Chana tova 7582 « Où es-tu ? » Une première question
Que peut vouloir dire que l’homme a été créé à l’image de l’Eternel ?
L’Eternel ne donne pas vraiment de lui des images ni une image, à moins que ce soit l’homme…
Les indications dans la Bible révèlent des « images » à contours flous : la nuée, le son du chofar, l’arrière (ou l’après) de l’Eternel, l’idée que l’Eternel n’est vu qu’à travers un rideau plus ou moins opaque en attendant les temps futurs…
Par ailleurs l’Eternel est associé par l’interprétation juive à l’infini, en tout cas à l’infini qualitatif, le ayin sof, ce qui n’a pas de fin, sans doute aussi ce qui ne meurt jamais. Pas de limites imposées donc.
Pourtant, lorsque l’homme est créé, il semble limité de toutes parts, fait de poussière de la terre comme « adama », on répète souvent qu’il est poussière et retournera à la poussière. Encore là, on pourrait dire que la poussière et la terre n’ont pas de contour très net qui les limite. Mais voilà que l’Eternel met l’homme dans un jardin. Quoi de plus limité qu’un jardin par définition ? Il risque de tourner en rond, de s’ennuyer. Mais au centre du jardin il y a une réalité explosive, l’Eternel n’a pas pu éliminer la possibilité qu’au lieu de simplement savoir survivre, l’homme en vienne à se demander ce qu’est la vie, et ce qu’il est. Au risque peut-être de ne pas vouloir se limiter par des définitions trop rigides ou trop stables.
Créé à l’image de l’infini, l’homme a peut-être quelque chose de l’infini sinon pourquoi parler d’image ? On peut penser à un ou deux points de ressemblance tout de même ! Mais voici que cet humain s’ennuie, peut-être pendant des siècles, et l’Eternel qui trouvait bonne sa création dit qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul. Alors l’homme qui avait à voir avec de l’infini mis en boîte devient inachevé, une femme naissant de son sommeil et de sa substance. Et il est heureux, la voici, « celle-ci » ! Elle le comble d’aise comme n’avaient pas réussi à le faire les animaux et il se met à parler. Plutôt être incomplet que fini, délimité. Eve n’est pas « sa » moitié, « son » complément, Eve est sa réalisation dans la division, et la multiplication, Eve, la mère de tous les humains, fait accéder à l’infini quantitatif.
Mais voilà encore autre chose, elle a affaire au désir, et son désir de connaissance va être sanctionné par une drôle de sanction, les humaines et sans doute les humains aussi à sa suite éprouveront un désir infini pour un autre humain qui les poussera à la soumission volontaire. On pourrait se dire que la libération intervenue par la révélation divine ne mettra un terme qu’à la soumission volontaire à un autre humain, mais pas au désir infini, qui se voit dans le souci durable de connaître et de reconnaître un époux, la Terre, l’Eternel, etc.
L’être humain n’a pas à se mettre en colère comme Hulk pour faire craquer tous les costumes. Il est nu par vocation car nul costume n’est assez grand pour lui et c’est nu qu’il finit par affronter le regard de l’Eternel avant d’être chassé du jardin d’Eden, après son premier bricolage, ce pagne emprunté à la nature et tissé de ses mains. Et l’autre sanction qui sera prise sera de le vouer au travail de ses mains, un travail bien physique qui le fera transpirer, pas un asservissement à des machines et un prétendu destin techniciste : une recherche perpétuelle d’excellence et une nostalgie perpétuelle l’accompagnent comme rêve de retour à soi. Mais il n’y a pas de soi originel de l’homme car son modèle est à la fois l’Eternel toujours jamais définissable et un Adam primordial qui n’a pas eu d’enfance ni de parents et qui se trouva placé d’abord dans un jardin limité, et ensuite jeté dans un monde infini, mais néanmoins périssable.
« Où es-tu ? » Telle est la première question, la question inaugurale, qui intervient au tout début de la Bible (Genèse 3,9). Avant de chercher ou de prétendre chercher Dieu, l’être humain, ce « passeur » (un des sens de « Juif »), a à répondre à Sa question : « Où es-tu ? », et à regarder autour de lui.
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