« Ei toinun eimi ego, hopon hê prohairis »,
« Je me trouve moi-même où se trouve la décision »
Epictète, Entretiens, II, 20, 20
On a tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain. Ainsi un article récent du journal Le Monde rejette la théorie de la liberté de choix à cause de l’effort libertaire de privilégier le mauvais coix consumériste contre toute une tradition philosophique cherchant à éclairer nos décisions dans le sens du bien, et de la vertu. Cet article a pour arrière-plan des connotations politiques très inquiétantes.
En 1934 Paul Tillich s’oppose dans une lettre ouverte à Emanuel Hirsch qui avait écrit La situation spirituelle présente à la lumière de la réflexion philosophique et théologique[1]pour témoigner de son adhésion au nazisme qui venait de conquérir le pouvoir. Ce dernier trouve compréhensible la réaction nazie contre, à son avis, la raison et la liberté qui conduiraient à une perte de la foi et de l’obéissance, et il dit qu’on a besoin de retrouver un principe unificateur des individus contre les forces qui engendrent la diversité et l’opposition. « En effet, dans le mouvement de l’histoire, la raison est principe critique et, pourtant, principe de changement. Tout ce à quoi elle touche, tout ce qu’elle comprend, elle le précipite dans le tourbillon de la discussion. Avec Kierkegaard on pourrait dire que là où la raison prend les commandes la vie se transforme en un débat universel à propos de tout. » commente Jean Richard dans son introduction au livre Ecrits contre les Nazis (1932-1935)[2]. Quant à la liberté, « tout ce à quoi elle touche est déstabilisé, pour devenir simple présupposé d’un ordre nouveau »[3]. Et l’auteur de l’introduction conclut : « La philosophie idéaliste allemande a bien vu ce défaut de la culture moderne. Elle a voulu s’attaquer aux démons qui avaient envahi le monde de la raison et de la liberté », assumant l’attaque contre l’époque moderne[4]. De même, selon l’auteur de l’introduction Tillich « dénonce […] l’autonomie autosuffisante », qui « se vide de son contenu (Gehalt) spirituel »[5] et il s’agit de savoir par quoi remplacer l’époque moderne. Pour Tillich c’est une forme de « socialisme religieux », pour Hirsch c’est Hitler et le pouvoir nazi.
Hirsch identifie le « démon » au bolchevisme, synthèse pour lui du marxisme et du judaïsme et il s’attaque à l’émancipation des Juifs qu’il faut selon lui exclure de la nation allemande[6]. Hirsch met toute sa confiance dans le « tournant allemand » (Die deutsche Wende) mené par Hitler, nouvel ordre « communautaire » grâce à la docilité au « leadership personnel » dont a été gratifié Hitler[7]. Pour Hirsch, selon l’auteur de l’introduction, « toute délibération, tout examen et tout choix, toute opposition, contradiction et remise en question ne sont utiles et souhaitables qu’à l’intérieur d’un esprit communautaire et d’un ordre national lui-même déterminé par la morale et la religion, et lui-même soustrait à toute discussion comme à toute contestation »[8]. De façon un peu inquiétante, l’auteur de l’introduction termine ainsi : « Bien sûr Hirsch est nazi, mais il « mérite notre admiration […] Car voilà bien un théologien – et un grand théologien- qui a osé élaborer un discours nationaliste, qui a osé soulever la question nationale dans toutes ses dimensions »[9].
Notons que si Tillich affirme de Hirsch qu’il symbolise « tout ce à quoi je dois moi-même dire Non »[10]. Il n’a jamais cessé les contacts avec lui jusqu’à la fin de leur vie. Dans sa « Lettre ouverte à Emanuel Hirsch »[11] Tillich reproche à Hirsch d’utiliser sa théorie à lui Tillich du « kairos » pour faire l’éloge de la prise du pouvoir hitlérienne de 1933, alors que Tillich parlait de l’événement chrétien de Jésus comme « Christ ». Hirsch publie sa réaction à cette lettre ouverte dans sa « Lettre au Docteur Stapel »[12] et se concentre sur l’attaque de « l’individualisme » : « En tant que luthériens allemands, nous désavouons l’individualisme intellectuel, même sous cette forme extrêmement raffinée et pieuse [le « socialisme religieux » de Tillich], parce qu’il dissout les liens ; nous ne cesserons d’y voir un individualisme, quand bien même il aurait suscité, comme chez Tillich, le dévouement à un mouvement de masse prolétaire pénétré de marxisme. » Notre époque sous-estime très largement le lien de la propagande « anti-individualiste » obsédante avec la propagande fasciste.
