Dans son livre Etudes hégéliennes – Raison et décision (PUF 1992), chapitre « Le prince
hégélien » (pp.207-238), Bernard Bourgeois insiste à juste titre sur le pouvoir de décision, les
corporations, la source familiale de l’intronisation du prince. Mais il n’est pas sûr que raison et
décision fassent si bon ménage dans les Principes de la philosophie du droit (que nous lirons sans
les Additions). Il y a un système dans ce livre, qui conduit tout droit au décisionnisme de Carl
Schmitt et plus généralement aux théories fascistes de l’éloge de la guerre, de la « souveraineté »
d’un seul individu dans un seul Etat chargé de gouverner le monde par on ne sait qui ou quoi, car
Hegel dévalorise, et les élections, et le peuple parfois appelé populace, dans ce prétendu
« royaume constitutionnel », sans parler de son regard sur ceux qui selon lui ne peuvent gouverner
ni se gouverner : les nomades, les Juifs et les Musulmans.
Au §287 on voit à la fois le pouvoir du « prince » de décider sans contrôle, et son
irresponsabilité quant à la réalisation de ses décisions (voir aussi §284). Malgré tout il reste
censément dans le cadre des lois, mais on voit ici qu’il s’agit seulement de donner une allure
rationnelle et objective de son « Esprit ». Le gouvernement, au §287, est « la réalisation et
l’application des décisions princières, d’une façon générale l’activité de mettre et de maintenir en
vigueur ce qui a déjà été décidé, les lois, institutions et organisations existantes ». Dans ce
prétendu régime « constitutionnel » c’est le prince qui décide des lois….
Et il ne le fait pas forcément selon les raisons, son pouvoir dit rationnel – puisque pour
Hegel l’Etat de la fin des temps qu’il prône est rationnel -alors que nous nous le trouvons
irrationnel – est une décision qui échappe aux raisons (§279 et 281). Bernard Bourgeois écrit (op.
cit. p.231) : « L’irresponsabilité de l’acte même de décider vient de ce qu’il est irréductible aux
raisons qui organisent son contenu. Cet acte n’a pas sa raison dans ces raisons : il est sans raison
(grundlos, comme le répète Hegel). » Bernard Bourgeois dit que sa décision met un terme utile,
pour le passage à l’action et l’effectivité, aux hésitations entre raisons « pour » et raisons
« contre ». On se souvient des ironies de Carl Schmitt sur les discussions du parlement et des
« classes discutioras » dans Théologie politique (dès 1922).
1°) L’élection et la famille
Dans la Phénoménologie de l’Esprit I B « Conscience de soi » IV « La vérité de la certitude
de soi-même » III « le Moi et le désir », en conclusion de l’introduction de cette 4
e partie Hegel
écrit : « Ce qui viendra plus tard pour la conscience, c’est l’expérience de ce qu’est l’esprit, cette
substance absolue, qui, dans la parfaite liberté et indépendance de son opposition, c’est-à-dire
des consciences de soi diverses étant pour soi, constitue leur unité : un Moi qui est un Nous, et
un Nous qui est un Moi. Dans la conscience de soi comme concept de l’esprit la conscience
atteint le moment de son tourant ; de là elle chemine hors de l’apparence colorée de l’en-decà
sensible et hors de la nuit vide de l’au-delà supra-sensible, pour entrer dans le jour spirituel de la
présence » (p154 de l’édition Aubier de 1947, p.188 du T. I très jargonneux de Folio Gallimard
1993)

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