Le droit de la guerre, est-ce une aberration juridique comme le Code noir ? Pourtant, que faire quand la guerre devient inévitable parce qu’on est déjà agressé, ou parce que l’ennemi est en train de s’organiser pour attaquer ? Ne peut-on pardonner à celui qui voit l’agresseur se préparer et décide d’attaquer le premier pour bénéficier de l’effet de surprise ? Et que penser de celui qui fait un pacte avec l’ennemi pour retarder la guerre ? Est-ce une trahison ? Est-ce une préparation de la riposte ? La guerre exige pour être jugée la précision des informations, et la prise de distance d’avec le fascisme tout particulièrement.
La guerre déchaîne le soupçon, aussi sur le terrain intérieur : ainsi, Robespierre s’est mis à considérer tout homme qui lui faisait des objections comme s’il était un ennemi en armes, qu’il fallait tuer immédiatement.
Le pacifisme, si noble soit-il en théorie, a malheureusement été associé à la lâcheté devant le nazisme, quand ce ne fut pas la complicité finalement enthousiaste. Cependant, il y a heureusement beaucoup de gens aujourd’hui pour chercher la paix dans des circonstances de guerres interminables dont on voit qu’elles servent les groupuscules totalitaires.
Mussolini écrit dans la Doctrine du fascisme : “Avant tout le fascisme, en ce qui concerne, d’une manière générale, l’avenir et le développement de l’humanité […] ne croit ni à la possibilité ni à l’utilité de la paix perpétuelle. Il repousse le pacifisme qui cache une fuite devant la lutte et une lâcheté devant le sacrifice. La guerre, seule, porte au maximum de tension toutes les énergies humaines et imprime une marque de noblesse aux peuples qui ont le courage de l’affronter. […] Par conséquent, une doctrine, basée sur le postulat de la paix, n’est pas conforme au fascisme.” (3e édition, Firenze 1938 XVI Stab. Grafici A. Vallecchi, Viale del Mille, 72).
On voit la guerre ici comme un but en soi. Cela va avec un darwinisme fasciste pour qui la guerre élimine par la mise à mort les plus faibles et préserve les plus forts ce qui selon les Mussolini améliorerait “la race”, et cela va avec l’extermination programmée par les Nazis des faibles et des malades, et de tant d’autres.
Certes, il y a beaucoup d’actes de noblesse chez nos soldats qui font la guerre. Pourtant nous connaissons aussi les bandes de miliciens qui pratiquent la violence extrême, le meurtre, le pillage, les prise d’otages et les rançons, le trafic de drogue et d’armes. Ils trouvent souvent des alliés chez ceux qui espèrent faire des affaires sur la déstabilisation et la ruine.
C’est pourquoi il faut, face à eux, des Etats qui soient à la fois protecteurs des individus et assez forts pour avoir des armées et des polices dissuasives de l’oppression et de la guerre, civile comme externe, animées par un sens de l’honneur et une éthique forte incluant les Droits de l’Homme et l’effort de paix.
Il est de mode aujourd’hui de contester la théorie du respect de l’individu, sans qu’on voie à quel point cette mode prend sa source dans les théories fascistes. Dans le même torchon de Mussolini, Doctrine du fascisme, il s’attaque à ce qu’il appelle le libéralisme. Sous le titre “ Anti-individualisme et Liberté”, il écrit : “Anti-individualiste, la conception fasciste est pour l’Etat, et elle est pour l’individu, en tant que celui-ci s’harmonise avec l’Etat, conscience et volonté universelle de l’homme dans son existence historique. Elle est contre le libéralisme classique […] Le libéralisme niait l’Etat dans l’intérêt de l’individu ; le fascisme réaffirme l’Etat comme la véritable réalité de l’individu.” Mussolini s’attaque au respect de l’individu, réduit à ses yeux à n’être qu’un “fantoche abstrait auquel pensait le libéralisme individualiste.” […] “En effet, pour le fasciste, tout est dans l’Etat, et rien d’humain ni de spirituel n’existe et a fortiori n’a de valeur, en dehors de l’Etat. En ce sens, le fascisme est totalitaire, et l’Etat fasciste, synthèse et unité de toute valeur, interprète, développe et domine toute la vie du peuple.” Et il continue aussitôt avec un nouveau paragraphe sous le titre: “Antisocialisme et Corporatisme” : “Ni individus, ni groupes (partis politiques, associations, syndicats, classes) en dehors de l’Etat.”
La revendication explicitement totalitaire s’appuie sur une sorte d’hégélianisme pour présenter l’Etat fasciste comme l’aboutissement de l’histoire, ce qui justifierait tous les sacrifices, toutes les éliminations, y compris l’indépendance de l’individu et des partis, syndicats, et associations. Il prétend aussi détruire les classes, pour mieux s’opposer aux communistes.
La guerre, l’écrasement de l’individu, l’embrigadement dans les “corporations”, voilà l’idéologie fasciste, qui se met au-dessus de tout frein moral au nom de l’évolution et du sens de l’histoire.
A nous alors de défendre les “vieilles lunes” de la morale, de la liberté, de la justice et de l’égalité dans la diversité riche de créativité sociale et culturelle. Nous voyons malgré nos divergences que nous devons parfois être unis, “libéraux”, communistes, pacifistes, quand il s’agit de combattre le fascisme et sa propagande, une propagande qui met de la confusion volontaire, et dans la mémoire, et dans les idées, et dans les légitimes manifestations qui arpentent nos rues, et parfois même entre Etats quand des conflits surgissent.
Les pacifistes ont raison, la guerre est souvent du parasitage, mais le pire des parasitages, le fascisme, doit par exception faire l’objet de toutes les résistances même armées. Encore faut-il le reconnaître, sous ses déguisements d’emprunt multiples depuis un siècle. Dans peu de temps, le 30 octobre 2022, nous nous souviendrons qu’il y aura un siècle que Mussolini réussissait à faire accéder au pouvoir le fascisme. Un siècle après, certains fascistes attisent partout les guerres qu’ils adorent et qu’ils veulent sans limite temporelle, au risque de voir disparaître la vie de cette Terre bienaimée, tant ils sont bêtes. Mais grâce à l’instruction et à l’éducation la paix reviendra, sans qu’on reprenne la phrase d’un chef breton (de l’actuelle Grande Bretagne), parlant des ambitions conquérantes des Romains, dans l’Antiquité: “Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant” : le désert par dévastation, ce n’est pas la paix que nous cherchons.

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