Vient de paraître dans le Monde[13] un entretien avec Sophia Rosenfeld, historienne américaine qui vient de publier A History of Freedom in Modern Life (Princeton Univ. Press, 2025) (Propos recueillis par Marion Dupont le 4 février 2025 sous le titre « Notre conception moderne de la liberté est calquée sur le modèle consumériste »). Elle assimile « faire des choix » à une conception de la liberté apparue à l’époque moderne. Elle ne voit pas que dès l’Antiquité la liberté est associée par les philosophes au choix, dont il s’agit de veiller pour soi et pour les autres qu’il soit le bon choix, et le choix du bien et du bon. Cela va plus loin chez Aristote : certains esprits naïfs croient que celui qui agit mal, en rebelle qui transgresse les règles de la morale, est plus libre que l’homme de bien, l’homme honnête, assimilé par eux à un imbécile et un faible. Mais, dit Aristote, c’est le contraire. Car si au début celui qui fait le mal choisit librement de le faire, cela devient peu à peu une addiction, et bientôt il ne peut plus s’empêcher de faire le mal : il n’a plus le choix. Tandis que l’homme vertueux est assez libre, toujours, pour s’il le voulait choisir de transgresser une règle, et il ne le fait pas par choix libre (nous savons par ailleurs qu’il peut y avoir des circonstances de conflits de devoirs). Dans la Bible Pharaon commence par choisir librement de trahir sa promesse, puis il finit par ne plus avoir l’initiative, car désormais c’est « l’Eternel » qui « endurcit son cœur ».
Nous ne pouvons donc souscrire à ce passage au début de l’entretien du Monde : « Le sens naturel du mot « liberté », en particulier aux Etats-Unis, tend effectivement à la représenter comme la capacité de choisir […] contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette conception de la liberté est très contemporaine. » « Rester dans le droit chemin » ne lui paraît pas un choix, au passage !
Pour parler de l’époque moderne, à partir du 17e siècle, qu’elle décrit comme « culture mercantile dans les cités d’« Europe occidentale », elle oppose « s’approvisionner en denrées et en matériaux » avec ce qui serait censé « ne rien avoir à voir avec cela » : « comparer, étudier, réfléchir, et, souvent, sélectionner selon sa préférence personnelle ». On pourrait objecter que le consumérisme est justement de consommer sans choisir, de « s’approvisionner » aveuglément…
Elle s’attaque ensuite à la « liberté de conscience » qui aurait été favorisée par le développement du protestantisme, pour dire que c’est « la possibilité de choisir parmi une offre d’idées comme on choisit des objets ». Ce n’est pas très gentil, ni pour les protestants, ni pour la « liberté de conscience ». Cela rejoint les attaques de certains papes du 19e siècle contre « la liberté de conscience et d’opinion ». En effet choisir d’affirmer une idée n’est pas du « shopping » en réalité !
Ensuite sur cette base de mépris de la liberté de choix et de conscience, en oubliant l’effort philosophique et moral de chacun pour chercher et trouver le bon choix, elle énumère la liberté politique, assimilée à tort au seul choix des gouvernants, la liberté d’éducation (ce que notre laïcité française reconnaît aux parents par rapport à leurs enfants, à côté de l’instruction obligatoire comme obligation scolaire), et la liberté qu’elle appelle matrimoniale plutôt que sexuelle, liée au consentement à l’époque pour elle la plus récente comme liberté de choisir son conjoint et de consentir au mariage : « choix du conjoint et libre consentement au mariage ». Elle ajoute de mystérieux points de suspension…
Elle en vient à s’attaquer au moi individuel, et conteste « un individu doté d’une vie intérieure et de désirs qu’il manifeste par l’acte de choisir » en l’assimilant à l’esprit romanesque et au roman. On se retrouve avec un personnage de roman très malheureux, « Madame Bovary », et une réduction des romans d’apprentissage du 18e et du 19e siècles à « la confrontation d’un jeune individu à une série de contraintes sociales lui intimant de prendre des décisions allant à l’encontre de ses désirs profonds ». Elle fait comme si les « désirs profonds » étaient la seule idée de la liberté de Goethe ou Schiller. Au lieu de cela Goethe invite à la réflexion aigue : « Nul n’est plus esclave que celui qui se croit libre sans l’être ». Et « celui-là seul mérite la liberté et la vie, qui doit chaque jour les conquérir. » Schiller écrit : « Tremblez devant l’esclave quand il brise sa chaîne, ne tremblez point devant l’homme libre ? » Et « le premier prince fut un meurtrier, et revêtit la pourpre pour cacher sous cette couleur de sang la tache de son crime. » Il s’amuse aussi à dire : « Je m’aperçois que j’éprouve du plaisir à faire du bien à mon voisin, cela m’inquiète énormément sur ma moralité. » Ce n’est pas faux, de s’inquiéter, car choisir le bien pour la récompense seule de faire le bien n’est pas une mince affaire.
