juridique, où il insiste sur le mot « normal »), en rêvant d’un « ordre global » (on appellera cela le totalitarisme). Pour sortir de l’impossibilité d’avoir des lois dans l’Etat nazi, Schmitt met en avant le mot « Nomos » (Théorie de la Constitution, p. 275. Voir en 1950 Der Nomos der Erde im Volkerrecht des Jus publicum Europaeum, traduit en français sous le titre Le Nomos de la terre par L. Deroche-Gurcel, Paris, 2001). On se rappelle qu’il décrit les Juifs comme le peuple « sans terre », comme on l’a vu dans ses textes de 1933.
Schmitt est clair dans sa conférence à la Journée allemande des juristes : il y déclare qu’un bon Nomos c’est suivre la volonté de Hitler, et il conclut que la volonté d’Adolf Hitler est « aujourd’hui le Nomos du peuple allemand ». C’est bizarre pour un juriste de dire cela du « nomos » car enfin le mot grec « nomos » désigne la loi depuis des siècles (voir Carl Schmitt et les Juifs, op. cit. p. 72).
Certains théologiens protestants nationalistes ont découvert « le peuple » qu’ils sacralisent en se détournant de l’individu, comme « peuple de Dieu ». Ils veulent faire, selon une partie du titre d’un livre de Stapel, une « théologie du nationalisme » (voir ibid. p. 78). Ils ont peur que les Juifs allemands soient au sein du « peuple » allemand un ennemi invisible. Même les Juifs convertis ne sauraient selon ce courant protestant être des Allemands. Certains comme Stapel proposent une sorte de quarantaine perverse pour les Juifs convertis de telle sorte que la conversion ne soit censée avoir pris effet qu’avec leurs petits-enfants (voir ibid. p. 79). Bref ils sortent de leur communauté sans pouvoir entrer dans une autre : on voit se dessiner une figure du Juif comme n’ayant absolument plus aucune place sur terre : ces nationalistes protestants allemands sont prêts pour accepter l’extermination nazie. Stapel reste une figure centrale pour les complaisances de théologiens chrétiens vis-à-vis du nazisme dans les années suivant 1933. Un autre « théologien », Oberheid, essaya de traduire en constitution les idées de Schmitt sur « l’Etat total » (cela fait penser à La Notion de l’Autorité, de Kojève, sur « l’autorité totale », associée par lui à Pétain. Livre écrit en 1942, ayant circulé, et n’ayant été publié qu’en 2004).
Faut-il voir dans le Nomos de Schmitt un ensemble de « lois » inspirées par la nature, la biologie ? Certains de ces « théologiens » nationalistes disent que chaque peuple à son « Nomos », spécifique. On instrumentalise le « Nouveau Testament » pour le consacrer à l’attaque contre la Bible (appelée Ancien Testament par les chrétiens). Voici un texte biologisant qui évoque la médecine sur le cancer opéré qui se généralise, c’est une lettre d’Ernst Jünger à Carl Schmitt du 10 février 1945 : « Il n’y a qu’un choix entre l’Ancien et le Nouveau Testament, toute attaque contre le nouveau est au bénéfice de l’ancien. C’est là l’une des raisons de la propagation effrayante de la morale juive, indépendamment du fait que cette morale, par l’extermination des Juifs auxquels elle était liée, a maintenant été libérée et est devenue virulente. » (Carl Schmitt et les Juifs, op. cit. p. 91). Schmitt répond en approuvant… Le nazi de 1945 se pose en victime… de l’extermination des Juifs, que les nazis ont eux-mêmes organisée.
En 1933 les « théologiens » protestants nationalistes proches de Carl Schmitt reprochent aux Juifs de ne pas penser comme eux, et C. S., que « l’essence du politique est la discrimination entre l’ami et l’ennemi » (Günther cité ibid. p. 93), ce qui rendrait selon eux impossible l’intégration politique des Juifs en Allemagne.
