Qu’en est-il de la pauvreté en France ? Voilà quelques données tirées du rapport de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (2007-2008) :
Il n’y a pas plus de pauvres en France, mais la pauvreté de ceux qui sont pauvres s’intensifie, ils sont de plus en plus pauvres.
Sont particulièrement touchées les personnes isolées, notamment parmi les jeunes, les familles monoparentales et les personnes âgées. « Les personnes isolées (célibataires, veufs, parents isolés) se singularisent par un taux de pauvreté monétaire élevé et relativement stable depuis dix ans, aux environs de 15%. En particulier, les personnes seules entre 30 et 59 ans étaient, en 2002, 2,1 fois plus exposées au risque de pauvreté que l’ensemble de la population, alors que ce rapport était seulement de 1,4 en 1996. Ce constat vaut aussi pour les personnes seules âgées de plus de 60 ans (taux de pauvreté supérieur de 40 % à la moyenne de la population) et pour les moins de 30 ans (taux supérieur de 70 % à la moyenne). » (p. 71). «En août 2007, le taux de chômage des jeunes actifs de moins de 25 ans était de 21%. Or, les jeunes chômeurs et inactifs ont un taux de pauvreté 3,8 fois plus élevé que ceux occupant un emploi permanent. Leurs difficultés financières sont accrues par le fait que à l’exception de ceux justifiant de charges de famille, ils ne peuvent prétendre au bénéfice du RMI. » (p.72) «Les familles monoparentales sont les catégories de familles les plus exposées à la pauvreté monétaire. Près d’une personne sur quatre vivant au sein d’une famille monoparentale est confrontée à la pauvreté monétaire, soit un taux deux fois plus important que dans l’ensemble de la population. Ce taux est stable sur la dernière décennie. Ces familles ne représentent que 7% des ménages, mais constituent 20% des ménages pauvres au sens monétaire. La part de ces familles dans la population a doublé entre 1982 et 1999. Avec une grande majorité de femmes parmi les chefs de familles monoparentales, la part croissante de ces familles dans la population contribue à expliquer l’augmentation de la proportion de femmes dans l’ensemble de la population pauvre. » (p.73). Pour ce qui est des personnes âgées, globalement en France elles sont moins pauvres qu’avant, souvent celles qui sont assez pauvres ont cependant un logement dont elles sont propriétaires. Mais l’inégalité de revenus entre les personnes âgés se creuse. Et l’on voit apparaître de nouvelles formes de pauvreté parmi les personnes âgées. « En effet, à côté de la pauvreté des femmes âgées et isolées, de nouveaux foyers de pauvreté semblent aujourd’hui se développer. Parmi ces «nouveaux visages de la pauvreté» figurent notamment les personnes sans domicile fixe vieillissantes et les immigrés âgés en foyer. Comme l’a montré l’étude menée par des associations en 2006 sur les personnes âgées, le vieillissement isole et ce processus est amplifié par d’éventuelles difficultés financières. » (p.77)
La pauvreté est inégalement répartie géographiquement : il y a « des territoires particulièrement défavorisés dans le nord et l’est, sur le pourtour méditerranéen et dans les départements d’outre-mer. Cette approche territoriale est complétée par l’analyse de la situation des zones urbaines sensibles (ZUS), qui s’appuie sur les travaux produits par l’Observatoire des ZUS. La pauvreté dans ces zones tend à augmenter, même si les moyennes masquent des évolutions très différenciées selon les territoires. » (p. 14).
« Dans un contexte où la baisse du nombre de demandeurs d’emploi enregistrés à l’ANPE s’accompagne d’un développement de l’emploi précaire, l’emploi joue un rôle déterminant dans l’entrée ou la sortie de la pauvreté. L’emploi à temps plein continue à protéger de la pauvreté. Le taux de pauvreté des actifs en emploi est très inférieur à celui des inactifs, sauf en ce qui concerne les retraités. Toutefois, l’analyse de la situation des travailleurs pauvres montre que 1,7 million de personnes, soit 7% des travailleurs, occupent un emploi mais sont malgré tout dans un ménage dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté. » (p.15)
Sur le plan du droit, les avancées apparentes du corpus juridique ne doivent pas nous leurrer, « À l’heure actuelle, nombre de droits fondamentaux proclamés par des instruments juridiques nationaux ou internationaux ne sont pas encore réellement accessibles aux personnes pauvres. » (p.16)
Pour ce qui est de l’étude des phénomènes d’exclusion liés à la grande pauvreté, voici un tableau qui montre l’augmentation constante de cette exclusion :
Minima sociaux(de 1996 à 2006)
Évolution du nombre d’allocataires de minima sociaux d’âge actif (RMI, AAH, API, ASS +AER à partir de 2002)
+5,2 +1,9 +2,6 +1,8 -3,4 -1,6 +0,7 +3,2 +4,9 +4,6 +0,5
Persistance des allocataires dans le RMI (supérieure à trois ans) :
37,5 39,4 40,7 43,2 47,2 48,9 48,7 47,0 44,9 44,5 46,1
Non-accès aux droits fondamentaux
Taux de renoncement aux soins pour raisons financières
(1996)17,0 (1997)14,0 (1998)14,0 (2000)15,7 (2002)11,2 (2004)13,0
Taux de sortants du système scolaire à faible niveau d’études
15,2 14,1 14,9 14,7 13,3 13,5 13,4 12,7 13,4 12,6 13,1
Taux de demandeurs d’emploi non indemnisés (RAC et ASS)
44,7 46,4 46,24 46,2 44,3 39,9 36,5 36,1 37,7 40,5 40,3
Part des demandes de logement social non satisfaites après un an
(1996)35,3 (2002) 33,6 (2006) 45,8
Une loi nouvelle a été votée, la loi Dalo sur le droit au logement opposable, le 5 mars 2007. Elle affirme la responsabilité de l’État et des collectivités locales pour garantir le droit au logement. Le rapport fait remarquer que ce droit supposerait une politique du logement et de la construction adaptée. Par exemple, « le droit au logement opposable, s’il aboutissait à concentrer les personnes faisant valoir leur droit au logement sur les seules zones où existe déjà une forte présence de logements sociaux anciens et donc à loyer abordable. On accentuerait ainsi davantage la distinction entre un « parc pour les pauvres » et un secteur «normal» pour les autres ménages. Si la contrainte sur l’offre n’est pas desserrée, la loi Dalo pourrait pousser à satisfaire les besoins en logements des plus pauvres au détriment de personnes un peu moins pauvres. » (p. 187)
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