Ce qui est triste est que cette historienne veut assimiler l’histoire de l’époque moderne à la version effarante de la liberté chez un bon nombre au moins de libertariens actuels. Elle appelle consumérisme un « moi choisissant » dans un « monde comme marché » : « Même les droits humains fondamentaux s’articulent autour de l’idée que les individus ont le droit imprescriptible non pas d’accéder à certains biens nécessaires à leur survie, mais de pouvoir faire des choix pour eux-mêmes dans une multitude de domaines. » On aurait envie de lui crier la phrase biblique : « L’homme ne vit pas que de pain ! » Dans la Bible l’homme peut être rassasié s’il fait l’effort de choisir librement le bien au cours de sa vie. On ne dit pas qu’il a un « droit » aux denrées dont il pourrait avoir besoin. D’ailleurs, qu’est-ce que cela veut dire, un tel droit, pour celui qui meurt de faim de toute façon ? La plus grande liberté (« consumériste » dirait la dame) est de ne pas avoir à mendier son pain.
Elle oppose à juste raison la défense de la liberté au fascisme et au communisme, en oubliant qu’il ne s’agit pas de « conflit » seulement mais de Résistance. Mais il faut voir la fin de l’entretien.
Elle en vient à contester la possibilité de juger quelqu’un comme responsable de ses actes en trouvant que cela « peut se révéler une vision bien cruelle de la vie humaine ». Elle ose dire que l’accent mis sur la liberté « affaiblit notre capacité et notre résolution à prendre des décisions collectives dans l’intérêt général ». « Capacité » et « résolution » sont opposés au choix souverain de l’individu. La capacité n’est certes pas la même chose que la volonté et le choix de mettre en œuvre cette capacité. Quant à la « résolution » nous reviendrons sur ce mot à la fin.
Elle glisse du choix libre à l’accusation de ne suivre que son intérêt personnel. Mais étudie-t-elle l’intérêt personnel en relation avec le véritable intérêt personnel socratique de suivre la vertu et le bien dans nos choix ? Ah, mais qui se préoccupe encore de Socrate à notre époque parmi ceux qui luttent pour la liberté, dira-t-elle sans doute au nom de l’évolution historique.
Elle invoque le mot magique « Trump » pour réduire la liberté revendiquée par les humains libres et dignes à l’intention de « choisir la voiture que vous voulez » ! Elle attaque « un vocabulaire étroitement associé au combat pour le droit à l’avortement » … pour dire que c’est le discours « habile » de Trump et autres « Républicains de base » alors que leur cheval de bataille est la lutte dite « ProLife » contre le droit à l’avortement légal ! Voilà, est-elle dans le choix du bien et le bon choix en interdisant aux femmes l’avortement légal parce qu’elles parlent de liberté et de choix ?
Le mot « individualiste » apparaît évidemment au terme de ce qui se présente comme une démonstration de la destinée, disons, « démoniaque », de la liberté de choix et la liberté de conscience, conclusion parfaitement gratuite sur la revendication supposée à tort de la liberté de choix… en Chine et dans l’Etat trumpiste actuel : « Ce libertarisme individualiste » est « juxtaposé à un discours autoritaire, voire fasciste » et « la liberté, réduite à la liberté de choix, leur permet de garder un semblant d’ethos démocratique, alors que le système politique est devenu, pour l’essentiel, autoritaire. » Que veut-elle dire par « liberté réduite à la liberté de choix » ? Et puis a-t-on le choix dans un régime esclavagiste ? On s’est assez moqué dans les proverbes populaires comme celui-ci : « A quelle sauce veux-tu être mangé(e) ? ».
La liberté de choix est menacée, ainsi que la résistance aux pouvoirs autoritaires pour ne pas dire pire, qui parfois dissimulent leur conquête du pouvoir par des prétentions anti-fascistes mais en réalité dirigés contre la démocratie, et la République qui permet et promet aux individus « Liberté, Egalité, Fraternité » et… « Laïcité ».
