Voici une version ashkenaze, celle de Salomon Rossi, chantée par Bernard Wolf à Strasbourg
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Seigneur de l’éternité qui régna [i]
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Avant que tout existant fût créé
- A l’époque où tout fut créé selon Son désir[ii]
- Alors « roi » fut son nom proclamé
- Et après que la totalité se sera accomplie[iii]
- Il sera seul à régner en étant respecté[iv]
- Et il fut et Il est
- Et il sera pour sa gloire[v]
- Et il est un et il n’y en a pas d’autre
- Pour être son modèle ou lui être associé[vi]
- Sans commencement, sans fin
- Et à lui la force et la principauté[vii]
- Et il est mon Dieu et mon sauveur vivant[viii]
- Et le rocher de ma douleur d’enfantement à l’heure de la souffrance hostile[ix]
- Et il est mon étendard et un refuge pour moi
- Celui qui prendra soin de ma coupe le jour où je l’appellerai[x]
- Dans Sa main je confierai mon souffle pour qu’il le répare[xi]
- A l’heure où je dormirai et à l’heure où je veillerai
- Et avec mon souffle je confierai mon corps[xii]
- J’ai l’Eternel et je ne craindrai pas[xiii]
Transcription du texte hébreu :
- Adon olam acher malkh
- Beterem kol yitzir nivra
- let naasa b’hephtzo kol
- azai melekh chmo nikra
- vea’hare kikhlot hakol
- levado imlokh nora
- vehou haya vehou hové
- vehou yihiè betiphara
- vehou e’had veein cheni
- lehamchil lo lha’hbira
- beli rechit beli ta’hlit
- velo haoz vehamisra
- vehou eli ve’hai goali
- vetzour ‘hevli beèt tzara
- vehou nisi oumanos li
- menat kosi beyom ékra
- beyado aphkid rou’hi
- beèt ichan veaira
- veim rou’hi geviati
- Adonai li velo ira.
[i] La royauté de l’Eternel ne dépend pas de sa désignation par son peuple, elle la précède.
[ii] La création du monde est un désir (‘hephetz) de l’Eternel.
[iii] Le monde aura une fin en termes d’accomplissement (racine « kol », idée de totalisation), plutôt que de mort ou de disparition : ce sera le moment selon ce chant où l’Eternel sera reconnu de tous et règnera dans l’esprit de tous et pour cela il faut bien que quelque chose et quelqu’un soit là pour l’honorer ainsi.
[iv] Après cette fin de l’histoire l’Eternel règnera toujours, mais son règne aura gagné en reconnaissance par les créatures, et en respectabilité (il règnera en « étant craint » : « nora », participe au niphal).
[v] L’Eternel n’est pas seulement éternel, il n’est pas hors du temps, mais son être est à la fois passé, présent et futur. Cette présence au sein du devenir est non pas une forme de dégradation, de diminution, mais au contraire c’est la gloire (tiphara) de l’Eternel de « descendre » ainsi dans l’histoire et le devenir : beauté de l’Eternel.
[vi] L’Eternel est une seule personne, pour un Juif, et il n’est pas « fait » selon une idée. On ne peut pas dire comme certtaines traduction du mot « machal » pourraient y pousser, que le texte nous dit : « Personne ne ressemble à l’Eternel », puisque l’homme est dit dans la Bible et ailleurs fait à l’image et à la ressemblance de l’Eternel. Ce qui est dit ici c’est que l’Eternel est l’original absolu, et non la copie d’un modèle, idée ou personne, et que son unité est complète, il n’a pas besoin d’un « second » qui serait son complémentaire.
[vii] « Principauté » : pensez au mot « sar », et au prénom « Sarah » qui veut dire « princesse ». L’idée de « prince va avec l’idée de « principe » selon l’étymologie la tine. L’Eternel est défini aussi comme la source de toute origine et de toute force, sans être lui-même avec un début ou une fin.
[viii] Il est intéressant de dire que le sauveur est vivant, par opposition notamment au christianisme parlant d’un sauveur ayant connu la mort. Le mot « goel » désigne l’idée de rachat plus que de libération.
