L'allégorie de la Caverne de Platon et l'ascension vers la lumièreMidrash Bereshit Raba 27,4 

Traduction du début du paragraphe : « « Et l’Eternel eut compassion [vaynahem] de ce qu’il avait fait l’homme dans la terre » (Genèse 6,6)« Rabbi Yehouda et Rabbi NehemiaRabbi Yehouda dit : « Je [Moi l’Eternel] me suis repenti de l’avoir créé à partir de l’en-bas car si Je l’avais créé à partir de l’en-haut il n’aurait pas été en révolte contre moi. » Rabbi Nehemia dit : « Je [Moi l’Eternel] me fais grâce de toute culpabilité [mitnahem] de ce que j’ai créé à partir de l’en-bas car si je l’avais créé à partir de l’en-haut, comme là-bas il a fait se révolter contre Moi les inférieurs, de la même façon il aurait fait se révolter contre Moi les supérieurs.Rabbi Aiba dit : « Je [Moi l’Eternel] me suis repenti d’avoir créé en lui la mauvaise tendance, car si je n’avais pas créé en lui la mauvaise tendance, il n’aurait pas été en révolte contre Moi. »Rabbi Lévi dit : « Je [Moi l’Eternel] me fais grâce de toute culpabilité de ce que je l’aie fait dans la terre, et qu’il ait été placé dans la terre. » »_______________________________________ 

Commentaire personnel : Le verset de la Bible est assez mystérieux, car il est de la racine de « rahamim », la compassion, la miséricorde. On se demande pour qui l’Eternel a de la compassion. Il semble que ce soit pour lui. Mais ce pourrait être aussi pour l’homme, car ce n’est pas si agréable d’être en révolte : on le voit chez Adam, chez Caïn. Il semble que l’Eternel serait tenté de s’accuser lui-même, après avoir créé l’homme, mais qu’aussitôt l’accusation est comme recouverte par la compassion et la miséricorde.        Dans le commentaire midrashique, on voit que les rabbins ont deux interprétations différentes du même verbe biblique : soit : « il s’est repenti », soit au hitpael (forme verbale créant un sens passif ou réfléchi) « mitnahem » : « il s’est fait grâce [de toute culpabilité] » (dans le verset biblique la forme « hinahem » est un paal, un actif).Peut-être aurait-il fallu que l’homme soit d’une autre substance, suggère l’un. Et alors l’Eternel regrette selon ce rabbin d’avoir fait l’homme à partir de la terre.Mais un autre dit que cela valait mieux ainsi et que l’Eternel se console en se disant : si je l’avais créé à partir du ciel il aurait mis la pagaille dans le ciel tandis que là il ne la met que sur terre, ce qui est moins grave car c’est dans les « couches » inférieures de l’être seulement. Cela veut dire sans doute que pour ces rabbins la solidité, les fondements  de l’édifice de l’être sont plutôt à partir du ciel qu’à partir de la terre.Un rabbin pose une question beaucoup plus grave, dans la tradition de la théodicée : et si l’Eternel était en train de se sentir coupable d’avoir créé le penchant au mal chez l’homme ? Cela n’entraîne-t-il pas que l’Eternel va se sentir coupable de tous les actes mauvais de l’homme ? En effet le rabbin dit : sans ce penchant au mal l’homme ne se serait pas révolté. L’Eternel est-il responsable du mal dans le monde humain ? Ce n’est pas la conclusion finale.La réponse finale de Rabbi Lévi est que l’homme a été fait pour la terre où il est, parce qu’il a été fait de cette terre-là. On peut en conclure que l’Eternel n’a pas créé le penchant au mal mais que ce penchant est venu du fait que l’homme vient de la terre, que sa substance vient de la terre. Ce n’est pas un défaut puisque son lieu de vie est la terre. Et ce qui aurait été grave effectivement c’aurait été qu’ayant été créé de la terre, donc avec une mauvaise tendance, il aurait été placé dans le ciel, où sa mauvaise tendance aurait soulevé la révolte des « supérieurs ».Ajoutons que quelque part les Sages disent que ladite « mauvaise tendance » (yetzer hara) est très utile comme moteur de l’action, et notamment de l’amour, et de la reproduction sexuelle, sans laquelle la vie s’arrêterait. On pourrait dire que la mauvaise tendance naît de la vie et en fait partie comme les tremblements de terre et les volcans naissent de la dérive des continents et de la chaleur interne de la Terre nécessaire à la vie sur Terre.Donc on comprend le verbe biblique aussi comme une compassion pour l’homme qui ne pouvait être que comme il est, susceptible de révolte, fait de terre et vivant sur la terre. Cependant la suite du texte biblique montre que l’homme peut aussi parfois entreprendre, non pas seulement une mauvaise ascension de révolte comme la Tour de Babel, mais aussi une bonne et noble ascension comme les plus justes des hommes, les « tzadiqim ».

2 réponses

  1. Avatar de Talia
    Talia

    Pouvez vous me dire d’où vous obtenez vos sources pour le commentaire?Je voudrais publier votre article dans un petit journal d’école…
    Merci d’avance.

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  2. Avatar de coirault-neuburger

    Dans le commentaire que j’ai fait ci-dessus dans l’article « Fallait-il créer l’homme? », toutes les sources sont dans le texte de Midrash, Berechit Raba 27,4. Je n’ai donné que le début de ce passage en traduction. En fait d’ordinaire les Juifs parlent surtout d’un passage du Talmud, Traité Erouvin, 13b: « Pendant deux ans et demi les Ecoles de Beith Chamai et de Beith Hillel ont mené une controverse: Les uns disaient : Il eût mieux valu que l’homme ne soit pas créé plutôt qu’il soit créé. Les autres disaient: Il est mieux que l’homme ait été créé plutôt qu’il ne l’ait pas été . Finalement ils se mirent d’accord pour dire: Il eût mieux valu à l’homme de ne pas être créé que d’être créé, mais maintenant qu’il a été créé, qu’il examine ses actes. D’autres disent: qu’il explore ses actes. » Les commentateurs de ce passage du Talmud disent que cependant la phrase finale commune est interprétée différemment dans les deux écoles: pour Beith Chammai maintenant que l’homme est là il faut qu’il se limite pour limiter la casse (et être le moins mauvais possible). Pour Beith Hillel, maintenant que l’homme est là un défi extraordinaire s’offre à lui, il faut qu’il explore du nouveau (pour devenir excellent).
    Le Midrach par rapport à ce débat apporte un éclairage très intéressant qui ne voit pas de défaut chez le créateur, mais demande une prise en compte de ce que cela veut dire, être fait à partir de la terre (Adam vient de « l’adama », la terre, la matière)

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