En fait les nazis, quand il s’est agi de définir qui était aryen ou juif pour les « lois » d’interdits professionnels ou autres se sont fiés à des critères religieux : pour les Juifs l’appartenance d’eux ou de leurs ascendants à une communauté religieuse juive, pour les « aryens » l’acte de baptême. Il y avait le souci avant tout du « pratique », du « concret », comme certains politiques se vantent de le faire aujourd’hui contre les penseurs et les idéalistes du droit. Schmitt se sert de trois « lois » de la « Journée du parti du Reich pour la liberté » du 15 septembre 1935 comme « modèles » pour concevoir ce que pourrait être un « droit » nazi (oxymore !). Il salue ces « lois de Nuremberg » comme une « constitution de la liberté ».
Le droit ? Il se réduit au « droit éternel du peuple allemand » (Hans Frank au Congrès des juristes de Leipzig à l’automne 1933 (cité Ibid. P. 111). Pour Schmitt il s’agit de science, pas de religion, pour combattre l’ennemi absolu, l’ennemi par excellence. Il s’agit de se « libérer » des prétendues falsifications juives. Il reste très vague sur ce que serait concrètement l’influence juive sur la science du droit. Il se pose comme une victime des Juifs, ce qu’il continuera à faire dans l’après-guerre (Das Judentum in der Rechtswissenschaft p. 16) Il termine le congrès de 1936 qu’il a organisé en disant qu’il faut déterminer avec précision les auteurs juifs en matière juridique (Revue Cités n°14, p.174-175). Il s’attache à détruire toute autorité : « Pour nous, un auteur juif n’a pas d’autorité » (Ibid.) (Il y a eu effectivement un répertoire nazi des auteurs juifs, mais qui fut retiré de la vente aussitôt comme ayant trop de « fautes » : 15 octobre 1936, 188 pages). Schmitt à la clôture du congrès de 1936 parle d’une polarité entre loi juive et chaos juif, dans son désir de « retarder » le désordre (cf. son identification au « kathekon » tel qu’il le conçoit en relation avec « l’Antéchrist »).
La diversité des engagements politiques des Juifs connus rendant difficile d’isoler tel ou tel parti pour la haine antisémite conduisit Carl Schmitt à une idée diabolisante, celle d’une conjuration « d’une perfidie démoniaque » (Revue Cités n° 14 p. 178). Ils auraient pris des masques, changé de masques, au cours de l’histoire, avec un effort de mimétisme et d’adaptation qui serait censé les différencier des autres peuples, étrangers mais extérieurs tandis que les Juifs seraient l’ennemi intérieur pour lui. On voit que n’importe quoi dans les paroles de tel ou tel Allemand peut être pris pour une influence juive au gré des fantaisies pseudo-juridiques de Carl Schmitt, qui fut pourtant si largement accepté comme « juriste » même après la guerre.
A vrai dire, il se rêvait un peu dans la peau du Grand Inquisiteur, sous l’influence du livre de Dostoïevski Les Frères Karamazov (une fonction par ailleurs du catholicisme romain), il rêvait de « désanarchiser » le christianisme tout en se servant de lui pour donner une impression de légitimité (voir son Glossarium, p.243) à la « mise au pas » qu’il envisage et dont il rêve qu’il sera le décisionnaire, il élabore l’idée d’une souveraineté qui serait un « monopole de la décision » (Théologie politique, 1922, divers passages) : « Pour créer le droit, elle n’a pas besoin d’avoir le droit », prétend-il. Il cherche à faire conférer à « l’autorité » qu’il envisage une sorte d’infaillibilité papale, pour toute décision sur tout sujet.
