Chez les Romains de l’Antiquité le désir est conçu comme un deuil, dans le fond : le « desiderium » est manque nostalgique, chez Virgile par exemple. Il est tourné vers le passé. C’est dans une culture marquée par une telle conception « passéiste » du désir que Freud décrypte le malaise de ses patients comme malaise du désir, le désir étant tourné vers le premier amour (le sein maternel) irrémédiablement perdu. Alors que le désir hébraïque, talmudique, juif, est tourné vers l’avenir, vers une rencontre toujours encore à venir même si elle a déjà eu lieu, rencontre par exemple avec l’Eternel, encore à venir et à advenir, et vocation à l’attente de l’enfant, à l’attente aussi de ce que sera sa vie d’adulte, etc. L’enfant qui paraît incarne naturellement la symbolique du désir de ses parents, quand ce désir a été pris dans une histoire et un engagement durables : pur désir et paroles de bénédiction pour la joie et la vie présentes et en même temps encore à venir : le désir qui n’est pas conçu comme un manque est aussi un désir qui se donne toujours un temps encore à venir, et ne se désole pas d’un achèvement ou d’un inachèvement qui ne sont que pauses provisoires. Et de même l’enfant est à la fois merveilleux tout de suite et en même temps il est celui dont on attend toutes les surprises, il est la surprise incarnée, à l’image de cette union sexuelle merveilleuse et surprenante qui fut celle de ses parents, intervenue chaque mois … au bon moment. (Extrait de Penser l’inaccompli, de Sylvie Coirault-Neuburger, L’Harmattan 2004, p.45)
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