[ix] Passage difficile à interpréter. Il y a une sorte de jeu de mots entre « tzour », le rocher,souvent associé à l’Eternel, comme point d’appui solide pour l’homme balloté par la vie, et « tzar », qui souvent veut dire l’étranger en tant qu’ennemi agressif, et qui peut aussi désigner une pierre. Le sens dominant ici pour « tzar » est la souffrance, celle qui nous tire vers le bas comme une pierre, celle que l’hostilité d’autrui nous inflige. Et donc l’Eternel provoque une métamorphose de cette souffrance, elle devien la douleur des temps messianiques, celle de l’accouchement d’un monde meilleur où il n’y aura plus d’ennemi, en particulier pour les Juifs.
[x] Le verbe pour « prendre soin » désigne notamment le soin que les prêtres prennent des ustensiles du culte. La coupe « kos) de quelqu’un symbolise son contenu, le vin du qiddouch (la sanctification, notamment lors des fêtes, des mariages et du shabbat). Dans le Psaume 23, « L’Eternel est mon berger », alors que la mort est présente, il est dit : « ma coupe déborde », « kosi revaya », comme une sorte de vie qui déborde la mort. Ainsi, dire que l’Eternel « prendra soin de ma coupe le jour où je l’appellerai », c’est dire qu’il m’aidera notamment à déborder la mort, ce qui va avec toute la fin de l’Adon Olam, consacrée par « je ne crains pas ».
[xi] Dans la récitation des 13 attributs (« Adonai, Adonai, el ra’houm ve’hanoun…), on trouve le verbe ici présent : « Poqed ». On traduit à tort pour les 13 attributs : « il fait peser la faute des pères sur les enfants », alors que la Bible dit bien que chacun est puni pour ses propres fautes (même si le refus égoïste de faire l’effort d’empêcher l’autre de pêcher doit être compté comme une faute). En réalité ce verbe, « poqed », ou comme dans l’Adon Olam au futur du hiphil 1e personne « aphqid », veut dire confier à quelqu’un pour qu’il prenne soin de ce qui lui est confié ou le répare, et donc dans le cas de la faute des pères pour que les fils réparent les conséquences de ces fautes, et non pour qu’ils souffrent à la place de leurs pères seuls coupables. Par ailleurs certes un fils souffre des fautes de son père, mais justement si les 13 attributs sont des attributs de miséricorde, c’est parce que l’Eternel permet justement aux fils de moins souffrir à cause de la faute de leurs pères, parce qu’il crée les occasion nécessaires, pour les fils, de réparer ce que leurs pères ont fait et donc la souffrance s’efface grâce à cette possibilité offerte d’agir dans le présent ou l’avenir, au lieu de subir un souvenir et un passé irréversibles. Donc ici : je confie à l’Eternel mon « roua’h » et il le répare, donc il me revivifie, (« roua’h » est l’un des mots pour l’âme, qui l’associe surtout à la vie).
[xii] « Guevia » désigne le corps vivant, mais aussi la dépouille mortelle. Le verbe associé est toujours le hiphil de « poqed », le hiphil a une nuance intensive et une nuance personnelle : « pour moi ». Ce n’est pas seulement le corps vivant que je confie, pour moi, à l’Eternel pour qu’il le répare, mais sans doute aussi mon corps mort, donc dans l’espoir d’une résurrection de mon corps après ma mort.
[xiii] Il y a une tournure ici qui évoque la mort comme « hiloula » : lors du mariage, le marié doit dire : « Je t’épouse pour moi (« li »), sinon le mariage n’est pas valable. Ici on insiste, dans le dernier verset et ceux qui précèdent, sur l’idée que l’Eternel est aussi là pour moi,, sans bien sûr être asservi pour autant. Et donc parce que je le respecte (cf. v. 6 : « nora »), je ne respecte personne ni rien d’autre (lo ira), notamment pas le mort, et même si la mort vient je ne craindrai pas.
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