L’autorité ici, loin de découler de la loi, s’oppose à la « domination de la loi », comme si le terme de domination convenait pour parler de la loi, qui au contraire libère des despotes et de leurs caprices (que Schmitt appelle « décisions pures » quand il s’agit d’un hitlérien). C’est avec désinvolture que Schmitt prétend ainsi résoudre dans le concret les problèmes qui surgissent dans la vie normale des Etats quant à l’applicabilité d’une loi. Cela fait un peu penser à ces philosophes qui pensent pouvoir substituer la vertu (voire la « virtù ») à la pratique de la loi morale.
Schmitt s’attaque, pour mieux « purifier » sa haine de l’ennemi qui l’obsède, à la notion d’humanité, car l’ennemi ne saurait partager quoi que ce soit avec lui, et donc il écrit : « Qui dit humanité veut tromper ! » (La notion du Politique) : « l’ennemi » cherche à faire croire à Schmitt qu’il partage avec lui quelque chose, l’humanité, ce que ne saurait cautionner Schmitt. On comprend qu’il est en voie de ne pas non plus supporter de respirer le même air ni de fouler le même sol.
Marx, dans sa discussion sur Bruno Bauer (qui pensait que les Juifs ne pouvaient pas vouloir leur émancipation !), (c’est dans L’Idéologie Allemande) travaille à l’émancipation de l’Etat dit « moderne » (voir Hegel) par rapport aux religions, en particulier la religion chrétienne. N’étant plus un Etat chrétien, l’Etat permettra l’intégration complète des Juifs (on pense aux propos scandaleux actuels comme quoi les Musulmans ne pourraient pas s’intégrer à l’Etat français, propos qui manifestent une profonde régression de la pensée politique). Marx écrit : « Le Juif se trouve ne opposition religieuse à l’Etat qui reconnaît le christianisme comme son fondement » (La Question juive p. 358). On sait par ailleurs qu’en réalité la pensé juive dit de reconnaître les lois juridiques du pays où l’on se trouve (il y a des exceptions si l’on voulait forcer un Juif au meurtre, au viol ou à l’idolâtrie). On comprend bien cependant que n’importe qui, juif ou pas, puisse s’insurger et même doive s’insurger contre des prétendues « lois » enjoignant aux crimes contre l’humanité.
Marx dans son texte La Question juive tient nombre de propos antisémites sur la recherche de l’intérêt personnel, le trafic, l’argent. On pense aussi à Kant qui dit des Juifs que c’est « un peuple trompeur » (Anthropologie, voir Avital Ronnell, Stupidity, « III Le sattelite Kant : la figure du philosophe ridicule, ou pourquoi je suis si populaire », en particulier p. 209 sqq., E.F. Céline Surprenant et Christophe Jaquet, Collection Points, Stock, 2006). La philosophie héritière des Lumières a en quelque sorte laïcisé l’antisémitisme. Il y a chez Marx une sorte d’équation entre bourgeoisie et domination juive, et pour lui il s’agit de s’émanciper du judaïsme comme de la bourgeoisie. Gardons des Lumières le meilleur et non l’obscur…
On retrouve chez Schmitt l’idée exprimée par Kant du Juif comme trompeur : Glossarium p. 192. Il reprend à Bauer l’idée que la loi juive serait mauvaise car supposée « sans sol » (« bodenlos »), tandis qu’il va définir (en 1962 !) le « partisan » comme « un type spécifiquement terrien du combattant actif » (p. 224 de Théorie du partisan, dans l’E.F. collection Champs, 1992).
Pour Schmitt la politique est inséparable de la guerre à mort contre l’ennemi public n°1, dont on a compris qu’il était « substantiellement » et absolument et par excellence le peuple juif, et il pense que le monde qui n’est pas d’accord avec ce point de vue est en proie à une « dépolitisation » qui lui fait perdre toute substance (Voir La Notion du politique). Et bien sûr il considère que les Juifs sont responsables de cette prétendue « dépolitisation » et les traite donc en ennemis du politique. Rêver d’universalisme et d’un monde sans conflits serait pour lui être décérébré, en ayant cédé à une imposture (on sait que certains catholiques utilisent la théorie de la substitution et du « Verus Israel » pour traiter les Juifs d’imposteurs). Le Glossarium du 25 septembre 1947 de Schmitt dit que selon lui « c’est précisément le Juif assimilé qui est le véritable ennemi ».
