— Parler de rubato ou de tempos à propos de Jean-Frédéric Neuburger serait aussi incongru que s’intéresser aux proportions ou aux cuissons dans l’art culinaire d’un Pierre Gagnaire. La technique, quand elle atteint un tel degré, passe au second plan pour laisser libre champ aux profondeurs de la représentation. […]
D’entrée de jeu, la Suite anglaise n°2 de Bach ébahit par sa clarté et sa fougue. Comment le Nocturne op. 15 n°l de Chopin supportera-t-il le choc d’un changement aussi brutal d’univers? Sans aucun mal, et au contraire avec une aisance déconcertante grâce à l’habile transition de la Ballade n’ 2. Car c’est le propre de tout esprit hors norme d’imposer, par ses incursions dans des registres aussi divers, une espèce d’évidence.
Alors, laissez-vous embarquer dans l’énergie foisonnante de la Sonate en si mineur de Liszt, ou dans les envols jubilatoires d’un Ravel (Menuet antique) ici peu chaloupé, et c’est tant mieux. Neuburger semble ne pas se soucier de ses prédécesseurs — ce qui est sans doute faux— pour nous faire partager des conceptions qui vont bien au-delà de la musique. Lisette l’affirmait déjà dans L’Amour médecin (Molière, 1665): la science ne se mesure pas à la longueur de la barbe, et ce n’est pas par le menton qu’il est le plus habile. Chapeau bas, donc, pour cet interprète subtil et visionnaire, non dénué d’humour tout comme Lisette. »
Un très bon (double) disque donc, dans une très belle salle. Jean-frédéricNeuburger vient entre autres d’être l’invité du l’Orchestre symphonique de Bamberg pour le 4e concerto de Beethoven avec K. Penderecki et deux concertos de Bach avec J. Nott.
« La note de Classica : 8
Le tout jeune pianiste français Jean-Frédéric Neuburger commence une belle carrière internationale : en 2007, à peine âgé de 21 ans, il remportait un grand succès lors de son premier concert dans un des « temples » de la musique au Japon, le Suntory Hall, récital immortalisé grâce au label Mirare.
Le programme s’ouvre avec une Deuxième Suite anglaise de Bach étourdissante de verve, de virtuosité et de plénitude, d’une impeccable intelligence de phrasé et de polyphonie. Aléas du concert, Neuburger semble peiner à s’adapter à l’univers de Chopin dans la Ballade n° 2 et le Nocturne n° 4 de Chopin qui suivent. Les déferlements sonores sont très impressionnants, mais les passages lents manquent de délicatesse et de poésie, bien que cela s’améliore au fil du Nocturne. Mais c’est là la seule faiblesse de ce récital, car il nous offre une interprétation renversante de La Valse de Ravel, dans la redoutable transcription pour piano seul opérée par le compositeur. Neuburger excelle à restituer avec son seul clavier tous les timbres et les dynamiques de l’orchestre.
La plus grande surprise provient de la Sonate en si de Liszt qu’il joue avec une rage impressionnante, comme dans une lutte à mort métaphysique. Par sa capacité à tenir des fortissimos tonitruants dans les pires traits, il nous donne l’impression de faire partie de ces rares pianistes, avec Lazar Berman ou Evgueny Kissin, possédant une technique qui permet de jouer vraiment ce que le compositeur a écrit, sans tricher ni arranger. Certes, comme souvent pour ces derniers, les sonorités ne paraissent pas particulièrement soignées : l’œuvre semble un peu abordée à la hussarde, taillée à la serpe, ce qui est évidemment plus justifié en concert qu’en studio, mais le texte nous est livré avec probité, sans maniérisme, dans sa vérité et sa nudité. De plus, les passages lents et recueillis ont la délicatesse et la dimension extatique requise, et le tempo d’ensemble compte parmi les plus amples, en une lecture remarquablement construite, plus proche de la grandeur monumentale d’Arrau (Philips) que de la frénésie d’Argerich (DG).
Curieusement, les bis ne semblent guère virtuoses, hormis une plaisante Étude opus 7 n° 4 de Stravinski, mais invitent à la méditation, comme le Menuet antique de Ravel et le Largo de la Sonate en trio BWV 529 de Bach-Feinberg. Ultime surprise : une Bagatelle de Neuburger lui-même conjugue sur des harmonies fauréennes une séduisante mélodie presque « pop » mais fort bien troussée. Cette ravissante bluette sentimentale confirme l’étendue des talents de ce jeune homme ! »
A voir aussi cette video pittoresque où Jean-Frédéric Neuburger joue du piano : il tourne une film dans l’atelier des magasins DESEVEDAVY PIANOS pour la promotion de la Folle Journée 2009.
La video: Jean-Frédéric NEUBURGER joue dans l’atelier de Desevedavy
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