Nous avons dit vouloir revenir sur le mot de « résolution » que Sophia Ronsenfeld oppose à la liberté de choix. Ce mot est important chez Heidegger. La résolution (« Entschlossenheit ») est une idée heideggérienne selon laquelle « le Dasein s’arrache à la « privation de choix », lui permettant d’atteindre à une transparence (« Durchsichtigkeit »). Elle est centrée sur la connaissance de soi. Il s’agit de « choisir le choix » (« Wahlen der Wahl ») centré sur un choix de soi-même, d’être soi-même. On lira avec grand profit le passionnant livre de Claude Romano Être soi-même qui se termine par un chapitre sur « l’authenticité » et la résolution chez Heidegger[14]. On voit donc que la « résolution », comme idée heideggérienne, renvoie de toute façon à un choix, mais centré sur « être soi-même » et non sur l’action libre d’engagement pour autrui et pour la vie politique altruiste. Il ne s’agit pas d’action délibérée, mais « « cela » appelle contre notre attente, voire contre notre gré » (Sein und Zeit[15]), et cette « résolution » c’est « le soi-même […] porté par l’appel à lui-même »[16]. Contrairement à l’entretien de Sophia Rosenfeld il est bien question de choix chez Heidegger, mais sans préoccupation morale (c’est une « injonction particulière dépouillée même de l’idée de culpabilité qui lui est ordinairement associée » selon Claude Romano[17]. La résolution est ici centrée sur soi-même. « Désormais, ce qui est conçu avec la résolution, c’est la vérité la plus originaire parce qu’authentique du Dasein » (Sein und Zeit[18]). Mais quelle vérité ? Chez Heidegger selon Romano « est conquise une vérité de l’existence qui déborde essentiellement toute preuve et tout témoignage extérieur et n’a même plus d’ailleurs à s’en remettre au jugement d’autrui pour sa reconnaissance. Cette vérité s’atteste elle-même dans le pur appel lancé de soi à soi, de la conscience[19]. » On en vient à la décision ainsi : « Cette certitude reste purement « décisionnelle » et ne signifie rien d’autre que l’être décidé comme tel ». Ce vide d’indétermination en matière de compétence et d’adéquation de la décision de l’individu est à rapprocher du vide de compétence du décideur chez Carl Schmitt (voir notre chapitre sur l’autorité chez Kojève et Schmitt)).
On opposera à ce narcissisme l’exigence de résolution chez Descartes dans certaiens circonstances, en cas d’urgence où l’on ne peut délibérer longtemps mais où l’on doit choisir, pour la vie, pour les autres, et ne plus hésiter ensuite jusqu’à la fin, quitte ensuite, en réfléchissant sur ce qui s’est passé, à repérer nos erreurs pour grâce à cette expérience mieux agir la prochaine fois. Contre les sceptiques, et jusque dans le doute hyperbolique, Descartes écrit dans le Discours de la Méthode, 3e partie : « Non que j’imitasse pour cela les sceptiques, qui ne doutent que pour douter, et affectent d’être toujours irrésolus. » Descartes prend pour exemple ceux qui, perdus dans la forêt, « ne doivent pas errer en tournoyant tantôt d’un côté, tantôt d’un autre [ ;;;] mais marcher toujours le plus droit qu’ils peuvent vers un même côté et ne le changer point pour de faibles raisons, encore que ce n’ait peut-être pas été au commencement que le hasard seul qui les ait déterminés à choisir[…] Et ainsi, les accidents de la vie ne souffrant souvent aucun délai, c’est une vérité très certaine que lorsqu’il n’est pas en notre pouvoir de discerner les plus vraies opinions, nous devons […] nous déterminer à quelques-unes », donc on jugera après coup, ma résolutions nous aura servi à avoir clairement en mémoire toutes les étapes de notre action, pour réfléchir une fois sortis de la situation d’urgence à ce qu’il fallait faire, afin de ne plus « nous égarer dans la forêt » et à choisir rapidement cette fois la bonne décision.
