Sur la tête, l’expression de Soi (1) du Roi grava des [lettres] gravées dans les surfaces vouées à donner le Jugement, sur le tsouts (2) du grand-prêtre (3). De l’intérieur très caché de la tête de l’Infini (4) sortit une fumée d’encens dans une pierre de consultation dans une bague ni blanche ni noire ni rouge ni verte ni d’aucune couleur. Quand il lança le Roi Oint habituel des guéonim (5) pour éclairer l’intérieur, dans l’intérieur il fit sortir une flamme, ils se réjouirent d’être inclus. Les guéonim s’assirent sur des bancs de pierre en bas. Ils fermèrent l’intérieur de la diminution de l’Infini (6) qui traversait, et il ne traverse plus son espace, il ne doit pas être connu du tout, jusqu’à ce que de l’intérieur du trou d’une brêche brille une ponctuation (7). Une couverture est devant elle, après cela cette ponctuation ne doit pas du tout être connue, et dans une protection de cette sorte, est nommé « béréchit » (8), du « il dit » (9) premier de tous.
(1) Hourmenouta, du grec hermeneuein , qui veut dire « interpréter, exprimer du sens »
(2) Tsouts désigne une plaque d’or sur le front du grand prêtre
(3) Cardinata, du latin cardinalis
(4) Ein sof
(5) Le gaon, pluriel guéonim, est le titre honorifique qui désigne les présidents des académies babyloniennes de Goura et de Dombedita, du Vie au XIe siècle. Ils eurent un rôle très important pour le Talmud et la liturgie. LE mot finit par désigner un homme au savoir exceptionnel, comme le Gaon de Vilna au XVIIIe siècle.
(6) Ein sof
(7) Néqouda : le mot désigne en araméen les points diacritiques au-dessus des lettres en hébreu
(8) Premier mot de la Bible, que l’on traduit d’ordinaire par « Au commencement. Ici le premier mot du Zohar Berechit est « berech », « dans la tête ».
(9) Amar, mais en fait le texte biblique, au verset 3 (Genèse1) est « vaiomer », écrit et ponctué ainsi : וַיֹּאמֶר
Pourquoi le premier mot de la création du monde, au verset 3 de la Genèse (1), au lieu d’être אמר, « il dit » au passé, à l’accompli, est-il וַיֹּאמֶר , utilisant le ו (lettre vav) renversif et l’inaccompli pour dire : « et il dit » ? Sans cela le récit de la création aurait bien commencé par un aleph (א), désignant l’Eternel, alors que le א divin se cache, dans la forme de l’inaccompli, à la troisième personne, du verbe אמר dont comme on le voit la première lettre de la racine est bien le aleph). On peut y voir le souci de présenter à l’inaccompli plutôt qu’à l’accompli cette création du monde. Mais de plus il y a une particularité dans la ponctuation de « vayomer ». Le précis de grammaire hébraïque de Maurice Horowitz (Biblieurope, 2006, p. 106) dit que le vav renversif est suivi d’un « daguech fort » omis dans le cas du yod (י). Le point au centre de la lettre ne devrait pas être mis quand il s’agit d’un yod, alors quel est ce point au cœur de la lettre, et du mot, pour « vayomer » ?
Le Zohar donne une réponse merveilleuse : le premier mot de la création, « et il dit : « Que la lumière soit », et la lumière fut », est aussi le dessin de ce début du monde.
Regardons bien le dessin de ce mot:
וַיֹּאמֶר
Le pata’h sous le vav pourrait bien représenter ce banc de pierre sur lequel sont assis les guéonim, le point au cœur du yod serait ce « big bang » initial, masqué à nos yeux par deux barrières, celle du yod, puis celle du vav, à moins que le yod représnete cette brêche, salutaire finalement, qui nous permit de voir un tout petit peu la lumière initiale, venue de la torche du Messie. La « diminution » de l’Infini fut expliquée à sa façon par Louria dans sa théorie du Tsim Tsoum. Et ce dessin est dissimulé par l’absence de signes de ponctuation (et de cantilation) presque totale, dans les rouleaux de la Torah. Cela étant le champ des interprétations de ce début du Zohar, et de la Genèse, est très ouvert et l’on pourrait même voir une sorte de plan du temple dans le dessin en hébreu de « vayomer ».
Voici le texte original du Zohar (15A, début de Berechit) :
בְּרֵישׁ (נ"א בְּרֵאשִׁית בְחָכְמְתָא דְמַלְכָּא גָלִיף וְכוּ) הוּרְמְנוּתָא דְמַלְכָּא, גָּלִיף גְּלוּפֵי (נ"א גְלִיפוּ) בִּטְהִירוּ עִלָּאָה בוּצִינָא דְקַרְדִינוּתָא, וְנָפִיק גּוֹ סָתִים דִּסְתִימוּ מֵרֵישָׁא (נ"א מֵרָזָא) דְּאֵי »ן סוֹ »ף קוּטְרָא (פירוש עָשָּׁן) בְּגוּלְמָא, נָעִיץ בְּעִזְקָא לָא חִוָּור וְלָא אוּכָם וְלָא סוּמָק וְלָא יָרוֹק וְלָא גֺוָון כְּלָל, כַּד (נ"א הָדַר) מָדִיד מְשִׁיחָא עָבִיד גֺּוָונִין לְאַנְהָרָא, לְגוֹ בְּגוֹ בּוֹצִינָא נָפִיק (נ"א וְנָפִיק) חַד נְבִיעוּ דְמִנֵּיהּ אִצְטַבְּעוּ גֺוָונִין לְתַתָּא. סָתִים גּוֹ סְתִימִין דְרָזָא דְאֵי »ן סוֹ »ף בָּקַע וְלָא בָקַע אֲוִירָא דִילֵיהּ לָא אִתְיְידַע כְּלָל, עַד דְּמִגּוֹ דְּחִיקוּ דִבְקִיעוּתֵיהּ נָהִיר נְקוּדָה חָדָא סְתִימָא עִלָּאָה, בָּתַר הַהִיא נְקוּדָה לָא אִתְיְידַע כְּלָל, וּבְגִין כָּךְ אִקְרֵי רֵאשִׁית מַאֲמַר קַדְמָאָה דְּכֺלָּא
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