Les Etats de la planète semblent se livrer à une course de vitesse pour acheter des terres arables partout dans le monde et surtout dans les pays pauvres. Un retour à la physiocratie? Et certains Etats se mettent à vouloir interdire à des étrangers d’acheter une parcelle de terre chez eux, mouvement inquiétant de rejet de l’étranger.
Voici un premier extrait d’un article sur un site plutôt anarchiste, suvi d’un autre extrait attribuant à ce problème de la possession de la terre les mouvements de révolte à Madagascar:
NÉOCOLONIALISME AGRAIRE
par Ignacio Ramonet
« La Corée du Sud, premier acheteur mondial de terres, s’est assuré le contrôle de 2.300.000 ha de champs agricoles à l’étranger (soit une superficie équivalente à celle de pays comme Israël, El Salvador ou l’Albanie) ; la Chine détient 2 millions d’hectares ; l’Arabie saoudite, 1, 61 million ; les Émirats arabes unis, 1, 28 million ; le Japon, 324.000, etc. Au total, près de 8 millions d’hectares de domaines agricoles ont été récemment achetés ou loués par des Etats hors de leur territoire national.
[…]
Dépourvus ou presque de terres arables et d’eau douce, les pays du Golfe ont été les premiers à se lancer. Le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite recherchent des propriétés rurales partout dans le monde. « Nous avons l’argent, ils ont les terres. », expliquent les autorités de ces pays. Les Émirats arabes unis contrôlent déjà 900.000 ha au Pakistan et négocient l’acquisition de plusieurs centaines de milliers d’autres en Ukraine. Le groupe saoudien Benladen s’est procuré des terrains en Indonésie pour la culture du riz. La Libye a obtenu quelque 250 000 ha en Ukraine en échange de gaz et de pétrole. Des investisseurs d’Abou Dhabi et du Qatar ont acheté des dizaines de milliers d’hectares au Pakistan. La Jordanie produira des denrées comestibles au Soudan. L’Egypte s’est assuré le contrôle de 850 000 ha en Ouganda pour cultiver du blé et du maïs…
L’acheteur le plus compulsif est cependant la Chine qui doit nourrir 1,4 milliard d’habitants, soit 22% de la population mondiale, et ne dispose que de 7% des terres fertiles de la planète. Une situation d’autant plus fragile que l’industrialisation et l’urbanisation brutales de ces dernières décennies ont déjà détruit environ 8 millions d’hectares de champs agricoles. Et que certaines régions, en raison du changement climatique, subissent une désertification progressive. « Nous disposons d’une superficie de plus en plus réduite pour la production agricole, et il nous est de plus en plus difficile d’élever le rendement. » reconnaît Nie Zhenbang, chef du Service central de ravitaillement en céréales .
C’est pourquoi Pékin s’est assuré la maîtrise de vastes propriétés rurales en Australie, Kazakhstan, Laos, Mexique, Brésil, Surinam et surtout en Afrique. La Chine a signé une trentaine d’accords avec autant de gouvernements qui lui ont cédé des terres. Parfois, les autorités de Pékin y envoient leur propre main d’œuvre, mal payée, recrutée sur la base de contrats de travail précaires, et sans couverture sociale.
De son côté, la Corée du Sud contrôle déjà à l’étranger une superficie cultivable supérieure à la totalité de ses propres terres fertiles. En novembre 2008, le groupe coréen Daewoo a signé un accord spectaculaire et scandaleux avec le gouvernement de Marc Ravalomanana – un ex-chef d’entreprise qui dirigeait Tiko, un empire économique dans le secteur agroalimentaire, devenu président de Madagascar -, pour la location de 1,3 million d’hectares, soit la moitié des terres arables de la grande île…
Les autorités sud-coréennes ont également acheté 21 000 ha de terrains en Argentine pour les consacrer à l’élevage bovin. Environ 10% du territoire de cet État latino-américain – c’est-à-dire quelque 270 000 kilomètres carrés (soit l’équivalent de la superficie de pays comme le Royaume-Uni ou l’Italie) – est propriété d’investisseurs étrangers. Le plus grand propriétaire rural d’Argentine est Benetton, l’industriel italien du prêt-à-porter, qui possède environ 900 000 ha et est devenu le premier producteur privé de laine au monde. Le milliardaire américain Douglas Tompkins y a aussi acquis 200 000 ha de terres, situées à proximité des plus importantes réserves d’eau de ce pays. »
Après avoir ainsi décrit ces quantités achetées, l’article en vient à parler des volontés d’interdiction d’achat de terres par des étrangers:
« à Madagascar, en janvier dernier, le président Marc Ravalomanana a été accusé de brader le pays à des sociétés étrangères ; son projet de mise en location d’une partie des terres cultivables au coréen Daewoo a été vivement dénoncé. « Pour les Malgaches tenant à la « terre des ancêtres », cette cession aux Coréens est une trahison irréversible du sacré, d’autant plus que Ravalomanana a caché l’affaire à la population [6]. » La grande île s’est embrasée. Les émeutes y ont fait 68 morts…
Au Pakistan, les paysans ont commencé à se mobiliser contre le déplacement forcé de villages dans le Pendjab à cause de l’achat de terres par le Qatar. Le Paraguay a voté une loi qui interdit désormais de vendre des parcelles à des étrangers. Uruguay envisage de faire de même. Et le Brésil s’apprête à modifier sa législation dans un sens identique. »

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