Ce livre qui paraît aujourd’hui chez L’Harmattan, “Lui et nous”- l’atomisation du concept d’individu,  n’est pas qu’un deuxième tome mais fait suite à Politique de l’individu-citoyen, écrit en 2022 et paru à la date fatidique du 24 février 2022, trop tard en un sens, qui a pour titre complet Politique de l’individu-citoyen- Contre la pénétration des théories fascistes (1922-2022). Il faut réagir : tout discours sur l’humanité d’aujourd’hui fait intervenir à un moment pour justifier sa valeur une attaque contre “l’individualisme”. Derrière ce mot qui évoque pour beaucoup un vague “chacun pour soi” se cache une offensive fasciste contre tout ce qui est droits de l’homme, consentement individuel, ambition individuelle, relations “horizontales” entre individus et démocratie du droit de vote et de la liberté.
Tout d’abord, avant tout autre positionnement politique différenciant par exemple droite et gauche, il faut nous mettre en garde contre l’antagonisme fondamental, premier, de notre époque : le totalitarisme comme opposé à ce qu’on appelle l’individualisme se présente comme le remède à ce “fléau” prétendu qui serait source de désordre et d’instabilité. Ce fléau de l’originalité irremplaçable de chaque individu humain. Alors qu’il s’agit bien entendu de mettre en place partout le fascisme et le nazisme et la persécution.
Ensuite, depuis Socrate et son fameux “Gnothi séauton”, “Connais-toi toi-même”, la connaissance de soi, avant d’être la condition du bonheur éventuellement, est d’abord un devoir pour l’individu : il faut savoir ce qui est toxique pour nous, pour notre corps vivant (ce n’est pas le groupe qui est un vivant), et donc aussi pour notre prochain, ou notre lointain, et il s’agit de savoir se maîtriser, de savoir ce que nous voulons, pour nous et pour la planète.
Ce qui est attaqué, derrière le mot jamais défini sérieusement, un de ces mots “envoûtants” dirait le philosophe Wittgenstein, ce sont les Droits de l’Homme, la liberté de jugement, la possibilité même du citoyen, pour mettre ne place avec la naïveté de ceux qui colportent le message “secret”, une tyrannie esclavagiste réduisant les individus à de simples sujets, à de simples esclaves formatés, à qui on opposera sans cesse le “collectif” à la moindre incartade.
Les attaques se concentrent sur l’exercice du vote, en particulier sous la forme du suffrage universel avec isoloir et bulletin secret. On entend: “A quoi bon voter”, “Pourquoi se soumettre aux lois votées alors que Dieu existe, et “les sondages disent que…”.
Les sondages, au passage, à force de parler d’”échantillons représentatifs”, finissent par substituer ce prétendu “représentatif” de sociétés privées au véritable citoyen vivant et aux représentants vivants qu’il pourrait se choisir.
Enfin, le judiciaire est attaqué par le recours au lynchage, au “On te croit”, un “Nous » qui désigne un “lui” ou un “elle” à la vindicte de la foule, une foule excitée parfois de plus en plus par des “bots”, sur les réseaux sociaux, pour museler la parole individuelle, singulière, et les aventures les plus intimes entre individus.
Mon livre qui sort aujourd’hui, le 30 octobre 2025, après Politique de l’individu-citoyen (car il ne faut pas chercher un citoyen dépourvu de caractéristiques individuelles comme seul sujet politique), s’attache à démonter en particulier les courants hégéliens et le discours collectivistes, qui ont en particulier détruit ce qu’on appelait la gauche, miné la culture du droit constitutionnel, en particulier en France, et renforcé l’extrême-droite y compris dans l’esprit de gens qui se croyaient ou se croient de gauche. Le déni est effarant concernant des auteurs comme Schmitt et Kojève, notamment, quant à leur activisme politique. Les normaliens dans ma jeunesse étaient sommés de choisir entre un althussérisme et un heideggerianisme également ennemis de la démocratie. On a détruit ainsi la production intellectuelle en France, de disciples en disciples de disciples : on a présenté comme ennemis du sens, et de l’Etat, les mots de Descartes, le plus grand philosophe français et l’artisan des Lumières dès le 17e siècle, sur l’individu pensant par lui-même : ““Je suis, j’existe”, et cette phrase est vraie toutes les fois que je la prononce”, de façon à écraser toute résistance individuelle aux idées “à la mode en science cognitive” par exemple, ou prétendues telles.
Comme si ce “il”, cette “elle”, ou ce “iel”, était l’ennemi du “nous”, comme si l’individualiste ne pouvait pas être le seul véritable altruisme, lui qui accorde de l’importance à la singularité humaine et au projet individuel de chacun, et pour qui l’autre est pensé soit comme un “alter ego”, soit comme un étranger , comme dans la Bible qui répète sans cesse: « Tu aimeras l’étranger comme toi-même, tu te souviendras que tu as été toi-même étranger, Je suis l’Eternel », ou enfin comme dans nos textes républicains: “NUL ne peut être inquiété pour ses opinions mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi”, article 10 de la Déclaration des Droit de l’Homme et du Citoyen de 1789. Derrière ce mot initial, “NUL”, il y a l’idée de la personne individuelle à respecter, par tous les “nous”.
Or tous les documents critiqués dans ce livre, et dans le précédent, montrent la convergence de luttes acharnées pour étouffer la liberté de pensée, et d’opinion, et d’action, individuelles.


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