A l’inverse de la solidité altruiste de la morale « par provision » de Descartes dans la 3e partie du Discours de la Méthode, « on rapporte que les élèves de Heidegger avaient l’habitude de parodier leur maître en s’exclamant : « Nous sommes résolus, mais nous ne savons pas à quoi ! » On a souvent argué, contre Heidegger, de ce vide de la résolution qui peut admettre n’importe quel contenu ou presque […] le formalisme de la résolution induit un volontarisme extrême qui, le moment venu, pourra être enrôlé sous un nouvel étendard, celui du national-socialisme et de sa phraséologie[20]. » Nous verrons comment lire après cet éclairage de Romano, le « décisionnisme » schmittien du Traité Théologico-politique, dès sa 1e version de 1922. Sein une Zeit date de 1927. Heidegger exploitera le « décisionnisme » pour sa propagande nazie : « Nous autres, nous sommes décidés. Nous sommes résolus à prendre le chemin difficile de notre histoire, celui qui est exigé par l’honneur de la nation et la grandeur du peuple. Nous sommes décidés, et nous connaissons ce que présuppose cette résolution […]. Pour notre grand Führer Adolf Hitler un Sieg Heil allemand[21]. »
[1] Die gegenwärtige geisttige Lage im Spiegel philosophischer und theologischer Besinnung. Akademische Vorlesungen zum Verständnis des deutschen Jahre 1933, Göttingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 1934
[2] E.F. Lucien Pelletier, Le Cerf, Labor et Fides, Presses de l’Université de Laval, 1994, introduction p.LXXII.
[3] Ibid.
[4] Ibid. p. LXXIII
[5] Ibid. p. LXXIV
[6] Ibid. p. LXXIX
[7] P.LXXX
[8] Ibid. p. LXXXI
[9] P. LXXXVIII-LXXXIX. Paul Tillich lui-même n’est pas très au clair sur la question du nationalisme allemand. Dans La décision socialiste (publié en 1933 chez Protte à Potsdam), p.46-47 du livre que nous étudions des œuvres de Tillich de 1932-1935, Tillich explique, on est en 1933, qu’on peut donner « à l’antisémitisme et au romantisme politique un droit apparent à la légitime défense » car il y a « encore » chez les Juifs une « réalité nationale juive » qui peut aller avec un enracinement territorial. Il doit être « errant » semble-t-il pour Tillich, et ne pas se considérer comme chez lui quelque part, en l’occurrence en Allemagne. « Le problème juif [ !] ne peut trouver de solution que sil ‘on cautionne résolument l’attaque menée par la prophétie contre la domination du mythe originel et de la pensée liée à l’espace.[…] Une secessio judaica signifierait un retour à la barbarie et au démonisme de l’existence liée au seul espace. » Des Juifs oui mais hors sol et sans peuple sinon on peut les attaquer, voilà ce qu’il semble dire ! Ce qu’il appelle le « romantisme politique » concerne l’hitlérisme, le nazisme, comme sa forme contemporaine en 1933. De plus, dans sa « Lettre ouverte à Emanuel Hirsch », tout en rappelant « l’indignation que le silence des Eglises allemandes, par exemple au moment du boycottage des Juifs, a suscité dans le monde entier » (Ibid. p. 241), il est étonnamment complaisant pour les lois « raciales » du pouvoir nazi : « Tu approuves la législation raciale en t’appuyant sur des arguments philosophiques et théologiques ; dès lors, n’était-ce pas un devoir éthique de l’heure et une responsabilité religieuse envers notre peuple que de distinguer les lois raciales et la haine raciale, tout aussi nettement que pour notre part nous avons dissocié la haine de classe et la lutte des classes ? » (p. 241). Comme si la froideur dans l’obéissance aux « lois raciales » nazies était meilleure. Rappelons cependant que Tillich, viré de son poste en 1933, est parti alors aux Etats-Unis.
[10] « Paul Tillich an Alfred Fritz », lettre citée p. XCIII.
[11] Lettre parue dans les Theologsche Blätter en 1934. Dans le livre que nous citons elle est traduite en français pp. 215-253.
[12] Citée p. CX. Lettre parue dans Christische Freiheit und politische Bindung en 1935. Dans le livre des œuvres de Tillich que nous citons elle figure en traduction française pp.255-295. Hirsch a choisi d’adresser sa Lettre de « réponse » à Tillich au Docteur Stapel, Or Le traducteur du livre des œuvres de Tillich donne une référence à un article de Louis Dupeux « L’antisémitisme culturel de Wilhelm Stapel », in Revue d’Allemagne, Tome 21, n°4, p.610-618
[13] https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/04/sophia-rosenfeld-historienne-notre-conception-moderne-de-la-liberte-est-calquee-sur-le-modele-consumeriste_6530519_3232.html
[14] Folio Essais, Gallimard, 2019, ici p.580.
[15] Cité ibid. p.582).
[16] Sein und Zeit cité ibid.
[17] Ibid. p. 582.
[18] Cité ibid. p. 583).
[19] Ibid. p.584).
[20] Romano, op.cit. p. 586.
[21] Heidegger, « Nach der Rede des Führers am 17 mai 1933”, cite par Romano p. 591, référence p.742 note 102).
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