Dans la haphtara de cette semaine, où l’on étudie la Paracha Chemini, certains ou certaines semblent avoir cru que les Rabbins donnaient raison à Mikhal contre David. Il m’apparaît aberrant de penser cela. David a vu Ousée mourir pour avoir eu une initiative concernant l’Arche qui glissait d’un chariot. Certes, il avait une bonne intention. Mais apparemment n’importe qui ne peut pas toucher l’Arche n’importe quand. Le sacré c’est dangereux et ce n’est pas ramenable si facilement à une faute morale et une punition.
Donc David avait pris peur et avait envoyé l’arche chez un … Edomite. Or ce non-juif avait vu sa maison prospérer. David se dit alors que peut-être pour les Juifs aussi la présence de l’Arche pouvait être un bien et pas une catastrophe.
Mais comment faire pour être assez respectueux et ne pas subir ce qui était arrivé à Ousée?
La procession est très lente, avec des sacrifices à chaque pas et David danse tout le long du chemin. Tout se passe bien. Mais quand il rentre chez lui sa femme Mikhal lui fait une scène. Elle lui dit qu’elle se sent humiliée parce que son mari le roi s’est comporté comme le « vulgum pecus », le vulgaire.
Si on regarde le texte de près en hébreu, on voit qu’elle dit que David s’est « révélé » face aux derniers des esclaves et des servantes comme un homme vulgaire se « découvre ».
Le verbe en hébreu est « nigla » à la forme du niphal et il a deux sens, « se découvrir » et « se révéler ». Ce verbe fait penser a la « gueoula », la révélation. David a révélé devant tout le monde son immense mysticisme au lieu de garder l’attitude un peu guindée, un peu protocolaire, qu’on imagine pour un roi ou un chef d’Etat en fonction.
David répond à Mikhal qu’il est bien le roi, nommé par l’Eternel à la place de son père à elle Saül, pour régner sur le peuple de l’Eternel (sous-entendu les esclaves et les servantes sont tout autant le peuple de l’Eternel que les fils et filles de roi). Et il revendique de s’abaisser même s’il le faut à ses propres yeux, en dansant devant l’Eternel, en « perdant du poids » (« qavod » désigne à la fois l’honneur et la lourdeur, « qal » définit le léger et parfois un manque de sérieux). Mais il dit : Je sais que parmi les servantes dont tu parles je serai honoré ( j’aurai le « qavod »).
Et c’en est fini des relations aimantes du couple car la Bible dit que Mikhal n’eut pas d’enfant jusqu’à sa mort.
Le mysticisme n’est pas toujours bien vu comme on le voit. Danser non plus d’ailleurs. Le jeu de mots que fait Mikhal est indigne en ce qu’elle met de l’obscénité où il y a une danse de prière et de conjuration d’un feu dévastateur pour tout le monde.
Certains disent à tort que Mikhal a raison de trouver David ridicule dans cet épisode et donnent pour argument qu’elle aurait été autorisée par les sages du Talmud (! Petit problème de chronologie) à porter les tefilines tous les jours parce qu’elle était d’une grande sagesse reconnue. Mais à mon avis il ne s’agit pas d’elle dans le Talmud ( surtout que les tefilines sont une prescription rabbinique, quelque peu postérieure au règne du roi David). Il est bien question d’une Mikhal dans une page du Talmud ( Erouvim 96A) mais comment serait-ce la fille de Saül? En effet elle est dite fille de Qouchi, donc soit d’un homme nommé Qouchi, soit d’un Qouchite, un Éthiopien. Alors que Mikhal est fille de Saül lui-même fils de Qich – pas de Qouchi ou d’un Qouchite.
Concluons quand même que pour les rabbins il est permis à une femme de mettre les tefilines mais ce n’est pas une obligation. Dans le passage cité (Erouvim 96A cette femme appelée Mikhal portait les tefilines tous les jours, et on explique que c’est parce que les sages avaient trouvé qu’elle était d’une grande sagesse qu’ils en ont accepté l’idée. La fille de Saül elle ne saurait être honorée de la même manière au vu de cet épisode de Samuel 1, 20-23.
(En Samuel 2, 18-21, il est question dun Qouchi comme messager chargé d’annoncer une nouvelle au roi David).
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