Chana tova, bonne fête de Roch Hachana
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Le mois de Tichri va commencer, septième mois de l’année mais aussi le premier du mois est le jour de Roch Hachana, le nouvel an juif. Deux têtes (le mot hébreu est « roch ») en même temps, la tête du mois et la tête de l’année. Ajoutons à cela que si nous changeons de place les lettres du mot « tichri » en hébreu, תשרי , nous pouvons obtenir רשית , ce mot qui veut dire commencement, ou peut-être principe et que l’on trouve au début de la Bible : Berechit, « au commencement ». Pourtant l’année des Hébreux n’est pas un simple commencement, car « chana » renvoie à l’idée de redoublement, comme la Michna, qui est le redoublement de la Torah par l’étude et l’inspiration « orales ». Chana, c’est aussi l’idée de changement.
Roch, la tête, nous parle aussi de la couronne. Le Talmud, traité Roch Hachana (8a) nous dit que le nouvel an des rois d’Israël est le début du mois de Nissan, c’est-à-dire l’anniversaire de la libération d’Egypte, et que Roch Hachana est le Nouvel An des autres rois du monde. Sans doute parce que c’est l’anniversaire de tout le monde, l’anniversaire de la création du monde.
Comment sait-on que le monde a été créé le premier du mois de Tichri ? Rabbi Eliezer l’explique ainsi (Ibid. 11a) : « D’où savons-nous que le monde fut créé en Tichri ? Parce qu’il est dit : « Et l’Eternel dit : « Que la terre fasse surgir de l’herbe, des graminées et des arbres fruitiers » (Gen. 1, 11). Et quel est le mois où la terre fait surgir l’herbe et où les arbres sont couverts de fruits ? On doit admettre que c’est Tichri. Cette période était la saison des pluies, et la pluie tomba et les plantes se développèrent, comme il est dit : « Et une vapeur monta de la terre » (Gen. 2, 6). »
Ce passage tient compte évidemment des saisons de la terre d’Israël. Il place la création sous le signe de la pluie. Dans la tradition juive la pluie est tout particulièrement une bénédiction, à ne demander que dans la saison appropriée. Elle vient directement de l’Eternel. Les fêtes de Tichri se terminent en amenant au sein de la prière la demande de la pluie.
Roch Hachana est aussi associé à la germination en ce que c’est le Nouvel An des légumes – et des citronniers que le Talmud assimile aux légumes (Ibid. 14b).
Roch Hachana est le jour du jugement, qui pour les Juifs a donc lieu tous les ans, le jour anniversaire de la création du monde toutes les créatures sont jugées : selon la Michna « toutes les créatures passent devant Lui comme les enfants de Maron » (Ibid. 16a).
Tout jugement n’est pas une catastrophe. Le jugement divin est associé notamment lors du Jubilée à la délivrance. En effet selon le Talmud (ibid. 8b), lors du Jubilée, entre Roch Hachana et Yom Kippour, les esclaves n’étaient ni renvoyés chez eux ni soumis à leurs maîtres, mais ils mangeaient et buvaient et faisaient la fête, en portant des guirlandes sur leur tête. Quand Yom Kippour arrivait, le Beth Din sonnait du Chofar : les esclaves étaient renvoyés chez eux et les champs retournaient à leur premier propriétaire. » Cette histoire à peine croyable sur le plan historique prend une force spirituelle très grande, avant Roch Hachana il y a des chaînes d’esclavage, entre Roch Hachana et Yom Kippour on n’est pas encore délivré mais on n’est déjà plus soumis, et l’on vit une sorte de Paradis. Et Yom Kippour et le son du Chofar lié au Tribunal céleste nous délivre. Le Talmud a ce morceau de phrase à méditer un peu plus loin (Ibid. 9b) : « Il est impossible qu’il n’y ait personne dans quelque partie du monde qui n’ait pas un esclave à libérer ».
Demandons-nous chacun si nous n’aurions pas quelqu’un à libérer et renvoyer loin de toute domination.
« Le texte dit : « Et tu proclameras la liberté (dror) sur tout le pays » ». En faisant allusion au Lévitique (25,10), le Talmud (Ibid. 9b) transforme Roch Hachana, par référence au Jubilée, en délivrance. On voit ainsi qui si le jour du nouvel an des rois d’Israël (premier Nissan) commémore la délivrance du joug dictatorial et aide ainsi les rois juifs à résister à la tentation de devenir des dictateurs, le premier jour du mois de Tichri, Nouvel An des rois des nations, fait retrouver une origine (Tichri-Rechit) de la création qui est sous le signe de « dror », la liberté retrouvée. Celle sans doute de l’hirondelle, puisque « dror » veut dire aussi en hébreu l’hirondelle. Celle qui apparaît à l’automne en Israël ou en Afrique, et disparaît pour venir en France au printemps.
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