Un cas simple lié à la définition de la contrainte est : si on me contraint sous menace de mort je ne peux plus que choisir la mort et c’est tout, ou sinon faire ce qu’on m’ordonne et que l’on peut appeler soumission.
Un texte de Robert Nozick, « Coercion », peut nous inciter à une énumération de cas très intéressante (pp.15-44 de Socratic Puzzles, Harvard University Press, 1997).
- B peut ne pas croire que la menace de A puisse être sérieuse, ou réalisable.
- B peut faire volontiers et non par contrainte ce que A veut le contraindre à faire par une menace.
- B peut se tromper sur ce qu’a dit A et qui n’était pas en réalité une menace.
- B peut déduire d’un acte de A une menace pour l’avenir. Par exemple A le bat, et B peut croire qu’il le rebattra s’il ne fait pas telle chose.
- Parfois on croit être contraint à un comportement Q parce qu’on est contraint à un comportement P, à tort.
- Un avertissement n’est pas une menace. Par exemple « Cette drogue est très dangereuse ».
- Faire désirer quelque chose n’est pas une contrainte (par exemple la pub).
- Quelqu’un d’addict peut être menacé simplement en lui promettant de le priver de se drogue (qui pourtant lui nuit et nuit à sa liberté) si…
- Donc on peut construire des moyens de contrainte en faisant désirer par B quelque chose comme de la drogue SANS l’avertir du danger, notamment d’addiction.
- OFFRIR à quelqu’un de NE PAS le dénoncer à la police SI il donne de l’argent est une menace.
- Réduire les choix possibles quand on « laisse » choisir est une contrainte. « A quelle sauce veux-tu être mangé ? » « Préfères-tu être cuit ou bouilli ? » La contrainte peut tourner à la perversion de « forcer » à CHOISIR qui ne veut pas CHOISIR entre les deux.
- La contrainte non verbale peut consister à rendre l’autre INCAPABLE de choisir un certain acte ou de se soustraire à une certaine situation. Le « verbal » peut être utilisé, comme moyen, en manipulant psychologiquement B jusqu’à le paralyser, ou en lui présentant une vision fausse, délirante, de la situation (par exemple : « Ce Juif est un reptile extra-terrestre très dangereux en réalité », et B pense être un héros s’il le tue).
Nozick propose de se soustraire, au maximum, des situations d’offre ou de menace (p.43).
Ajoutons que la VERITE révélée à B peut permettre si c’est fait à temps de lui faire éviter 9 et 12.
Et puis le judaïsme nous donne comme règle de lutter pour éviter la mort SAUF dans 3 cas : (1) Si quelqu’un nous menace de nous tuer si nous ne tuons pas X, (2) si quelqu’un veut nous contraindre à un inceste, et (3) si quelqu’un veut nous contraindre à un comportement idolâtre. Seul le dernier point, (3), a fait dans l’histoire juive l’objet d’une réparation possible à cause des conversions forcées initiées par des musulmans et des chrétiens contre des Juifs. Certains interprètent ainsi la valeur symbolique nouvelle du Kol Nidrei du soir de Yom Kippour comme permettant l’accueil de ceux qui font retour au judaïsme.
Il faudrait reprendre l’opposition liberté positive/négative du texte de Dworkin dans Justice pour les hérissons (E.F. John E. Jackson, Labor et Fides, 2011) : il voit dans la « liberté positive » un moyen possible de contraindre B en prétendant que tel acte est « la volonté du peuple », donc de B.
Ainsi, une « contrainte » peut ne pas entraver la liberté tandis qu’une « liberté positive » peut contraindre l’individu.
Laisser un commentaire