Première impression :
L’ajout d’un adjectif à « justice » est illégitime et peut-être destiné à mettre de la confusion de telle sorte que l’injustice prospère
Par exemple l’injustice ce peut être retirer de quelqu’un son dû. Par exemple refuser l’originalité et la différence et ce que cette créativité personnelle permet comme production de richesse ou comme honneurs.
Il pourrait y avoir dans l’intrduction récente de cette expression « justice sociale » de la démagogie par rapport au « sentiment d’injustice » qui serait une simple envie de ce qu’a ou de ce qu’est l’autre.
Par exemple Nancy Fraser dit que la justice c’est que ce que je veux, je l’aie.
On reviendra plus loin sur cette question de la détermination du droit d’une société par ce que veulent réellement les citoyens, à condition qu’on se donne les moyens de les écouter.
Mais pour le moment il faut reconnaître que si chacun est mis en droit d’obtenir ce qu’il veut comme s’il avait droit à tout, cela ne favorise pas la paix, mais la sauvagerie de la guerre de tous contre tous. Le philosophe Hobbes disait qu’à l’état de nature chacun a droit à tout. Il faut renoncer à cela et selon lui la solution c’est qu’un seul, un souverain, à droit tout seul à tout et le répartira par décret. Y a-t-il d’autres solutions pour avoir la paix ?
2e impression
Cette 2e impression est liée à des lectures sur le désir de reconnaissance.
Certains ne veulent pas qu’on leur octroie un statut. Ils ne veulent pas par exemple être libérés, ils veulent se libérer tout seuls par la violence.
Aujourd’hui ceux qui revendiquent la « justice sociale » expliquent que ce qu’ils veulent c’est avoir le droit de revendiquer, avoir la fierté de parler est plus important que la justice égalitaire des biens. Ils veulent avant toute répartition des richesses avoir tous le droit d’être présents aux assemblées délibératives concernat le droit et la justice.
Le risque est que cette justice dite « sociale » oppose à la justice du don la justice de la prédation.
Un jour le philosophe Kojève qui fut très important dans les débuts de l’union européenne qui ne s’appelait pas encore ainsi faisait une conférence qui parlait d’un « bon » colonialisme qui serait un colonialisme du don, qui ferait des producteurs des colonies des consommateurs occasionnels de ce qu’ils produisaient pour leur colonisateur. Le philosophe Heidegger qui l’avait invité, pour une fois inspiré d’une idée généreuse, dit contre sa conférence que ce qu’on donne a toujours été pris à quelqu’un. Qui peut prétendre vraiment être remercié pour avoir donné alors ? Donner suffit-il à faire la paix ?
3e impression
Contre ce qui vient d’être dit je propose que pour arriver à une société généreuse on reconnaisse la propriété dite « privée », la propriété individuelle, qui permet d’inventer le geste de donner. C’est l’expérience que j’ai eue en travaillant auprès d’instituteurs de classes d’enfants de deux ans en maternelle. Ils ont du mal, ces enfants, avec « Ceci est à moi » ou « ceci est-il à toi ? ».et ensuite ils découvrent (1) qu’ils peuvent dire « non » à quelqu’un qui leur demande quelque chose qui est à eux, et (2) qu’ils ont du plaisir à donner et à recevoir. La propriété individuelle reconnue et sécurisée est un instrument de la paix.
Comment penser positivement l’usage de l’expression « justice sociale » de façon à favoriser et la justice, et la paix ?
Il faut sortir dit-on de la théorie de l’Etat-providence, mais comment, pour quel progrès ? Ce que défendent les penseurs qui essaient de dire en quoi l’expression « justice sociale » apporte quelque chose à l’idée habituelle de justice, c’est que les citoyens ne veulent pas seulement être des bénéficiaires des institutions justes, mais aussi ils veulent être les auteurs et les acteurs démocratiques de l’avènement de ces institutions et les contrôleurs de leur application.
Le problème est que les acteurs de l’ONU notamment insistent sur la divergence des désirs des Etas et des individus comme à respecter au nom du respect de la différence, et du respect de l’autonomie des Etats. Cela affaiblit l’universalité de normes de droit international destinées à éviter que localement des lois oppressives de minorités soient votées, par exemple la mise en esclavage de certains, pour satisfaire les revendications des autres. On peut même avoir des Etas mis au service d’un groupe de mentalité tribale qui estime qu’on lui doit des ressources pour obtenir ce qu’il veut et que cela est juste. Par exemple certains pays devraient payer d’autres pays pour se faire pardonner un passé où ils auraient satisfait leurs désirs aux dépens d’autres pays, qui parfois d’ailleurs n’existaient pas encore.
J’ai un problème aussi avec la revendication de certaines personnes d’avoir tous les droits sur la façon dont ils doivent être nommés et jugés. Il se peut qu’il faille une certaine stabilité du nom pour désigner un citoyen et pouvoir le faire participer par exemple à un vote ou à une élection. Il se peut que j’aie besoin de me faire ma propre idée de quelqu’un pour me comporter de la façon qui me convient par rapport à lui. Il se peut que j’aie des doutes sur ce qu’il ou elle me raconte sur lui, son histoire, et ce qu’il serait censé pouvoir revendiquer légitimement. Je n’ai pas à être tyrannisé ou tyrannisée par le désir des autres au nom du respect des autres et de leur parole. Je n’ai pas à dire « Je te crois » à n’importe quelle accusation portée par quelqu’un que souvent je ne connais même pas.
Bref quand on s’intéresse au sort de tous on comprend qu’il est nécessaire pour la paix de renoncer à un « respect » délirant de l’image voulue par chacun de lui-même et de ses besoins. Ce n’est pas « invisibiliser » les gens que de ne pas croire aux images qu’ils produisent et à partir desquelles ils exigent reconnaissance. En un sens la paix collective exige de réduire chaque être humain à une identité d’être humain et rien que cela. Les Droits de l’homme sont bâtis sur cela. Et ce fut une aberration d’ailleurs Après 1789 de ne pas reconnaître aux femmes la jouissance de ces droits.
Il faut être vigilant car l’expression « justice sociale », par la confusion de son usage et l’inutilité du rajout « sociale » à « justice », peut être utilisée pour masquer une injustice réelle ou planifiée.
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