On en vient à une méfiance pour l’économie en général : « Echanger (tauschen) et tromper (täuchen) sont souvent très proches » et une domination qui se voudrait « apolitique » (selon l’idée bizarre que se fait Schmitt de la politique « apolitique » veut dire en gros pacifique en politique) serait une imposture en se fondant sur l’économie (édition de 1933 de la Notion du politique, p.59). Sur l’économie, Schmitt partage les idées si familières aujourd’hui qu’il faut lutter contre la jouissance, supposée infinie, comme si notre époque n’était pas toujours et peut-être même plus celle de la misère planétaire : « Dans l’économie moderne correspond, à une production rationalisée à l’extrême, une consommation tout à fait irrationnelle. » On voit se dessiner la théorie perverse du manque nécessaire… (Carl Schmitt, Römischer Katholizismus und politische Fonn, p.20 (1925) Rééd. Stuttgart 1984) Rien à voir avec une morale du partage et de la quête des plaisirs de la vie respectueuse de la planète mais joyeuse. Dans Psychologie de masse du fascisme W. Reich développe l’idée que le manque soit délibérément entretenu dans les masses par des manipulateurs pour provoquer des pulsions de foules comme le fascisme en a montré. C’est peut-être à cette théorie du manque qu’on doit la fascination de certains pour un prétendu « non-Etat » dont F. Lordon a montré à propos de la ZAD de Nantes qu’il tourne aux partages identitaires radicaux (Vivre sans ? La Fabrique 2019).
Il s’agit aussi chez Schmitt de séparer l’usage et le droit, avec un « usage sans droit » se substituant au classique droit d’usage. Disparaissent au passage l’échange et sa valeur dans cette « économie ».
En conclusion, Carl Schmitt a toute sa vie, de façon dissimulée en dehors de la période où les nazis étaient au pouvoir et où il a été dès le début un nazi très actif à découvert, construit une conception de la politique et du droit faire pour conduire toute doucement tous les penseurs de la politique à considérer les Juifs comme ennemis absolus et à déconsidérer absolument le respect des lois et du droit au profit d’une sorte de territorialité représentée par un dictateur dominant les peuples par ses décisions si possible planétaires. Il présente ceux qui font confiance à l’élaboration et au respect de bonnes lois comme des victimes d’imposteurs qui seraient les Juifs. Ses disciples nous conduisent vers le non-Etat comme le montre si bien le titre du livre tout récent assez lucide de Frédéric Lordon Vivre sans ? Dans sa conclusion de La notion du politique, « L’ère des neutralisations et des dépolitisations », à l’avant-dernière page (p. 150 de la Collection Champs classiques, E.F. Marie-Louise Steinhauser, 1992 (édition de 1932)), Carl Schmitt écrit : les masses sont contentes d’ « avoir trouvé la dépolitisation absolue, recherchée depuis des siècles, qui signifie la fin de toute guerre et l’aube de la paix universelle » (voir aussi p. 300 sur l’Europe qui a « nié l’hostilité absolue » et la dernière phrase qui invite à « la recherche de l’ennemi réel » p. 305). Nous savons clairement ce que Carl Schmitt pense de la paix universelle, de l’universalisme, et des lois. La préface de l’édition citée, par Julien Freund, montre un redoutable aveuglement, au minimum, par rapport à la dangerosité de ces écrits, jusqu’à nos jours effective, qui séduit des « rebelles » au nom de l’ « irrégularité » (voir Théorie du Partisan, de 1962), alors qu’il a adoré le rêve d’un ordre total planétaire assuré par Hitler au-dessus de toutes les lois, tout en se voulant une sorte de « juriste royal ».
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